A vous de jouer !

tourisme alternatif

Devenir un hôte solidaire, c’est possible!

Employer des salariés en insertion pour réussir sa « reconversion sociale », créer une « coopérative patrimoniale » entre voisins ou encore une auberge de jeunesse solidaire entre potes… les moyens ne manquent pas pour imaginer le tourisme alternatif de demain.

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Grâce à la coopérative Hôtel du Nord, les visiteurs de passage partagent des moments conviviaux, tout en redécouvrant le patrimoine des quartiers Nord de Marseille. © Archives Hôtel du Nord - Photo Dominique Poulain.

C’est une charmante petite adresse, située à deux pas de la Gare de Lyon. Sous son apparence classique et sa déco vintage, le ZaZie Hôtel est une curiosité sans équivalent : depuis 2012, cet établissement deux étoiles est l’unique hôtel de tourisme parisien disposant de l’agrément « entreprise solidaire d’utilité sociale ». Sa principale particularité : embaucher des salariés en insertion.

« L’Hôtellerie se prête particulièrement à l’insertion »

Le pari a été lancé par Anne-Sophie de Boulois : « Une entreprise d’insertion est un excellent dispositif pour expérimenter le travail avec une nouvelle finalité, un public éloigné de l’emploi, et une autre organisation », explique la présidente de l’établissement. L’idée de l’hôtel est venue par la suite. Notamment parce que l’hôtellerie est une activité qui répond parfaitement à l’insertion : elle offre une variété de tâches sans prérequis techniques (ménage, lingerie, accueil, gardiennage, etc.) mais aussi ré-internalisables.

« Notre première décision a été de réintégrer en interne les activités d’entretien des chambres et de blanchisserie, souligne-t-elle. Au départ, on a pris cette initiative pour des raisons sociales : on souhaitait avoir davantage d’activité humaine à l’intérieur de l’hôtel. »

En cinq ans, Anne-Sophie de Boulois a transformé un hôtel « classique » en un confortable établissement deux étoiles, avec l’agrément « entreprise solidaire d’utilité sociale ».

Avec des chambres confortables à 90 € la nuit, un petit-déjeuner conçu à partir de produits frais et des initiatives visant à favoriser le tourisme alternatif, le ZaZie Hôtel commence à attirer une clientèle nouvelle : « Une bonne moitié des gens qui viennent ici savent ce qu’on fait, estime Anne-Sophie de Boulois. Le fait qu’on travaille avec des employés en insertion n’est pas perçu de manière négative pour le client, ça humanise le service. »

« Retrouver une certaine forme de vivre-ensemble »

Direction Marseille, ses cigales, son soleil… et ses quartiers Nord à la réputation tant décriée. C’est précisément pour redorer le blason de ces territoires dénigrés qu’un petit groupe d’habitants, lassé de voir leur patrimoine malmené, a décidé de créer en 2011 la coopérative Hôtel du Nord. « L’idée première était d’accueillir les gens chez nous, afin de retrouver une certaine forme de vivre-ensemble, pour que les gens n’aient plus peur des quartiers Nord de Marseille », nous explique Dominique Poulain, sociétaire de la coopérative et hôte depuis 2011.

« Nous invitons les gens à faire une petite croisière au sein de nos quartiers »

Le réseau propose une cinquantaine de chambres d’hôtes, gîtes, appartements, bastides et autres maisonnettes où accueillir les voyageurs de passage et leur faire découvrir l’environnement patrimonial, lors de séjours solidaires. « Cela se traduit par des petites attentions, des conseils sur des bonnes adresses, mais aussi par le partage de moments de vie comme un apéritif ou des balades organisées dans les alentours », poursuit Dominique Poulain.

Une hôtellerie alternative et solidaire qui se développe ?

Une coopérative de voisins « vigilants » au bien-être de leurs visiteurs. L’initiative ne connaît, à ce jour, pas d’équivalent en France. Pour autant, il semble que les projets d’hôtellerie alternative n’aient jamais été aussi nombreux. A Lyon, ce sont trois copains qui ont créé Le Flâneur, un « hostel » à leur image et première auberge de jeunesse de France organisée en SCOP.

 

Espace commun du Flâneur, guest-house sous forme de SCOP dans le quartier de la Guillotière à Lyon.

A Gradignan, près de Bordeaux, le projet de traiteur associatif La Table de Cana a élargi son activité en 2013 à l’hôtellerie, avec un établissement trois étoiles de 32 chambres gérées par des personnes en réinsertion. Faut-il y voir une tendance pour les années à venir ? « Je ne crois pas que l’hôtellerie en insertion se développera vraiment, met en garde Anne-Sophie de Boulois. Un hôtel, c’est très lourd à monter, c’est extrêmement onéreux, il faut des gros moyens. Un restaurant, c’est plus simple. » La réussite du ZaZie Hôtel est pourtant là pour démontrer le contraire…

Auteur de l'article : Olivier Simon

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