Culture

Quand l’art s’empare des espaces publicitaires

Publié le 7 juin 2017

Et si l’art remplaçait les publicités, omniprésentes dans l’espace public ? Associations et entreprises s’y engagent au profit de la créativité.

Publicités détournées, murs d’expression ou collages… A Toulouse, en mars dernier, une quinzaine d’espaces publicitaires ont été recouverts, en respectant la non-dégradation du mobilier d’affichage. L’exposition, organisée par l’association Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.), a été éphémère, puisqu’en quelques heures, les entreprises d’affichages remettaient en l’état les panneaux.

Si on remplace l’art par la pub, remplaçons la pub par l’art.

Quelques mois auparavant, alors que le Palais des Beaux-Arts de Lille en rénovation s’était vu recouvert d’une bâche publicitaire, le groupe lillois de la R.A.P. a remplacé des panneaux publicitaires par des œuvres d’art avec un leitmotiv : « si on remplace l’art par la pub, remplaçons la pub par l’art ». L’asso travaille également avec l’artiste berlinois Vermibus qui détourne des publicités ou les remplace par des affiches graphiques.

Le mécénat participatif finance des espaces d’art dans la ville

Au-delà de l’action militante s’opposant à la publicité, deux entreprises se sont fait la même réflexion. En juin 2016, à l’arrêt de tram du Corum de Montpellier, des œuvres d’artistes ont remplacé pendant une semaine les affiches publicitaires. Collages, graph, gravures… « Art station », exposition peu commune, a été rendue possible grâce au financement participatif récolté sur la plateforme locale Cercle rouge, fondée en octobre 2015 et dédiée à l’art et la culture.

On y voit une manière de pirater le système et de faire sortir l’art des galeries

Face aux réticences de la mairie de Montpellier de leur laisser des murs, Boris Norbert et Laurent Gasseng, cofondateurs de la plateforme, ont décidé de trouver une voie légale pour exposer sans que les œuvres ne soient immédiatement retirées par les afficheurs. Ils ont ainsi financé les espaces publicitaires par le crowdfunding. « On y voit une manière de pirater le système et de faire sortir l’art des galeries », précise Boris, investi à plein temps dans son entreprise. Le succès de la première édition encourage Cercle rouge à réitérer ce type d’expo citadine à ciel ouvert. En attendant, ils ont lancé une pétition en faveur d’une « fête de la musique » de l’art.

 

De l’art à la place des publicités à l’arrêt de tram Corum à Montpellier, grâce à la plate-forme Cercle rouge. © Laurent GASSENG
De Valparaiso à Bordeaux

Dans le Sud-Ouest, une idée similaire fait son chemin. Séduits par les murs peints et colorés de Valparaiso au Chili, ville réputée pour son street art, Marie, 28 ans, et Olivier, 32 ans, ont rapporté dans leur bagage l’envie de développer des espaces artistiques dans la rue. « Avant de partir, en quittant mon job dans une boite d’e-commerce à Paris, j’avais déjà l’idée de créer une boite en accord avec mes principes », se souvient Olivier Moss.

Depuis près d’un an et avec persévérance, le couple a monté la start-up Ôboem : « Ô pour l’incantation poétique et lyrique et boem comme clin d’œil aux mouvements bohème du XIXème », décline Olivier. Après s’être auto-formés à la création d’entreprise, ils ont développé leur plateforme depuis l’espace de co-working Darwin, à Bordeaux. Une fois les premiers artistes sélectionnés, ils lanceront leur campagne de « mécénat participatif » en juin, pour « égayer la ville ».

Olivier, créateur de la start-up Ôboem, inspirée par un voyage à Valparaiso.
Olivier, créateur de la start-up Ôboem, inspirée par un voyage à Valparaiso.

Même concept que Cercle rouge. Pendant un mois, les propositions d’affiches seront publiées sur leur plateforme. La somme récoltée sera ensuite mutualisée pour financer des espaces publicitaires. Et les mécènes recevront des sérigraphies ou des reproductions d’œuvres. « Il faut environ 7000 à 8000 euros pour une campagne d’affichage sur 120 abris-bus pendant une semaine, détaille Olivier. Les artistes ne seront pas rémunérés mais gagnent en visibilité. »

Si Thomas Bourgenot, salarié de l’association R.A.P., comprend cette démarche de promotion de l’art par la foule, il ne soutient pas l’idée de « voir partir la somme équivalente au budget annuel de notre asso chez les afficheurs ».

Du théâtre contre la pub

Pour sensibiliser les citoyens à l’impact de la publicité dans l’espace public, le théâtre n’est pas en reste, à l’instar du Pap’40 à Lille ou de la pièce « l’histoire leur donnera raison » inspirée d’un procès du collectif des déboulonneurs. « Ces initiatives font passer un message anti-pub par le rire, de manière moins agressive qu’un message uniquement militant », estime Thomas. Et permettent aux villes de devenir la scène d’idées inspirantes.

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Rédigé par

Caroline Venaille

1 commentaire

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image commentary

photographe montpellier

Publié le 14 juin 2017

En effet, voir des oeuvres d'art à la place des publicités serait tout à fait super. Cela va surement changer beaucoup de vision et sera une source d'inspiration pour autrui.

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