Citoyenneté

Des labos citoyens vous embarquent dans la recherche

Publié le 13 octobre 2017

Pour faire face au manque de moyens des laboratoires publics ou au cloisonnement des disciplines, des scientifiques sortent des labos traditionnels et mènent leurs recherches avec l'aide des citoyens.

Le bateau-labo de l'expédition MED embarque scientifiques et citoyens

Gants en latex, pipettes, boites de Petri, filtres… un vrai attirail de laborantin, le bruit des vagues en plus. C’est sur un voilier de 17 mètres que le laboratoire de l’expédition MED a pris place, depuis 2010, avec une particularité : accueillir chaque été des scientifiques et des éco-volontaires de tous âges pour prélever les microparticules de plastique dans l’eau de la Méditerranée. Une évidence pour Bruno Dumontet, fondateur du projet associatif : « Nous sommes tous concernés par ce sujet, ça permet donc à des personnes de la société civile de découvrir le monde de la recherche. Cela répond aussi à un besoin de transparence de la recherche vis à vis des citoyens.»

Ailleurs, à Bidart (64) ou à Paris, des chercheurs montent même des SCIC, des sociétés d’intérêt coopératif, pour impliquer les citoyens dans le monde des éprouvettes. Qu’est-ce qui pousse ces scientifiques à vouloir changer la donne ? Un mélange savant entre la difficulté d’intégrer de façon pérenne le monde de la recherche académique, l’envie de partager des savoirs et l’intuition que la recherche scientifique a beaucoup à gagner à s’appuyer sur les citoyens.

« Il y a une ambiguïté dans la recherche à l’heure actuelle, estime Claire Ribrault, co-fondatrice de la SCIC de recherche et d’enseignement L’Atelier des jours à venir. Elle est censée être d’utilité publique et sociale mais en pratique les financements dépendent du nombre de publications des chercheurs et du rang des journaux dans lesquels c’est publié. Il est souvent considéré comme pénalisant de prendre le temps de consulter les citoyens. »

Des pratiques nouvelles

Lorsqu’ils étaient doctorants, Claire Ribrault et ses collègues militaient pour de nouvelles pratiques de recherche, avec une dimension engagée et citoyenne. En 2013, ils ont logiquement fondé leur activité, L’Atelier des jours à venir, où ils développent entre autre un accompagnement à la recherche participative avec la Fondation de France : des citoyens peuvent commander une étude, puis l’Atelier se charge de solliciter des scientifiques et d’établir des protocoles. Dans ce cadre, des chercheurs de l’université de Lisbonne planchent actuellement sur la dégradation géologique de la côte lisboète.

A bord du voilier de l’expédition MED

L’Atelier fait également l’indispensable médiation entre les citoyens et les chercheurs. Une activité qu’a aussi pu tester Marion Phillippon, embarquée dans le projet de l’expédition MED en service civique. « Durant 7 semaines en mer, j’ai notamment participé aux prélèvements et fait le lien entre les scientifiques et les éco-volontaires. » Pour la jeune femme, tout juste diplômée en océanographie, « si la science reste à l’état de science sans être vulgarisée pour que tout le monde puisse en comprendre les enjeux, ça ne sert à rien. »

Chercheurs en détresse

Marion sait qu’il est difficile de trouver un emploi dans la biologie marine, et qu’une telle expédition constitue une première expérience importante. Les budgets sont régulièrement rabotés, les contrats courts et précaires sont légion dans le secteur de la recherche, et l’absence de création de poste fixe dans le public en 2018 confirme cette tendance. « L’accès aux labos et à la publication est très compliqué. On sent une grande détresse chez les jeunes chercheurs », note Marc Fournier, co-fondateur du labo associatif La Paillasse.

La Paillasse, un laboratoire où chacun peut faire avancer la recherche

Lancée en 2010 par de jeunes chercheurs à partir de matériel de récup, et implantée depuis 2014 au cœur de Paris, La Paillasse accueille une cinquantaine de projets de recherche associatifs ou entrepreneuriaux en sciences du vivant – biologie, chimie, nourriture… Le projet Astrolabe Expéditions a ainsi posé ses valises l’an dernier à La Paillasse pour lancer des kits d’analyse d’eau de mer à embarquer sur des bateaux de particuliers. « Une partie de notre activité consiste à amorcer ces dispositifs de recherche, qui verraient plus difficilement le jour si on n’était pas là. Dans le système classique, les jeunes chercheurs ne peuvent pas faire émerger leurs propres projets, car il faut souvent attendre d’être directeur de recherche. » Et les places sont rares !

Citoyen-chercheur

Ici, on trouve un espace de co-working, des labos de biologie et de prototypage, des outils de bricolage, des salles de conférence, des coins bureau… Adepte du « do it yourself » et de l’ « open source », La Paillasse bouleverse le système académique en faisant se rencontrer des projets, avec toujours la même idée : mutualiser les compétences, proposer de nouveaux formats de recherche transparents, intégrer les citoyens… C’est ainsi qu’est né Epidemium, qui vise à faire avancer la recherche sur le cancer grâce à l’étude collaborative de données : chercheurs, médecins, patients ou encore volontaires mettent la main à la pâte. Et ça marche ? « Une équipe de 70 personnes peut nettoyer des données en moins de deux mois, quand un chercheur tout seul dans son labo aurait mis deux ans », avance Marc Fournier. Les données sont ensuite croisées et étudiées pour mieux connaître l’épidémiologie des différents cancers.

Dans le projet Epidemium, citoyens et professionnels de différents mondes s’allient contre le cancer

Comme sur le bateau de l’expédition MED, une fois que tout le monde est bien outillé et s’est saisi du protocole de recherche, la dynamique se met en marche. Et cela produit des résultats. Après une première phase de travail, un livre blanc du projet Epidemium a été mis en ligne en janvier, pour présenter un état des lieux de la recherche et de l’utilité de la méthode participative. Six projets très différents sont en cours à l’Atelier des jours à venir, de la recherche sur la sclérose en plaque aux troubles du langage, et les conclusions scientifiques de l’expédition MED sont régulièrement publiées. Grâce à elles, on sait désormais que 290 milliards de microplastiques polluent la Méditerrannée, et qu’une partie se retrouve dans nos assiettes.

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Marie Le Douaran

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