Entreprendre, mode d'emploi

Créer une start-up sous forme coopérative, vraiment ?

Publié le 6 septembre 2017

Le statut coopératif intéresse de plus en plus les jeunes entreprises innovantes attentives à un partage plus équitable des richesses. Qu'est-ce que cela implique ? Quels modèles juridique et économique choisir ? Quelles solutions de financement ? Retour sur une démarche audacieuse, parfois complexe, mais qui gagne à être connue…

Photo by rawpixel.com on Unsplash

Solidarité ne rime pas toujours avec high-tech ou digital… Et pourtant. Depuis quelques années, plusieurs startups se développent en France sous forme de coopérative. France Barter est une de ces pionnières. Créée en 2014, cette plateforme collaborative interentreprises a choisi de s’organiser en SCIC. « Adopter le statut coopératif était un choix de notre part, explique Grégoire Bauer, responsable Business/Développement et Gestion des Partenariats chez France Barter. Au-delà des valeurs que l’on souhaitait véhiculer, cela permet d’avoir une certaine transparence. » Parmi les différents avantages liés à ce statut, le jeune entrepreneur insiste sur la gouvernance partagée, la transparence dans la gestion ou encore la confiance entre les membres du réseau.

SCOP ou SCIC, que choisir ?

Tout créateur d’entreprise sait que le champ d’action et l’avenir d’une structure sont très liés à son cadre juridique. Sébastien Hut, co-gérant de Digicoop, a ainsi dû se poser en amont quelques questions essentielles pour son projet : Quel modèle économique ? Quelles parties prenantes mobiliser ? Quelle place prendre ? Des réponses apportées à ces questions dépend la forme juridique la plus adaptée à un projet, SCOP, SCIC ou autre.

Choisir la forme juridique de sa startup
Pour choisir le statut juridique adapté quand on créé son activité d’utilité sociale, l’Avise a publié un guide très complet sur le sujet consultable en ligne. Lisez aussi notre article sur le choix de statut pour son activité.

« Lorsque, l’an dernier, nous nous sommes rendus au NUMA, l’accélérateur de startups parisien, ils nous ont dit que le statut SCOP constituait un frein pour les investisseurs », regrette Sébastien Hut. Selon Aurélien Acquier, professeur en théorie des organisations à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP) Europe et spécialiste de l’économie collaborative, les investisseurs hésitent encore à investir dans les startups coopératives car elles ne permettent pas de proposer une valorisation du capital de même ampleur que des startups « classiques ».

S’il est vrai que la forme coopérative peut limiter la prise de participations par des investisseurs extérieurs, des solutions existent néanmoins. Ainsi, parce qu’il permet notamment de faire entrer au capital de la société des acteurs publics, le statut SCIC peut, selon l’universitaire, constituer une solution avantageuse.

De nouvelles solutions de financement pour les coopératives

De plus, avec la multiplication des initiatives à vocation solidaire, on assiste, depuis quelques années en France, à la mise en place de nombreux instruments financiers au service de tous les projets d’entreprises coopératives. Le Mouvement SCOP a ainsi développé un dispositif original de collecte et de redistribution de fonds destinés à assurer la pérennité et le développement de ses membres : Socoden, Sofiscop et Scopinvest.

Photo issue du guide Les outils financiers du Mouvement Scop
Photo issue du guide édité par le mouvement Scop « Les outils financiers du Mouvement »

A travers ces outils, les SCIC et les SCOP peuvent notamment proposer des titres participatifs pour lever des fonds. Ces titres, appelés « quasi fonds propres », sont équivalents à une forme de prêts rémunérés à long terme. « Pour un investisseur, cela constitue une différence essentielle par rapport à un financement de projet « classique » explique Sandrine Savel, présidente de la plateforme de financement participatif Wiseed qui propose aussi cette solution de financement depuis 2015. Il reçoit un intérêt annuel, fixe et variable qui dépend des critères de performances de l’entreprise. » Ces titres, qui offrent « une rémunération moyenne de 7 % aux investisseurs », précise Sébastien Hut, ont notamment permis à Digicoop et France Barter d’effectuer, chacun, une première levée de fonds.

Pour financer son projet

Même les banques traditionnelles ne peuvent plus aujourd’hui ignorer l’émergence de ces nouveaux modes de financement. Après avoir lancé sa propre plateforme de financement participatif, Agir&Co, le Crédit Coopératif s’est par exemple rapproché de Wiseed, en février 2015. Depuis, la banque propose à ses partenaires et réseaux d’entreprises deux types de financements : les fonds propres apportés par Wiseed et ses propres financements bancaires classiques.

Le statut coopératif, une alternative en devenir

Va-t-on, dès lors, assister dans les années à venir, à l’essor de startups organisées en coopératives ?  « C’est une pratique encore relativement marginale, tempère Stéphanie Savel. Cela dépend beaucoup de la philosophie du dirigeant. »

Pour autant, il semble que l’idée fasse son chemin auprès des entrepreneurs : « Au NUMA, nous étions les premiers à défendre ce concept startup/SCOP au milieu de beaucoup d’autres startups « classiques », se rappelle Sébastien Hut. Mais en leur faisant découvrir notre statut, cela les faisait réfléchir… Pour moi, c’est une idée en devenir, qui intéresse beaucoup de jeunes mais qui a encore besoin de temps avant de réellement exploser. »

Un point de vue partagé par Adrien Acquier, qui conclue : « On assiste aujourd’hui – du fait des TIC, des innovations sociales, etc. – à une transformation de l’entreprise qui entraîne un renouvellement du coopérativisme ». La patience n’est-elle pas la mère de toutes les vertus ?

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Rédigé par

Olivier Simon

4 commentaires

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Leculier

Publié le 07 septembre 2017

Bravo pour ce document !

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Régis FAGUELIN

Publié le 06 septembre 2017

Sauf erreur de ma part, l’objet des Start-up est de faire la recherche innovante et de prendre tous les risques en lieu et place des grands groupes, lesquels font ensuite leur marché en rachetant à prix d’or les bébés les plus profitables ou les plus concurrents (par ex. la SNCF rachète Blablacar et Ouicar), sans avoir pris aucun risque auparavant. En tant qu’ex-gérant de SCOP, je pense que mélanger les concepts de start-up et de SCOP m’apparaît comme un pur non-sens. Les SCOP appartiennent obligatoirement majoritairement à leurs associés salariés, elles ont donc peu de capital et elles n’ont évidemment pas pour objectif d’être vendues au plus offrant. Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos, je pense que c’est la mode actuelle des start-up qui est complètement débile et malsaine, pas celle des SCOP ou des SCIC.

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eco-sapiens

Publié le 06 septembre 2017

Bonjour, Sur ce sujet, je me permets d’en remettre une couche. Effectivement, dans le milieu startup, dire que l’on est en format coopératif est un obstacle majeur. Notre expérience à eco-SAPIENS (précurseur chez WiSeed… mais c’est une longue histoire pas vraiment en leur honneur…) a aussi montré que même avec de l’ancienneté, pour un changement d’échelle et non un amorçage, ces freins subsistent.

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Toma

Publié le 06 septembre 2017

Réflexion intéressante si on considère que la « startup » ne désigne qu’une jeune entreprise innovante. Mais c’est également une manière d’entreprendre très financiarisée, avec des objectifs de forte valorisation et de revente rapide. Est-ce que cette approche peut cohabiter avec les priorités du mouvement coopératif ? Pour ma part je n’y trouve pas immédiatement de sens.

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