Citoyenneté

Ces jeunes élus qui font avancer l’ESS

Publié le 7 avril 2017

Alors que le « tous pourris » gronde, des jeunes ne lâchent rien et partent à l’assaut de leur mairie ou de leur département, convaincus que la défense de l’économie sociale et solidaire (ESS) passe par l’engagement politique. Say Yess leur donne la parole.

Jeunes élus de l'économie sociale et solidaire

Say Yess : Vous êtes élus depuis 3 ans, 1 an pour Magalie. Parlez-nous de vos projets.

Lucie Briatte, 31 ans, PS, adjointe chargée de l’ESS et des espaces verts dans le 3ème arrondissement de Lyon : Je participe (notamment) au développement des jardins partagés. L’ESS est l’objectif et la réalisation technique passe par les espaces verts. Ces projets fleurissent, il y a une vraie demande. J’ai un rôle d’impulsion et d’accompagnement mais les remontées doivent se faire du terrain.

Magalie Thibault, 29 ans, PS, vice-présidente en charge de l’autonomie des personnes âgées et handicapées, conseil départemental de Seine-Saint-Denis : Nous avons voté un plan de rattrapage massif pour créer 1000 places d’accueil supplémentaires pour des enfants et des adultes en situation de handicap en partenariat avec l’Etat. La Seine-Saint Denis enregistre l’un des taux d’équipement le plus faible de France ! Si on s’implique dans ses dossiers, on peut obtenir les moyens nécessaires.

Lucie Briatte (au centre) dans un des jardins partagés de Lyon
Lucie Briatte (au centre) dans un des jardins partagés de Lyon

Boniface N’Cho, 30 ans, EELV, conseiller délégué à l’ESS au tourisme et au sport dans le 4ème arrondissement de Paris : J’ai un projet d’épicerie solidaire avec des produits bios à bas coût. Le bio et l’écologie ne sont pas destinés aux bobos ! Maintenant il faut trouver les porteurs de projet. C’est un combat qui se fait au quotidien.

Frédéric Badina Serpette, 37 ans, EELV, adjoint au maire chargé de l’ESS et de l’économie circulaire dans le 18ème arrondissement de Paris : J’ai soutenu l’installation récente de la Coopérative de la Goutte d’Or dans ses nouveaux locaux. Nous avons aussi accompagné la création de la coopérative alimentaire La Louve.

Léa Vasa, 26 ans, EELV, adjointe au maire du 10ème arrondissement de Paris, chargée de l’ESS : Les habitants étaient mobilisés contre la construction d’une grande surface de 500m². Ça traînait depuis deux mandats. Alors j’ai proposé qu’on écoute leurs besoins : ils souhaitaient un commerce culturel, une association de terrain et une halle alimentaire pour des produits bios et de qualité, des logements sociaux. C’est super intéressant d’avoir des habitants qui spontanément ont envie de bien manger, bien vivre, se rencontrer. Ils ont besoin de toutes les valeurs qui font l’ESS !

Nous avons voté un plan pour créer 1000 places d’accueil pour des personnes en situation de handicap. Si on s’implique dans ses dossiers, on peut obtenir les moyens nécessaires.

Say Yess : Pourquoi et comment vous êtes-vous impliqués en politique, et notamment pour faire avancer l’ESS ?

Léa : J’ai été élue en tant que candidate d’ouverture d’Europe Ecologie. Je n’étais pas encartée. C’est un truc qu’ils font régulièrement. A mon arrivée à Paris, j’ai bossé à la Ruche, j’étais en stage et en galère. J’ai milité chez Jeudi noir pour récupérer les bâtiments vides et les mettre à disposition. A un moment, j’ai décidé de passer la barrière pour faire bouger les choses de l’intérieur.

Magalie Thibault au stade avec des éducateurs sportifs qui travaillent à rendre le foot accessible à tous, valides et non valides
Magalie Thibault au stade avec des éducateurs sportifs qui travaillent à rendre le foot accessible à tous, valides et non valides

Frédéric : J’ai commencé par un engagement associatif sur des thématiques de mobilité et de covoiturage avec Voiture & Co. Mes études tournaient autour du développement durable et j’ai d’ailleurs co-fondé le syndicat étudiant Fac Verte. J’ai suivi Corinne Lepage au Mouvement démocrate avant de revenir à mes premières amours en rejoignant Europe Ecologie.

