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Zéro déchet : demain je me lance (…ou pas)

Publié le 20 mars 2017

Face à notre production de déchets pour le moins colossale*, certaines initiatives et résolutions fleurissent dans les esprits. “Demain je me lance dans le zéro déchet”. On en rêve mais est-ce vraiment possible en un claquement de doigt ?

Lauriane, étudiante à Amiens, est encore embarrassée en le racontant. « Plein de fois, je glisse un Tupperware dans mon sac en partant chez mon marchand de sushis. Tout le trajet je me répète : ‘Allez vas-y, demande, demande, tu te rends compte, du plastique pour la barquette, le couvercle, le papier des baguettes, les flacons de sauce et le sac en plastique… La cata.’ Et au dernier moment, je me ravise et accepte les emballages que me tend le vendeur. »

Y aller petit à petit

Pas facile d’assumer le regard des autres quand on est convaincu du zéro déchet mais qu’on ne le pratique pas encore. Bertile Lecomte, 25 ans, qui a monté le magasin zéro déchet La Bonne Pioche il y a tout juste six mois à Grenoble, conseille de commencer petit : « Je me souviens comme j’étais fière la première fois que je suis sortie de chez mon boucher avec mon jambon dans un Tupperware, raconte-t-elle. C’est l’histoire d’une première fois. Il faut demander, oser. On n’a rien à perdre. Le zéro déchet c’est de l’audace et plein de petites victoires. Quel plaisir quand j’entendais dans la file d’attente : ‘Ah mais elle a raison, c’est une bonne idée.’ »

Elle tient aussi à rassurer : « Le zéro déchet ne doit pas forcément commencer par son commerçant si on ne se sent pas prêt. Rien qu’à la maison il y a déjà plein de choses à faire. Il faut y aller petit à petit pour ne pas se décourager ». Son conseil : choisir la pièce de la maison par laquelle on attaque. Celle qui nous parle le plus. « La salle de bain où les cotons démaquillants s’accumulent, tout comme les brosses à dents en plastique et autres bidons de shampoing et gel douche. Ou la cuisine pour réduire le suremballage alimentaire… »

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Bertile et Céline ont monté leur boutique zéro déchet à Grenoble pour faciliter la vie de ceux qui veulent alléger leur poubelle

Jérôme, lui aussi conscient de l’urgence à (ré)agir, essaie déjà de faire plein de petites choses au quotidien. « Je trie, je suis membre d’une Amap où le petit producteur est à 30 km de chez moi, ça réduit forcément l’empreinte carbone, et je suis vegan. » Qui dit vegan dit moins de produits transformés, moins d’emballages et par conséquent moins de sacs poubelle. Mais voilà, Jérôme se sent maintenant limité. « Le zéro déchet devrait être un but à atteindre pour tous. Mais tout n’est pas pensé et mis en œuvre pour nous faciliter la tâche. Il manque l’étape supplémentaire. Le petit détail près de chez moi qui changerait tout : un commerce 100% sans emballage, avec des produits en vrac.« 

Des magasins en vrac pour faciliter la vie des convaincus

Mais l’offre commence à apparaître pour faciliter la vie des convaincus : La Recharge, première épicerie zéro emballage de France, a ouvert ses portes à Bordeaux en 2014. Ce projet porté par deux jeunes étudiants a fait des émules et si ces commerces n’existent pas encore à tous les coins de rue, ils se multiplient et séduisent de nombreux jeunes entrepreneurs. A Grenoble, pour Bertile Lecomte et son acolyte Céline Perron, 33 ans, tout a commencé après la lecture de Zéro Déchet de Béa Johnson, en 2014. « J’ai eu un vrai déclic, se souvient Bertile. Je me suis dis : ‘Je consomme comme ça et si je veux faire autrement je ne peux pas car il n’y a pas de commerce approprié à côté de chez moi.’ »

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Dans les boutiques zéro déchet, tout est vendu en vrac, des céréales aux jus de fruits !

La machine est lancée, La Bonne Pioche ouvre bientôt ses portes. Adieu biscuits en emballages individuels, barquettes de plats préparés et boîtes de pâtes en carton épais. « Au-delà de l’aspect vrac et des courses que l’on fait avec sacs en tissu et contenants en verre, on pousse les choses à fond. 90% de nos produits sont issus de notre région Rhône-Alpes, on fait le choix de ne pas proposer certaines choses si elles ne sont pas de saison ou produites à l’autre bout du monde et on l’explique…»

Ateliers et pique-niques de sensibilisation

Dans les boutiques comme La Bonne pioche, tout est réuni en un seul lieu : pâtes, riz, tisanes, lentilles, fruits, légumes, huiles et vinaigres, bière locale, jus de fruits… mais aussi des produits cosmétiques, d’entretien.

Say Yess vous aide à alléger votre poubelle ! Côté frigo, voici sept conseils pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Côté boissons : tout sur ces structures de l’ESS qui remettent la consigne du verre à la mode. Et côté jardin, des initiatives pour vous faciliter le compostage, avec Coline qui pédale à Nantes pour récupérer les déchets organiques et des associations qui vous aident à monter votre compost collectif.

Pour continuer à éveiller les envies, créer du lien et informer, les épiceries sont nombreuses, à l’image de la nantaise Ô Bocal, à proposer des ateliers zéro déchet pour apprendre à fabriquer du shampoing, des sacs à vrac en tissu. Les commerçants organisent aussi des pique-niques de sensibilisation au zéro déchet et des temps forts en partenariat avec d’autres coopératives et associations pour se former au compostage, à la création de jardinières à base de récup’…

Et pour ceux qui voudraient se lancer et ouvrir près de chez eux une épicerie sans emballage, La Recharge propose un petit mode d’emploi qui devrait en inspirer plus d’un.

 

*Selon une étude de l’Ademe, chaque année, un habitant produit 350 kg de déchets ménagers, combinés aux déchets dits professionnels, de l’industrie agro-alimentaire, cosmétiques et bien d’autres, ce chiffre grimpe à 13,8 tonnes de déchets produits par an et par habitant.

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Rédigé par

Célia Prot

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