Citoyenneté

Militer pour ses droits, ça change quoi ?

Publié le 15 mars 2017

Yuki, Maëlle, Maxime, Aurélie, tous défendent leurs propres droits via le militantisme associatif. Comment vit-on son engagement quand la cause c’est soi-même ?

« Je connaissais l’AFA – Vaincre la Maladie de Crohn mais j’avais peur de les contacter », explique Aurélie, 27 ans. Toquer à la porte d’une association est difficile, surtout quand sa motivation relève de raisons très personnelles. Alors, entre le diagnostic de sa maladie et son premier atelier AFA, Aurélie a attendu 6 ans. « Pas facile d’accepter ça à l’adolescence. Je me sentais seule. A 23 ans, j’ai franchi le pas, poussée par mon petit copain ». A l’arrivée, un grand soulagement et, très vite, une envie d’aider à son tour : la jeune femme est devenue relais jeune AFA en Rhône-Alpes. « Je veux aider les autres à accepter et à vivre avec ».

Maxime a lui aussi mis du temps avant de rejoindre un collectif. Seul, avec internet comme arme, il se battait contre l’enfouissement de déchets radioactifs dans sa commune. « Au départ, c’était moi tout seul dans un coin. Mais dans son coin, on ne fait pas grand-chose ». Alors, approché par un militant, il participe à une première réunion du collectif CEDRA 52, puis une seconde… Des années après, il est toujours un membre actif de l’association.

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Du côté de Bure, les habitants se mobilisent contre le stockage des déchets radioactifs dans leur région
« Trouver ma propre légitimité »

S’engager pour défendre ses propres droits prend un sens particulier. Maëlle vit son rôle de trésorière de l’association OUTrans (réseau d’entraide et de défense des droits des personnes transsexuelles) différemment de ses précédentes expériences bénévoles. Elle-même en phase de transition, la jeune femme explique : « Quand j’étais scout, c’était une histoire d’actions. Là c’est une histoire de convictions et de défense des droits humains ». Et ça change quoi ? « Je ressens une volonté de m’engager plus ».

Militer pour la défense de ses droits permet aussi d’avancer dans son cheminement personnel. Yuki, 25 ans, a intégré le collectif Arrêtez de nous mettre dans vos cases, qui défend les droits des jeunes. Complexée par son faible niveau d’études, elle n’osait pas franchir le pas. « Pour moi, l’engagement ce sont des gens qui connaissent plein de choses ». Mais avec le collectif, c’est différent : il dénonce les préjugés sur les jeunes, les problèmes d’orientation… des revendications qui font écho au vécu de Yuki. « Quand j’ai intégré ce collectif, je me suis sentie à ma place et légitime ». L’implication de Maëlle chez OUTrans l’aide à s’accepter et comprendre : « Agir pour que la question de la légitimité [des personnes transsexuelles] ne se pose plus est une manière de trouver ma propre légitimité. C’est une réflexion pour moi-même avant que ce soit pour la société ».

Le cri du coeur des jeunes du collectif "Arrêtez de nous mettre dans vos cases", qui lutte contre les clichés sur les jeunes
Le cri du coeur des jeunes du collectif « Arrêtez de nous mettre dans vos cases », qui lutte contre les clichés sur les jeunes
« Aider les autres à accepter et vivre avec »

Parce que ces militants partagent les difficultés des personnes accompagnées par leur association, ils savent combien leur rôle est essentiel. Pour Aurélie, échanger avec d’autres personnes malades offre une aide précieuse : « Echanger sur ses expériences permet de comprendre pourquoi on a mal au ventre à tel moment. Le médecin connaît le sujet mais ne vit pas la maladie ! ». Alors elle organise des sorties au restaurant, des évènements pour échanger sur la maladie mais pas seulement. « Savoir qu’il y a un référent dans la région permet de rassurer les jeunes et de savoir qu’ils ne sont pas seuls ».

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Grâce au collectif, Aurélie se sent moins seule face à la maladie de Crohn… et soutient d’autres jeunes malades

Ces jeunes militants ont un rôle crucial dans la réussite de ces combats parfois mal connus, nouveaux ou négligés. Maëlle raconte : « Il y a une vingtaine d’années, les personnes transsexuelles se retrouvaient face à elles-mêmes. Aujourd’hui, on y arrive en luttant ensemble ». La jeune génération arrive aussi avec ses compétences spécifiques. Maxime explique : « Quand je suis arrivé, très peu de membres du groupe utilisaient internet ». Il apporte sa pierre à l’édifice en remettant au goût du jour un site vieillissant. « Nous apportons des forces complémentaires ».

« Des hauts et des bas »

Quelle que soit la cause défendue, faire bouger les lignes prend du temps : il faut sensibiliser les élus, changer la législation, les pratiques… Mais Maëlle prend les choses autrement. « Au niveau individuel, on crée des contacts avec des professionnels de santé, du milieu judiciaire… On se rend compte que tel médecin est moins perdu, qu’on a appris des choses à tel avocat… ». Pour Maxime, alterner les hauts et les bas est inhérent au combat associatif. « On a gagné des procès, on a eu nos victoires, on arrive à faire changer l’opinion publique ».

Se battre pour la défense de ses droits ne signifie pas se replier sur ses intérêts personnels. Au contraire. Quand le projet d’enfouissement de déchets radioactifs est arrivé dans sa commune, Maxime a décidé d’agir. « Quand ça tombe chez soi, on a une réaction allergique à ce type de projet ! ». Mais cette prise de conscience a suscité chez lui un sentiment de solidarité envers l’ensemble des communes et des habitants concernés. « J’ai évolué sur la réflexion. On s’aperçoit que la problématique est la même ailleurs ! ». Preuve en est, le père de famille a trouvé le temps de s’engager dans l’association d’un autre village contre l’installation d’une usine. S’engager pour soi et pour les autres.

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

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light dys

Publié le 12 avril 2017

Bonjour, Cet article m'interpelle car j'essaie moi-même de lutter pour mes droits et ceux d'autres personnes. En effet, je suis atteinte de dyspraxie, un handicap méconnu, et donc, mal compris, qui cause pas mal de souci au quotidien Cela provoque notamment beaucoup de soucis pour obtenir le permis de conduire. Pourtant nous sommes capables de l'obtenir mais, ce handicap étant invisible et méconnu, nous n'avons pas les aménagements nécessaires pour nous permettre de contourner nos difficultés ! Par exemple,les moniteurs ne sont pas formés. Tout cela nous oblige à prendre beaucoup plus d'heures de cours que les autres, que ce soit pour le code et la conduite. (parfois, plus de 70h) Il nous faut souvent essuyer plusieurs nombreux échecs avant de réussir (parfois plus de 3 échecs au code et 8 au permis) et nous ne disposons d'aucune aide financière car notre handicap n'est pas jugé "assez grave" pour justifier d'un soutien financier ! Bref, un groupe de jeunes adultes dys ont décidé de lancer une pétition pour faire valoir nos droits au passage du permis de conduire. Si vous voulez nous aider et signer cette pétition, rendez-vous ici : Et merci car chaque signature compte ! https://www.change.org/p/marisol-touraine-un-permis-avec-forfait-pour-les-jeunes-atteints-de-troubles-dys

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