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Lancement du Baba : carton plein pour une soirée aux saveurs afghanes

Publié le 5 avril 2017

Vendredi 24 mars : soirée de lancement du Baba, un projet étudiant soutenu par Enactus France. Pari tenu pour ce futur marché-cantine, fondé par Lou et Mathilde, au Petit Bain. Leur concept : des repas préparés par des chefs migrants. Ce soir-là, Massoud nous fait découvrir les saveurs de l’Afghanistan. Retour en images.

Massoud était aux fourneaux pour cette soirée de lancement !

18h59

Bibliothèque François Mitterrand. Le temps est clair. Les quais de Seine sont baignés de cette douce luminosité qui annonce les soirées de printemps. Près de la rive, le Petit Bain ne passe pas inaperçu avec ses murs vert anis et ses cloisons en bois. Mais ce n’est pas la seule caractéristique qui fait du Petit Bain un lieu unique en son genre. Car cette péniche, qui héberge restaurant, salle de concert et terrasse, présente aussi la particularité d’être une coopérative. Et ce soir, c’est le premier événement du Baba qu’elle accueille.

Pour tout savoir sur le Baba, un projet étudiant fondé par Lou Blanco et Mathilde Prilleux, découvrez notre article Lou: un an pour découvrir l’entrepreneuriat social. Ce projet est accompagné par l’association Enactus France.
Lou Blanco et Mathilde Prilleux
Mathilde Prilleux (à gauche) et Lou Blanco (à droite), co-fondatrices du Baba.

19h12

Lou Blanco, l’une des co-fondatrices du projet étudiant Le Baba, s’agite de-ci de-là pour peaufiner les derniers détails. La soirée va bientôt commencer et la petite équipe est fébrile. En cuisine, Massoud, le chef cuisinier qui va officier durant la soirée, semble – très – détendu. Il n’arrête pas de papoter et de blaguer avec l’équipe. Lou et Mathilde se regardent, l’air un peu inquiet mais cherchant à se rassurer l’une l’autre. « Il faudrait peut-être qu’il se mette à cuisiner, non ? », « Non, t’inquiète, il était aussi bavard la dernière fois et finalement ça s’est bien passé ! »

19h29

Les invité-e-s commencent à arriver au compte-goutte. La plupart sont jeunes. La salle longiligne se remplit et les guirlandes éclairent des visages heureux d’être là. Le programme ne commence pas avant une bonne heure. Le temps pour moi d’aller parler avec les différentes porteuses de projet présentes ce soir-là.

On y retrouve Marie Legleye et Camille Marshall, qui lancent Eat & Meet. Un projet d’intégration des personnes migrantes grâce à des bus réaménagés pour y cuisiner, s’y régaler et se rencontrer. Lorsqu’elle parle de son projet, Marie explique que la cuisine « permet de soulever des questions qui sont parfois délicates, de religion, de croyance, mais de manière très légère. Ce qui fait que les gens s’ouvrent naturellement. » Une opportunité précieuse pour les publics migrants, qui « sont des populations fragilisées, qui ont parfois peur de s’engager, de s’exprimer, d’être acteurs », de crainte d’être perçus comme des intrus.

J’ai également l’occasion de discuter avec Donia Souad, l’une des fondatrices de Meet my mama, qui offre à des femmes au foyer la possibilité d’exprimer leurs talents en préparant la cuisine de leur pays. Tout en leur garantissant une activité rémunérée.

Le Baba au Petit Bain
Le restaurant du Petit Bain se remplit peu à peu.

20h34

La salle est comble. Certain-e-s sont accoudé-e-s au comptoir, d’autres sirotent leur boisson, attablé-e-s sur les tables déjà dressées. Clara Wright, fondatrice de CrossWorlds, s’éclaircit la voix et se saisit d’un micro. Elle entame le débat, qui porte sur la cuisine comme moyen d’intégration, par une réflexion qui remet les choses en perspective : si la cuisine est l’occasion pour nous de se familiariser avec une autre culture ce soir, il est bon de garder en tête que tout le monde n’a pas cette chance. Que pour d’autres, le simple fait de se nourrir relève d’un combat de tous les instants… Sur ces paroles un peu pesantes, c’est parti pour plus d’une heure de table ronde.

Soirée de lancement du Baba
De gauche à droite : Marie, co-fondatrice d’Eat & Meet, Massoud, le chef cuisinier de la soirée, et Vannessa, co-fondatrice du RECHO, l’un des autres projets présents ce soir-là.

Une demi-heure plus tard, quand Massoud sort des cuisines pour livrer son histoire, les applaudissements s’élèvent spontanément. Il a fui l’Afghanistan en 2010. Après plus de deux mois de périple, il arrive en France et « les Français m’ont donné envie de rester. » Il se met à cuisiner pour retrouver les saveurs de son pays. Son énergie et son sourire sont communicatifs. Il reste quelques minutes et retourne en cuisine – ce n’est plus l’heure de papoter, Massoud a retrouvé son sérieux et va assurer le service d’une quarantaine de couverts sans sourciller.

21h44

On sent que cette belle discussion a ouvert les appétits. Quand Clara demande si nous avons des questions, elle n’obtient qu’un tonitruant « Non, on a faim ! » Celles et ceux qui ont eu la chance de réserver leur repas à temps s’empressent de s’assoir. Les autres terminent leur verre mais n’ont pas l’air d’avoir envie de partir tout de suite.

L’entrée ne se fait pas trop attendre. Massoud a tenu à nous a prévenir. L’aubergine au yaourt, bandjan bourani, fait partie des mélanges de saveurs auxquels nous ne sommes pas toujours habitué-e-s. Il nous a fait part, plus tôt dans la soirée, de sa surprise en découvrant les yaourts sucrés en France. Mais qu’il se rassure. Les assiettes sont vides en un clin d’œil. « Délicieux ! »

22h03

« Chaud devant ! » Les serveurs se faufilent parmi les convives curieux de voir et de parler à Massoud. Le chef afghan jette parfois un œil plein de bienveillance à la salle, ou parfait le dressage d’une assiette. En quelques minutes, après un ballet d’allers-retours de la part des serveurs, tout le monde est servi et profite du repas. Les assiettes sont généreuses, colorées. Il s’agit d’un quabili palaw, riz pilaf aux raisins et aux carottes, à l’agneau ou végétarien.

Kabuli pulao
Le plat principal : du quabili palaw.

22h20

Certains convives vont s’installer en terrasse. L’ambiance est détendue. On vient nous proposer des pâtisseries et un thé pour terminer le repas. C’est un drôle de mélange d’émotions. Ce soir, l’insouciance caractéristique des soirées parisiennes marie un bref instant l’histoire tragique de toutes ces personnes réfugiées, arrachées de leur pays. Et qui, néanmoins, cherchent à reconstruire leur vie ailleurs. C’est peut-être ça le plus beau dans la cuisine. Cette capacité qu’ont les saveurs à tisser un lien entre deux cultures.

Le projet du Baba vous intéresse ? Say Yess va vous donner des nouvelles pour vous tenir au courant de la suite de ce projet étudiant soutenu par Enactus France !
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Rédigé par

Pauline Coutier

2 commentaires

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Quand une idée se transforme en projet étudiant... - Say Yess

Publié le 03 août 2017

[…] color= »#00bab2″]Revivez la soirée de lancement du Baba, à laquelle Say Yess […]

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Cathy

Publié le 18 avril 2017

Merci de partager ces instants avec Massoud, un nom que j'affectionne tout particulièrement ! Pauline, ta plume me touche. Continue !

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