A vous de jouer !

Tiers lieux

La seconde vie de nos villages

Pour offrir une nouvelle jeunesse à des villages endormis, des entrepreneurs sociaux, des habitants et des élus remontent leurs manches. Ils (ré)inventent des services de proximité à l’origine de nouvelles formes de solidarité.

Acheter des produits locaux ? Affûter ses couteaux ? Boire un café avec ses voisins ? A Toussieux, dans l’Ain, tout se passe au même endroit depuis 6 mois : à la conciergerie de La Commoderie. « On veut mettre en réseau les petits commerçants et ramener l’offre dans les villages », explique Blandine Berchoux, en charge du projet. « Dans la moitié des communes des alentours, il n’y a pas de commerce. Les gens ne se rencontrent pas. »

Remettre au goût du jour des services de proximité

A La Commoderie, l’achat de produits locaux est le service le plus demandé. « La consommation responsable réunit les habitants, anciens comme nouveaux », constate Blandine. A Saint-Martin de la Cluze (Isère), les nouveaux patrons du café « Chez Jeanne », seul commerce du village, ont fait le même pari : ils ont amplifié le coin épicerie en allant voir des producteurs locaux. Les agriculteurs les livrent en priorité, heureux de vendre chez eux, et la demande est là.

Les différentes casquettes de la Commoderie à Toussieux.

Loin des pôles urbains, les tiers lieux, intégrant des espaces de travail partagés, sont un autre moyen de réunir les habitants et d’en attirer de nouveaux. « Les tiers lieux sont des fabriques de lien social. Ça peut être un outil mutualisé de travail : partager du consommable, une imprimante… », explique Alexis Durand Jeanson de Prima Terra « C’est d’autant plus important en milieu rural. Il y a un besoin de se faire connaître, de faire à plusieurs ». A Lussac les Eglises en Haute-Vienne, une maison village, la Mézou, associe ainsi gîte de groupe, centre de lecture public et espace de coworking.

Les nouvelles technologies rendent ces projets possibles. « Si elles ne nous permettent pas de vivre où l’on veut, c’est un peu con ! », explique Vincent Benoît, cofondateur de la Scop Laëtis (web et multimédia) et conseiller municipal d’Arvieu. Lui-même est venu s’installer dans ce petit village avec ses associés en 1998 pour créer sa Scop. Aujourd’hui, c’est tout le village d’Arvieu, avec la démarche Arvieu 2020, qui mise sur le numérique pour lutter contre une démographie en berne : pôle multimédia, pépinière, plateforme numérique pour la livraison de produits locaux (association les Loco-Motivés)…

Séance de travail à la Scop Laëlis, dans le petit village d’Arvieu.

Des fabriques de lien social

Fondés sur des modèles très variés (associatifs, hybrides…), les tiers lieux ont en commun de valoriser la coopération et le faire ensemble. « Bien plus que du coworking, les tiers lieux apportent une dimension sociale et communautaire », insiste Alexis. A condition de faire les choses bien : « Un tiers lieu fabriqué par des néo-ruraux de toutes pièces, sans concertation, ne prendra pas ! ». A La Commoderie aussi, l’enjeu est de tisser des liens entre les habitants. « On veut animer des communautés de villageois qui ont envie de vivre ensemble », explique Blandine. Alors, chacun est invité à tenir des permanences et à proposer des projets.

Au café-épicerie Chez Jeanne.

A Saint-Martin-de-la-Cluze dans l’Isère, les nouveaux patrons du café-épicerie « Chez Jeanne » ont choisi la forme coopérative (Scic) pour reprendre ce commerce centenaire, avec le soutien du Maire et de son équipe. Après quelques mois d’existence, la Scic a intégré 10 nouveaux coopérateurs. « Des habitants et usagers du bar et de l’épicerie, de tous les âges. Ils représentent la diversité du village », explique Emmanuel, coopérateur. Prochaine étape : convaincre des producteurs locaux de rejoindre la gouvernance du projet.

Un effet boule de neige

 « La vraie difficulté, c’est le modèle économique ! », explique Blandine. L’expérimentation de La Commoderie est financée par Valhorizon, une association de développement local dont la cheffe de projet est salariée. « Une conciergerie demande beaucoup de temps. On a besoin de monde, d’un camion », explique Blandine. Du côté de la demande, beaucoup gardent l’habitude de faire leurs courses hors du village.

Organisation d’un salon de beauté éphémère organisé par La Commoderie.

Mais l’intérêt économique de ces projets dépasse leur simple compte de résultat. Si le café-épicerie « Chez Jeanne » a un chiffre d’affaires limité, il offre des débouchés aux agriculteurs locaux, il ouvre sa porte à des artisans et, surtout, il donne confiance à de nouveaux porteurs de projet. Emmanuel raconte : « Un des associés s’est monté en tant que maraîcher et pourra vendre ici, une autre veut fabriquer des sorbets… ».

« Quand ces projets se pérennisent en ESS, en général le lieu n’est pas la finalité », conclut Alexis. « Il y a une dimension politique et d’engagement ! ». Un lieu d’échange et de solidarité où se fabrique un futur commun, loin des grandes villes.

Auteur de l'article : Pauline Bian-Gazeau

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5 réponses pour "La seconde vie de nos villages"

  1. Jeune dit :

    Ce sont des initiatives merveilleuses.
    Cette jeunesse là est la relève pour des lendemains meilleurs.
    Il faut l’encourager.
    Bravo à elle et à tous ceux qui mettent la main à la pâte pour réussir le pari de réveiller les habitants des milieux ruraux dans un mieux vivre ensemble.

    • La redaction dit :

      Merci pour cet enthousiasme et cet encouragement ! C’est en effet cette jeunesse qui entreprend autrement et ensemble que nous souhaitons mettre en avant sur Say Yess 🙂

  2. Cain dit :

    Voici une autre illustration de ces initiatives, à Méré dans la campagne yvelinoise : http://www.le-50.fr, je vous invite à la découvrir !

  3. La jeunesse n’est pas une question d’âge mais de créativité :). A C’est déjà ça, toutes les générations créent et participent. C’est là que réside l’intérêt.

    http://www.cestdejaca.fr

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