Boniface : Je me considère comme enfant de l’éducation populaire. J’ai arrêté après le bac et j’ai été d’association en association dans ce secteur. Si tu veux avancer dans l’associatif, à un moment tu t’adresses aux pouvoirs publics ! L’un ne peut pas fonctionner sans l’autre. Dans l’associatif, il faut surtout utiliser de l’huile de coude et tu finis par t’épuiser. A partir de là, je me suis rapproché d’Europe Ecologie, les plus proches du milieu associatif.

On ne peut pas être un bon politique sans être passé par la case engagement militant.

Magalie : Je n’ai jamais rêvé d’être élue de la République, j’étais surtout une militante. Je suis arrivée au département en souhaitant être une élue de terrain. Je m’attache à être dans une réelle démocratie participative, notamment par la consultation et la rencontre avec les associations et les concitoyens. Je considère que la classe politique d’aujourd’hui ne représente pas la société française.

Frédéric : Un élu doit savoir ce que ça veut dire d’être passé par le terrain. On ne peut pas être un bon politique sans être passé par la case engagement militant. Quand on est passé par la voie de l’ESS, on voit les choses différemment. Ce cheminement est assez naturel. Un acteur associatif a vocation à devenir élu.

Je suis l’emmerdeuse qui dit « on peut faire autrement » avec les petites structures. Je passe beaucoup de temps à faire de la pédagogie.

Say Yess : Vous êtes jeunes, en politique, vous défendez une économie mal comprise. Ce mandat s’ajoute à vos activités professionnelles. Bref, pas trop dur d’être un élu de la République ?

Léa : J’ai envie que l’ESS devienne la règle mais c’est difficile. L’ESS est transversale : déchets, emploi, quartiers politique de la ville, urbanisme… et il faut travailler avec chaque élu. Je suis l’emmerdeuse qui dit « on peut faire autrement » avec les petites structures. Je passe beaucoup de temps à faire de la pédagogie.

Boniface : Mon travail d’élu c’est beaucoup de représentation, d’inaugurations. Il faut trouver le temps de faire émerger les projets. Je n’ai pas de collaborateur et mon indemnité d’élu est de 220€. Je travaille à côté : j’ai monté une agence de communication et je suis président d’une Scop.

Magalie Thibault (en kaki) lors de l'inauguration d'un Foyer d’Accueil Médicalisé et d'une Maison d’Accueil Spécialisée en Seine-Saint-Denis, où elle est élue en charge du handicap
Magalie Thibault (en kaki) lors de l’inauguration d’un Foyer d’Accueil Médicalisé et d’une Maison d’Accueil Spécialisée en Seine-Saint-Denis, où elle est élue en charge du handicap

Lucie : C’est très enrichissant et très prenant. Je fais 4 grosses journées en tant qu’orthophoniste en libéral et je passe le 5ème jour à la mairie. Je consacre aussi à mon rôle d’élu deux débuts de matinée par semaine et des soirées pour les réunions, des conseils d’arrondissement et des rencontres avec les services.

Léa : Avec les élus plus âgés, on se comprend. Il y a une dynamique intergénérationnelle. Le décalage se trouve plutôt avec les gens qui ont toujours fait ça. Je n’avais pas du tout la langue de bois, la douceur, la délicatesse et les ficelles de la communication. Je mettais les pieds dans le plat au début mais j’apportais un regard frais. On fait différemment parce qu’on ne sait pas faire avec les codes habituels.

Il ne faut pas laisser la place qu’aux vieux. Il y a des postes à prendre et quand tu as 18 ans, tu as le droit d’être élu.

Boniface : Une chose qu’il faut savoir : pour changer les choses, il faut accepter de s’intégrer dans un processus long. J’ai mis 3 ans à décrypter la politique parisienne. C’est difficile d’être monsieur personne quand on arrive. On ne vous prend pas par la main. Mes amis continuent à me charrier sur mon rôle d’élu mais je leur explique : ‘Vous me dites que je suis pourri mais je porte le combat pour vous.’ Engagez-vous !

Léa : Dans l’ESS, c’est très flexible, on avance vite, tout est urgent. Ici tout est cloisonné, ça marche en silo, l’administration est très lente… Après on peut mettre des années à batailler sur une virgule, sur un projet mais au moment où c’est voté, l‘impact est fort ! Ce mandat me donne envie d’expliquer comment fonctionne la machine politique. Il ne faut pas laisser la place qu’aux vieux. Il y a des postes à prendre et quand tu as 18 ans, tu as le droit d’être élu. On apprend !

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Pauline Bian-Gazeau

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