Projets inspirants, créateurs inspirés

Dorian, paysagiste free-lance, questionne l’espace public

Publié le 2 novembre 2017

Dorian a 32 ans. Après avoir expérimenté le salariat en agence, il choisit d’exercer son métier de paysagiste en free-lance au sein d’une coopérative d’activité et d’emploi (CAE). Un statut dans lequel il trouve du sens et qui lui permet d’intervenir bénévolement pour nourrir sa pratique.

Projet primé dans le cadre du Concours « inventons les communes de demain » organisé par le PNR de la Montagne de Reims, 2016 (avec le collectif Sous les pavés)

Projet primé dans le cadre du Concours « Inventons les communes de demain » organisé par le PNR de la Montagne de Reims (avec le collectif Sous les pavés)

A la fin de ses études, Dorian a commencé par travailler comme salarié dans des agences d’architecture et de paysage. « Mais en agence classique, mon métier perdait du sens. On est plutôt soumis à une logique de rentabilité. Je dessinais sans me poser de questions. Alors au bout de 5 ans, j’ai décidé de me mettre à mon compte, d’avoir une pratique plus consciencieuse et sensée de mon métier. » C’est ainsi qu’il y a un an et demi, le jeune homme de 32 ans, rejoint la coopérative d’activité et d’emploi (CAE) SMart pour devenir free-lance.

Dorian MAIGUES

Quitter le confort du salariat… mais pas tout à fait

Pour monter une entreprise, Dorian Maigues ne se sentait pas prêt. « Et comme je me lançais seul, la seule possibilité était de créer une EIRL. Mais comme paysagiste quand on fait de la maîtrise d’œuvre publique, on doit engager son assurance et c’est très contraignant. »

Dorian a fait ses études de paysage à Lille et certains de ses camarades installés en Belgique, lui parlent de SMart « en bien ». Une structure associative par laquelle ils passent eux-mêmes pour travailler comme free-lance. La structure s’est dupliquée depuis 2009 en France et existe aujourd’hui dans 14 villes françaises sous forme coopérative.

C'est la zone de titre
SMart est une coopérative d’activité et d’emploi (CAE). Pour comprendre son fonctionnement, qui permet d’avoir un statut d’entrepreneur-salarié, lisez notre article sur le sujet et celui sur les CAE CLARA et CLARAbis, aussi spécialisées sur les métiers créatifs.

« Chez SMart, ce qui m’intéressait au départ c’était le portage administratif », explique Dorian. « Et puis je partage leurs valeurs. Ils ont une vision de la société qui me correspond. On se soutient mutuellement. Mes cotisations servent, rentrent dans une caisse solidaire pour les autres. Je suis attaché à ce côté social et solidaire. Plus on est nombreux et plus on est protégés grâce à ce système. »

Assemblée général chez SMart, acronyme de Société Mutuelle des Artistes
Assemblée général chez SMart, acronyme de Société Mutuelle des Artistes © SMart

Dorian apprécie aussi l’accompagnement individuel proposé par sa conseillère qui « m’aide à défricher, structurer mon activité et m’y retrouver dans ‘le bordel administratif’ ». Enfin il profite de la mise en réseau avec d’autres membres de SMart qui travaillent dans des domaines proches du sien, des architectes, des graphistes, lors de rencontres organisées ou informelles. « Même si on n’a pas concrètement monté de projet ensemble, on échange sur le métier, sur nos pratiques. Et puis le dernier truc vraiment bien, c’est que mon atelier est situé dans les mêmes locaux que SMart ! », ce qui facilite les échanges.

Un métier de synthèse, méconnu du grand public

Les valeurs de SMart, c’est aussi celles qu’il essaye de mettre en œuvre dans sa pratique quotidienne du paysage. « On travaille avec d’autres corps de métiers, et c’est cette énergie-là qui m’intéresse. Ingénieur, architecte, éclairagiste, botaniste, acousticien… Le paysagiste fait la synthèse de tous ces métiers. » Son moteur : le questionnement sur l’espace public, même si pour lui il y a un grand travail pédagogique à faire sur son métier. « Les gens pensent que je suis jardiner ou architecte. En fait, je dessine tous les espaces extérieurs : les rues, les parcs, les places. »

-Concours « Agora » pour un quartier sur pilotis en zone inondable à Bordeaux , 2016 (avec Raw playground architecture)
Concours « Agora » pour un quartier sur pilotis en zone inondable à Bordeaux , 2016 (avec Raw playground architecture)

Pour que la prise de conscience se fasse, il expérimente plusieurs manières de travailler. Et notamment l’intervention bénévole auprès d’associations d’habitants, dans des classes mais aussi quand il répond à des concours. « L’accès à la commande publique est très compliqué pour notre métier. Il faut déjà avoir de l’expérience. Donc pour se faire des références, on participe à des concours non rémunérés. J’ai répondu à la biennale européenne d’architecture Europan par exemple en présentant un projet-manifeste sur ma vision de la ville de demain. Si on est mentionné, cela fait une belle carte de visite. »

Intervention dans le cadre du programme du CAUE ile de France : « des architectes et des paysagistes dans les classes » 2016
Intervention dans le cadre du programme du CAUE Île de France : « des architectes et des paysagistes dans les classes » 2016.

Cette année, il s’est aussi représenté pour faire des interventions en milieu scolaire avec les Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) Île de France. « L’année dernière, j’ai demandé aux enfants d’imaginer leur cour de récréation idéale. Cela participe à ma vision du métier. Il y a un vrai volet pédagogique à développer. Il n’y a pas d’éducation au paysage et à l’art du jardin. » Pour Dorian, ces interventions sont aussi importantes que les projets de conception ou d’aménagement paysager réalisés pour des bureaux d’études ou des agences. « Elles nourrissent ma pratique. Souvent j’arrive même  à être le plus en accord avec mes convictions sur ces projets que je ne facture pas ! ».

Voir le site de Dorian Maigues.

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Rédigé par

Emmanuelle Genoud

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