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Tempelhof, espace d’échange citoyen au cœur de Berlin

Autrefois symbole du rideau de fer entre l’Europe de l’est et de l’ouest, l’ancien aéroport de Tempelhof, fermé depuis 2008, est aujourd’hui à l’image de Berlin : vert, jeune, festif et militant.

Les rafales de vent nous poussent vers l’ancien tarmac en ce samedi matin. Des personnes en rollers, kite skating, vélos et même parapentes s’y croisent sur près de 300 hectares, soit plus grand que Central Park à New York. Seuls des pictogrammes peints en rouge et quelques panneaux d’informations révèlent le passé aéroportuaire de l’endroit : Tempelhof, construit sous Hitler, a été le cœur du pont aérien entre Berlin et l’Ouest durant la Guerre froide.

En 2010, après deux ans d’inactivité, les anciennes pistes se sont ouvertes au public sous forme d’un espace vert récréatif. La ville de Berlin envisageait alors un projet immobilier et commercial. Mais les Berlinois s’y sont massivement opposés. L’endroit est désormais classé au patrimoine historique. Interdiction d’y toucher.

Nos guides pour la visite des lieux sont Parwiz, réfugié afghan, et Vicky, jeune berlinoise, tous deux membres de l’association Denk:lokal. « Denk:lokal, présente Vicky, c’est une organisation qui souhaite inviter tout le monde à Tempelhof, notamment pour que les réfugiés et les Berlinois puissent s’y rencontrer et créer du réseau. » En 2015, en effet, les immenses hangars de Tempelhof – qui comptent parmi les plus vastes bâtiments du monde – sont devenus des centres d’accueil pour des milliers de réfugiés. « Officiellement, ils devaient rester maximum six semaines dans ces hébergements d’urgence. Certains sont là depuis deux ans », souligne Vicky.

jardins-partages

Au premier angle du parc, Parwiz nous présente un jardin partagé. Un groupe d’étudiants du quartier de Neuköln bâtit une structure en bois pour y faire un potager. « Je suis venu en début de mois à une assemblée générale d’Allmende-Kontor pour obtenir un espace de la taille de deux palettes de bois, explique l’un d’eux. Ils nous ont bien expliqué que nous ne pouvions rien planter directement au sol. Tout doit pouvoir être retiré. »

Tempelhofer Feld est géré de manière semi-publique par l’entreprise Grünberlin, comme d’autres parcs de la ville. L’organisation se veut à l’écoute des initiatives et des besoins citoyens. Elle a actuellement cédé des espaces à 19 projets participatifs artistiques, écologiques ou sociaux. Mais les règles sont très strictes. Seule la périphérie du parc peut être utilisée. Le cœur de parc, ouvert seulement en journée, est protégé et certains espaces sont même interdits au public afin d’y préserver la faune et la flore.

En entrant sur le site, on croise des terrains de sport, des zones de barbecue. « En été, les pelouses sont remplies », assure Vicky, aujourd’hui bien emmitouflée dans une grande écharpe. Depuis quelques semaines, des préfabriqués destinés aux réfugiés sont en train d’être montés à côté des hangars. Une dérogation, qui fait encore grand débat à Berlin, a permis de construire temporairement ces installations qui devront être démontées en 2019. Sous la tour de contrôle, Parwiz raconte l’attente interminable. Entre réfugiés, ils parlent de « camp », ou même de « Guantanamo ».

vue-aeroport

Au sein de notre groupe, Alessandra, une Italienne de 27 ans installée à Berlin depuis un an, demande comment elle peut aider. « A l’intérieur, nous ne manquons pas d’aide, assure Vicky. De nombreuses associations interviennent (collecte de vêtements, cours d’allemand, binômes, soirées jeux, …). Mais le plus utile, c’est d’aider les réfugiés à briser l’ennui en les aidant à sortir des hangars, où l’attente est insoutenable. »

Les murs blancs des préfabriqués contrastent avec les tentes colorées, toutes proches, du cirque Cabuwazi. Autour de la pratique sportive surtout destinée aux enfants, Ylva, responsable de cet espace, souhaite que chacun se sente accueilli et se rencontre dans une ambiance festive. De pont aérien entre Berlin et l’Ouest au temps de la guerre froide, Tempelhof est devenu un poumon vert interculturel entre Berlin et le monde.

Auteur de l'article : Caroline Venaille

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