Dis-moi pourquoi tu bosses

Maxime, charpentier en éco-construction

Publié le 18 octobre 2017

Maxime n’a jamais voulu opposer manuel et intellectuel. Pour lui, le travail du bois rassemble ces deux pendants. Charpentier dans l'éco-habitat est un métier porteur de valeurs, partagées avec la SCOP qui l’emploie en période de professionnalisation.

Charpentier en SCOP, L'Acacia, Finistère

Maxime L'hostis est charpentier dans la SCOP l'Acacia, à Landéda dans le Finistère.

« J’ai toujours beaucoup bricolé. Quand j’étais petit, je faisais des cabanes et j’en fais toujours ! J’ai grandi à la campagne et le travail à l’extérieur m’a toujours plu », se rappelle Maxime L’Hostis.  Son attirance pour le bois, « un matériau vivant, avec une diversité de contraintes et de qualités mécaniques », il la tient de son enfance. A 25 ans, le jeune homme a pourtant testé de nombreuses voies avant de trouver la bonne : celle du métier de charpentier.

Rompre avec le modèle hiérarchique classique

Pour expliquer son choix précoce de quitter l’école l’année du bac et de le passer en candidat libre, il avance sans ambages : « J’attendais beaucoup de la philo et j’ai été déçu, du coup je suis parti. » C’est aussi contre l’autorité et la subordination qu’il se rebiffe. Maxime fait aujourd’hui le lien entre cet événement et la structure qui l’emploie : une Société coopérative et participative (SCOP), avec laquelle il partage les mêmes valeurs. « Pour moi la coopérative, c’est un système vers lequel il faut qu’on tende. Il faut rompre avec le modèle hiérarchique classique. Une chose m’a marqué à l’Acacia, la SCOP dans laquelle je travaille : cela faisait quelques jours que j’étais arrivé et ils devaient choisir entre 3 logos pour la société. Ils m’ont demandé mon avis. Alors que je suis apprenti. J’ai apprécié qu’on m’implique directement. Ça me parait être une importante source de motivation. C’est un détail, mais ça a fait que je me suis tout de suite senti bien ».

Maxime Lhostis, salarié heureux en SCOP
Maxime Lhostis, salarié heureux en SCOP.

Le fonctionnement de la coopérative, située à Landéda dans le Finistère, semble aussi dénoter dans le paysage des entreprises du bâtiment. Tout le monde est polyvalent sur les chantiers et les différentes tâches. L’objectif : qu’il n’y ait pas de travail à la chaîne sur une étape de construction et que tous les charpentiers sachent réaliser l’ensemble des étapes de la construction d’une maison en ossature bois.

Partager des valeurs écologiques

Maxime a commencé en septembre un contrat en CDD en période de professionnalisation, dans cette coopérative spécialisée dans l’éco-habitat. Une orientation qui correspond à ses engagements. Quand on lui demande de détailler, il renverse la question : « Pour moi, la question c’est plutôt pourquoi ne pas choisir l’éco-habitat ? Le secteur du bâtiment produit énormément de déchets et peut être très polluant. On essaye dans l’éco-habitat d’utiliser des ressources renouvelables. A l’Acacia, les bois proviennent de forêts françaises gérées durablement et ne sont pas traités. On a la main sur l’approvisionnement : on lui redonne une dimension locale, c’est important pour moi. Les chantiers sont essentiellement des petits chantiers, pour des particuliers, qui partagent aussi ces valeurs ».

Maison fabriquée en éco-construction à Landéda
Maison fabriquée en éco-construction à Landéda.

Travailler en CDD tout en étant formé

Aujourd’hui il alterne travail en entreprise en CDD et périodes de professionnalisation pour passer son CAP de charpentier. Il est formé chez les Compagnons du devoir de Rennes. « J’ai été attiré par leur réputation d’excellence et je ne suis pas déçu ». L’association forme aujourd’hui des adultes, où certaines règles du compagnonnage communautaire restent. Il n’effectue pas de « gâches », des travaux d’intérêt général effectués à tour de rôle dans les ateliers, ni son Tour de France. Mais il se présente aux repas avec des hauts à « col », une chemise par exemple, et tout le monde se dit bonjour, quelle que soit sa position hiérarchique. « On travaille de 8h à 22h. Nos journées de formation sont denses. Mais même si ce n’est pas obligatoire de travailler le soir, ça apporte vraiment un plus. Et puis moi je marche au stress, à la pression donc ça me va bien. »

Travailler pour le plaisir plus que pour le salaire

Son avenir, Maxime le voit avec optimisme. Une fois le CAP en poche, il ne compte pas s’arrêter là. Peut-être poursuivre dans la charpenterie marine, sa première expérience avec le bois dans l’association les Amis du Jeudi Dimanche (AJD) fondée par le Père Jaouen. Ou chez les Compagnons en passant le Brevet professionnel (BP) en 2 ans pour devenir Chef d’équipe. « Je travaille parce que ça me plait, pour approfondir quelque chose, plus que pour le salaire. J’ai envie de continuer à vivre et apprendre des choses. Je pense par contre qu’il me sera très dur de revenir dans une boîte classique après cette expérience ! » conclut-il.

This is box title
Le métier de charpentier peut s’exercer à partir d’un niveau CAP et on peut se professionnaliser jusqu’à la Licence pro. Les Compagnons du devoir, qui forment historiquement aux métiers du bâtiment, est l’une des structures qui forment à ce métier. Mais on peut aussi faire un apprentissage via le réseau CCCA-BTP, qui forme 70 % des apprentis du BTP. Lisez également  notre article sur les apprentis en SCOP et pour en savoir plus, consultez la fiche descriptive du métier de charpentier du CIDJ.
Image writer

Rédigé par

Emmanuelle Genoud

0 commentaire

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Culture

La Bénévolante : l’insertion socio-professionnelle version festive

A Toulouse, une association propose à des jeunes en difficulté sociale ou scolaire un grand bain de culture. Bénévoles sur des festivals, c'est aussi une manière de faire naître des vocations lors de ces joyeux chantiers.

Rédigé par Claire Villard
le 14 juin 2018 En savoir plus

Citoyenneté

Jeunes à la Croix-Rouge : « Arrêter mon engagement, ce n’est pas possible ! »

Bénévoles ou volontaires, 13 000 jeunes s’impliquent dans les missions de l’association française. Témoignages de deux d’entre eux.

Rédigé par Say Yess
le 12 juin 2018 En savoir plus

Solidarités

Retrouver du lien grâce à la cuisine

Visant à rompre l’isolement des habitants d’un quartier, les Petites Cantines proposent des moments de cuisine participative pour retrouver du lien. Les établissements se multiplient à Lyon. Et prochainement dans d’autres villes.

Rédigé par Jérémy Pain
le 7 juin 2018 En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.