Solidarités

Des associations améliorent la vie des personnes transgenres

Publié le 17 novembre 2017

Un peu partout en France, des associations luttent contre l’exclusion et les violences exercées contre les personnes transgenres et les accompagnent dans leur transition. Le combat avance, à petits pas.

Personnes transidentités

La transphobie, insidieuse ou violente et directe, est une réalité pour les personnes transgenres. D’après une enquête réalisée en 2014, 85% des personnes concernées interrogées ont déjà été victimes d’un acte transphobe. Pour des associations comme l’ATCA (association transgenres Côte d’Azur), la première brique de la lutte contre l’exclusion passe par un travail d’éducation et de sensibilisation. « Avec nos actions tournées vers l’extérieur, on rappelle que les personnes trans sont des citoyens à part entière », explique Juline, secrétaire générale. « Nous sommes comme tout le monde ! »

Lutter contre l’exclusion

Les discriminations sont fréquentes dans l’accès aux espaces publics. Au bord de la piscine, les regards portés sur les corps sont parfois durs. « Si la transition de la personne n’est pas achevée, il lui est impossible de rentrer dans la normalité exigée. Rien que les vestiaires imposent une binarité homme/femme », constate Giovanna Rincon, présidente et co-fondatrice d’Acceptess-T. Pour lutter contre l’isolement forcé, cette association « d’auto-support des trans migrantes et précaires » a mené une opération singulière : l’organisation de sessions collectives dans une piscine parisienne avec un créneau dédié.

C'est la zone de titre
Les mots ont leur l’importance ! Pour une personne transgenre ou transidentitaire, l’identité de genre est différente de celle assignée à la naissance. A ne pas confondre avec le « transsexualisme », une théorie psychiatrique qui tend à pathologiser ces parcours. Dans cette terminologie, le mot clé est le changement de sexe quand la transidentité est plus large.

Le rejet ne se limite pas aux espaces publics : il est fréquemment présent dans le cercle familial. « La réaction des parents peut créer de graves malaises, allant parfois jusqu’à la tentative de suicide », explique Juline. « Certains parents viennent nous voir lors des permanences car ils ont besoin de parler. Ils y rencontrent des personnes trans et comprennent qu’on n’est pas complètement tordu et qu’on peut avoir une vie normale ! » Dans des situations de rejet familial, des associations comme Le Refuge hébergent les jeunes et les aident à construire leur projet de vie.

Ne plus être seul

Dans l’espace sécurisé du Centre LGBT Côte d’Azur, l’ATCA reçoit des personnes en questionnement, parfois très jeunes. Elles ont pensé pendant très longtemps être les seules ou se sont reconnues en lisant un article ou regardant un film. Lors du dernier groupe de parole organisé par l’association, une dizaine de jeunes de 15 à 25 ans ont échangé sous le regard d’un psychologue. « Les personnes viennent et s’expriment. Celui qui écoute en tire des leçons et des éclaircissements », explique Juline. Dialoguer aide à se situer et à gagner du temps dans le long processus de transition.

Manifestation organisée par l'association Outrans
Manifestation organisée par l’association OUTrans

Inexistants il y a encore 20 ans, et absents dans de nombreux territoires, ces lieux et temps de partage sont pourtant essentiels. Maëlle, 25 ans, a toqué à la porte de l’association OUTrans avant d’en devenir la trésorière. « J’étais terrifiée par le nombre d’obstacles incroyables à surmonter. Cela a été très rassurant de me rendre compte que des personnes essayaient de faire bouger les choses », raconte la jeune femme. Pour Lulu, l’ATCA lui a permis de s’épanouir, même au niveau professionnel. Elle a été recrutée par le centre LGBT pour assurer l’accueil du public. « L’association m’a aidée à être moi-même sans rentrer dans un parcours hormonal ou chirurgical. »

« Pour l’émancipation des différentes identités du genre »

Entre la prise de conscience de sa transidentité, la transformation physique et l’obtention d’un nouvel état civil, la transition est un processus long et difficile. L’insertion professionnelle est l’une de ces étapes difficiles. Même quand le changement d’état civil a été accepté, les questions d’apparence et de discrimination bloquent. Pour améliorer l’accompagnement à chaque étape, des associations comme OUTrans sensibilisent des avocats, des médecins et des psychologues aux problématiques spécifiques des personnes transgenres.

C'est la zone de titre
Avec la Loi « Justice du XXIe siècle » votée en novembre 2016 et le décret de mars 2017, la procédure de changement d’état civil a été simplifiée. Le fait de ne pas avoir subi des traitements médicaux, une opération chirurgicale ou une stérilisation ne peut plus motiver un refus du juge. Toutefois, il reste indispensable de passer devant un juge, avec un risque de décision arbitraire. 

Ces combats individuels s’inscrivent dans un enjeu sociétal plus large. « On ne doit pas protéger que les personnes binaires mais aller vers le droit à l’autodétermination. On nous enlève la protection et, par extension, le droit à l’emploi, à l’éducation… », analyse Giovanna. Ces discriminations provoquent chez les personnes transgenres des doutes quant à leur propre légitimité. L’activiste interroge : « A-t-on le droit d’avoir une place dans la société ? A-t-on le droit de penser à notre vie de parents et à notre vie affective ? » A tous, associations, politiques et citoyens, de faire en sorte que oui.

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

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