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Quand les « makers » volent au secours du handicap

Publié le 27 novembre 2017

Des prothèses fabriquées à partir d’imprimantes 3D, des ateliers pour créer son propre fauteuil, une appli recensant les bons plans handicap… De plus en plus de passionnés partagent leur savoir-faire pour lutter contre la pénibilité du handicap au quotidien.

Un avant-bras rouge, une main orange zébrée d’un éclair jaune… voilà à quoi ressemble la « nouvelle main » d’Alexis. Son avant-bras gauche ne se développe pas, en raison d’une maladie, mais le petit garçon de 4 ans peut tout de même se rêver en super-héros.

Alexis, dont l’avant-bras ne grandit pas, a dessiné lui-même la « main » de ses rêves : une prothèse réalisée avec une imprimante 3D. Photo : e-Nable France

 

Cette prothèse a été fabriquée sur-mesure à partir d’une imprimante 3D. Une véritable prouesse technologique rendue possible par le travail d’un « maker » bénévole. Bricoleurs d’un nouveau genre, ces (p)artisans du « do it yourself » sévissent depuis un certain temps déjà, dans les « fab lab », « hackatons » et autres « maker Fair », où ils expérimentent de nouvelles façons de créer des objets en 3D.

Imprimer une main en 3D, comment ça marche ? 

Le process de fabrication est simple : tout part d’un modèle 3D créé et dessiné sur ordinateur, puis « traduit » en couches successives de plastique. « Une imprimante 3D, ce n’est rien de plus qu’un pistolet à colle monté sur des moteurs, explique Thierry Oquidam, président de l’association e-Nable France. Il s’agit d’une sorte de crayon qui va faire un coloriage, tranche par tranche, sur plusieurs couches, jusqu’à fabriquer un objet en 3 dimensions. »

 

Une prothèse de main en cours d’impression en 3D. Photo : e-Nable France

Il y a deux ans, ce passionné a décidé de mettre son savoir-faire au service des personnes handicapées. « Notre boulot est de fédérer, sur le territoire français, un réseau de « makers », des gens de bonne volonté – particuliers ou entreprises – qui possèdent une imprimante 3D et qui ont l’empathie de donner un peu de leur temps et de leur argent, pour fabriquer un appareil d’assistance et en faire cadeau à quelqu’un qui en a besoin », décrit-il.

Or, ne devient pas « maker » qui veut. « Nous sommes très exigeants sur la qualification des makers, insiste le président-philantrope. Il est hors de question de mettre en relation un enfant destinataire avec un maker qui risquerait de fournir une prothèse mal fabriquée et donc de le blesser. A ce jour, pour environ 450 makers inscrits, nous en avons validé 90. »

« Il y a moins d’un mois, nous avons équipé une petite fille dont l’un des bras est plus court que l’autre à cause d’une maladie. Depuis qu’elle a son appareil, elle va tous les jours à l’école en vélo. »

Tel est le cas de l’entreprise SII, spécialisée dans les services numériques et qui a rejoint la communauté des « makers » e-Nable en août 2017 : « Concrètement, nous mettons notre imprimante 3D à disposition de l’association qui nous envoie les modèles et nous concevons ensuite le produit sur-mesure, témoigne Amélie Pillot, chargée de relations sociales et Mission Handicap chez SII. « L’impression 3D permet de réaliser nos mains, exactement aux mesures du receveur, et pour un coût extrêmement modique : une main standard coûte moins de 50 euros à produire, complète Thierry Oquidam. Pour l’assemblage, nos makers utilisent du fil élastique, de la mousse médicalisée, du scratch… Uniquement des choses que l’on peut trouver facilement à côté de chez soi. »

Complémentaires des prothèses médicales

Après avoir équipé 44 personnes en prothèses de main, dont 42 enfants en 2016, e-Nable France devrait à nouveau « donner un coup de main » à une quarantaine de demandeurs en 2017. « Ce sont des appareils d’assistance,  pas des dispositifs médicaux, précise Thierry Oquidam. Ils sont complémentaires des deux options que propose le médical : une prothèse esthétique, c’est-à-dire une fausse main qui prive du sens du toucher, ou des prothèses myoélectriques qui coûtent entre 20.000 et 40.000€ pièce et qui ne sont, la plupart du temps, que partiellement remboursées. »

A mi-chemin entre ces deux modèles, se positionnent donc les mains e-Nable, qui permettent d’attraper des objets mais aussi de réaliser certains rêves d’enfants : « Il y a moins d’un mois, nous avons équipé une petite fille dont l’avant-bras ne s’était pas développé. Depuis qu’elle a son appareil, elle va tous les jours à l’école en vélo », raconte Thierry Oquidam.

Vers une révolution collaborative et open source ?

Plus qu’une révolution technique, l’implication des makers constitue une avancée sociale : chacun peut accéder, par soi-même, à des solutions simples et rentables pour améliorer son quotidien. Tous les modèles proposés sont ainsi disponibles en open source, c’est-à-dire en téléchargement libre.

C’est dans cet esprit qu’a été créé en 2017 à Rennes, le premier « humanlab » de France. Fauteuils roulants, manettes de jeu vidéo adaptées, prothèses… cet espace équipé de machines de fabrication numérique, d’outillage et de croquis open source, permet aux personnes handicapées de créer, ensemble, et par leurs propres moyens, des solutions adaptées à leurs besoins.

Dans le Human Lab de Rennes, on peut fabriquer son propre fauteuil roulant grâce à des technologies en open source. Photo : Human Lab

« Le développement du numérique ne peut pas aller sans la proximité »

Alors, les nouvelles technologies et outils de fabrication numériques constituent-ils LA solution à terme pour améliorer le quotidien des personnes handicapées ? « La question du numérique est importante, bien sûr, car aujourd’hui le numérique est au cœur de tout. Mais pour nous, cela ne peut pas aller sans la proximité », tempère Marie Guezennec, responsable des actions associatives à l’ADAPT.

Marie Guezennec, responsable de l’associatif à l’ADAPT

Depuis 88 ans, cette association œuvre pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes en situation de handicap – et ça passe aussi par le numérique ! Ainsi, lors du dernier hackaton organisé par l’ADAPT, un projet s’est particulièrement distingué : le Bus HandiTalent qui sera expérimenté dans le Var à partir de 2018, pour présenter, de village en village, la question de l’emploi des personnes handicapées ayant du mal à se déplacer.

Enfin, toujours en vue de favoriser l’accessibilité aux personnes en situation de handicap, on retiendra l’application collaborative I Wheel Share. Lancée en 2015 et disponible sur Android et iOS, l’appli propose de rendre la ville accessible à tous en permettant aux personnes handicapées de témoigner de leurs expériences et de partager des bons plans. Après avoir saisi l’adresse d’un endroit qu’ils ont visité, les personnes handicapées peuvent ainsi détailler leur expérience, négative ou positive, afin de la partager avec d’autres utilisateurs. #çaroule !

 

C'est la zone de titre
Retrouvez aussi sur la Say Yess TV, le reportage de Solidarum sur l’espace HumanLab de Bordeaux.
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Rédigé par

Olivier Simon

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