Au fait, c'est quoi ?

À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

Publié le 22 novembre 2017

Si les entreprises de l'Economie sociale et solidaire (ESS) se battent pour répondre à un besoin social, elles doivent aussi penser à leur viabilité économique. Ventes, subventions, dons… À quoi ressemble un modèle économique social ?

Modèle économique entreprise ESS

Même s’il n’existe pas de modèle unique, les entreprises de l’ESS réagissent de manière similaire à l’instabilité des subventions publiques et à des marchés pas toujours très solvables : elles redoublent d’inventivité pour durer et maximiser leur impact social.

Des modèles inventifs

« Nous ne recevons aucune aide publique ou privée, donc il faut bien innover ! », explique Hugo Néron, cofondateur de Duodaki, coopérative de production de contenus multimédias.

Duodaki

Alors, Hugo et son associé ont défini une stratégie spécifique pour leur coopérative : ils rendent leurs clients autonomes face à leurs besoins en communication. Au lieu d’offrir du contenu éditorial tout prêt ou d’animer les réseaux sociaux des structures, ils conçoivent la ligne éditoriale et forment les salariés à l’utilisation du site internet. Un type de prestation efficace, adapté au budget limité de leurs clients et qui est aussi pensé pour permettre à la coopérative de production de fonctionner sur du long terme. « C’est sûr nous avons moins de récurrence dans le travail de la part des mêmes clients mais ce modèle attire d’autres structures. L’un dans l’autre, nous nous y retrouvons », estime Hugo.

C'est la zone de titre
C’est quoi un modèle économique au juste ? Le modèle économique ou « business model » est une traduction de la stratégie de l’entreprise. Dans l’ESS, le modèle économique social est un moyen de maximiser son impact social, sociétal et environnemental et doit répondre à différentes questions : comment payer charges et salaires ? Si la cible est un public en précarité, comment s’assurer des revenus suffisants ? Quelle sera la part de vente de biens et services parmi les ressources de la structure ? 
 

Des ressources hybrides

Dans l’ESS, un terme revient souvent : l’hybridation, c’est-à-dire la diversité des ressources. Les structures associent différents types de ressources comme la vente de biens et services, les dons privés, les subventions publiques ou encore les ressources « réciprocitaires » comme le bénévolat, le volontariat et l’implication des usagers.

Dans ces modèles hybrides, la part des aides publiques a tendance à diminuer. Soumiya Mechiche, consultante innovation au sein d’Alter’Incub Auvergne Rhône-Alpes met en garde : « Les aides publiques ne peuvent plus être un préalable, elles font peser une incertitude constante. Mais au démarrage, elles peuvent rassurer les parties prenantes de la pertinence du projet et faire effet de levier pour financer l’étude de faisabilité : recherche développement sociale, preuve de concept, démarrage de l’activité… » Dans certains domaines comme le handicap, le système de redistribution reste de mise, mais la tendance globale est à la baisse.

C'est la zone de titre
La question des subventions publiques
L’atelier vélo Dynamo s’auto-finance de 60 à 75% grâce aux cotisations de ses membres, à la vente de matériel et de prestations autour du réemploi et de la promotion du vélo. Le reste ? Des subventions publiques toujours plus difficiles à obtenir. Pour Baptiste Guyomarch, coordinateur de projets, la situation est injuste : « Nous estimons que notre projet au service du public permet une réelle utilité sociale et environnementale et que celle-ci rend légitime la redistribution de l’argent public. Il n’est pas demandé à l’école ou à l’éclairage public d’être autofinancés ! » 

Une autre piste plus prometteuse : créer des liens avec des entreprises « classiques ». Stéphanie Merran et Sara Paubel, fondatrices de Ce Que Mes Yeux Ont Vu, organisent des journées d’action culturelles et solidaires pour des entreprises « classiques ». Embellir un centre d’hébergement d’urgence, accompagner un groupe de personnes malvoyantes au musée… Un bon moyen d’atteindre son public cible, les associations et leurs bénéficiaires, tout en vendant une prestation à des clients qui en ont les moyens.

L'équipe de l'entreprise Ce que mes yeux ont vu
Une des actions culturelles de « Ce que mes yeux ont vu ».

Jouer les Robins des bois !

« Dans ces modèles type Robin des bois, l’idée est de créer une offre hybride et d’attendre que la structure fonctionne grâce à un service type « vache à lait », rentable, et ensuite de répondre plus précisément aux besoins sociaux qui animent le projet », explique Soumiya. L’agence vidéo InFocus offre de la réflexion stratégique aux associations qui n’ont pas les moyens de faire appel à des cabinets de communication mais propose aussi des prestations de communication à des clients classiques. Le projet Eris, accompagné par Alter’Incub, prévoit l’ouverture d’un restaurant associatif. Les bénéfices du volet restauration, activité classique et rémunératrice, permettront de financer une action d’insertion de réfugiés, volet plus innovant et qui demande d’être structuré.

Créer une offre hybride : attendre que la structure fonctionne grâce à un service rentable et ensuite répondre plus précisément aux besoins sociaux qui animent le projet.

D’autres structures diversifient l’offre autour d’un même besoin social. La porteuse du projet Familien, elle aussi accompagnée par Alter’Incub, souhaitait créer des garderies dans les hôpitaux pour aider les enfants dont les parents sont malades. Pour développer son activité plus vite, elle a choisi de commencer par proposer des formations aux soignants, un accueil parents/enfants pour les aider à communiquer… Répondre à plusieurs parties de la problématique et ainsi pérenniser l’entreprise.

Si vous entreprenez, pas d’inquiétude : un modèle économique n’est jamais figé et évolue au fil de la vie de la structure.

Aller plus loin

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

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