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Prof dans une école Steiner Waldorf : “Artiste, sans manuel avec une méthode!”

Romain Wargnier, 34 ans, est enseignant dans l'école associative Steiner Waldorf à côté de Lyon. Un métier très épanouissant qui lui permet d'être créateur.

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Si on lui avait dit, il y a quelques années, qu’il serait enseignant, Romain Wargnier aurait lancé un  « Jamais de la vie ! » Et pourtant depuis 2008, il enseigne à l’école associative Steiner Waldorf de Lyon et sa région. Il a commencé en y étant le professeur de classe d’un seul et même groupe qu’il suit, huit années durant. « Il y a des liens indéboulonnables qui se créent. On va traverser les crises avec eux. On va leur donner l’occasion de se lier fortement à quelqu’un pour qu’ils puissent s’en émanciper. »

Suivre des enfants, de leurs 6 à 14 ans… De quoi les connaître profondément. « L’essentiel, c’est que l’enfant se développe de la façon la plus fluide, harmonieuse qui soit. On s’engage avec les élèves de façon à les porter intérieurement. » Son rôle d’alors ? Déblayeur d’obstacles. Il parle de la confiance comme d’un muscle qu’il faut développer chez l’enfant. « Si on apprend à un enfant dès le départ, à douter de tout, il va se demander ce qui est digne de confiance dans ce monde. » Romain, en tant que prof, incarne ce sol, ferme.

Au programme : chorale, bois, orchestre…

Déclencheur d’enthousiasme(s) via les matières qui sont toutes d’égale importance, ce professeur  dispense l’essentiel des enseignements intellectuels, artistiques, voire des notions d’activités manuelles. Autour de lui, un cercle de profs spécialistes va s’accroître au fur et à mesure que l’enfant grandit. Et le référent va se retirer, petit à petit. De nouvelles matières sont introduites en fonction des âges : chorale, bois, eurythmie… Romain a déjà eu à lancer un orchestre : « C’était folklo ! »

Cette année, auprès de trois classes d’ados, il est prof spécialiste, en histoire. « Vous mâchez, malaxez l’essence de ce dont vous allez parler. Par exemple, c’est quoi l’Égypte ancienne en fait ? Faut rentrer dans l’intérieur de tout ça. C’est un travail de réappropriation. Vous avez le fond, vous pouvez réfléchir à la forme, comment l’introduire, mais c’est toujours en mouvement. »

« Créatif, adaptable, et avoir un côté chercheur-joueur ! »

Son objectif ? Que les élèves puissent penser en s’appuyant complètement sur eux-mêmes, faire l’expérience du bonheur d’une pensée neuve. « On s’empare de la pensée d’un élève, on la déroule, on la pousse… C’est le but ultime de la pédagogie. À l’adolescence quand vous prenez conscience que vous pouvez penser vraiment, vous n’êtes plus très loin de poser des actes qui découlent de ce genre de pensées : des actes libres, car individuels ! »

On s’empare de la pensée d’un élève, on la déroule, on la pousse… C’est le but ultime de la pédagogie

Des qualités nécessaires pour ce métier-là ? « Être créatif, très adaptable, prêt à travailler sur soi. Et avoir un côté chercheur-joueur ! » Ici pas de hiérarchie, ni d’autre pression que celle qu’on se met soi-même. Et il poursuit en évoquant cette possibilité, « extraordinaire », d’être créateur. « Combien y a-t-il de métiers où l’on peut donner quelque chose qui vient de soi ? C’est très épanouissant. Vous pouvez vous lâcher en tant qu’artiste, c’est un aller-retour permanent, vous trouvez ça nulle part, en tout cas dans les métiers de l’éducation… »

« Un artiste, sans manuel avec une méthode à suivre »

Romain en a donc parcouru du chemin, car quand on l’écoute, il se dit « miraculé » suite à « une scolarité désastreuse ». Après des études de droit, il fait des recherches sur les religions. Un jour, sa mère lui propose un livre sur l’histoire de l’humanité. L’auteur : Rudolf Steiner. Une révélation, et une question : « Est-ce qu’on peut bosser avec ça ? Avec ce regard sur l’être humain ? » Il appelle l’Institut du même nom dans les Yvelines, n’y connaît rien mais suit la formation pour approfondir l’enseignement de Steiner.

En 2008, il est en stage court dans cette école du Rhône : « J’ai vu ce que c’était qu’un professeur de classe dans toute sa splendeur, qui emmenait ses élèves dans le mouvement… Dans tout, quoi ! Cette espèce de jongleur entre toutes les activités… Un artiste, sans manuel avec une méthode à suivre. Le manuel, c’est lui ! » Cette première année de formation aura finalement suffi, il postule et est pris.

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Auteur de l'article : Virginie De Gouveia

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7 réponses pour "Prof dans une école Steiner Waldorf : “Artiste, sans manuel avec une méthode!”"

  1. Grognard dit :

    Extra !

  2. PERRET dit :

    Ps: Les pédagogies Montessori et Freinet sont largement préférable ^^

    • wopla dit :

      et pourquoi donc ? chaque pédagogie a ses spécificités et chacun peut choisir la méthode qui convient mieux à son enfant !

      • PERRET dit :

        J’avais posté un message juste avant ou j’expliquais le lien entre Steiner et l’anthroposophie mais celui-ci n’a pas été publié.

        Steiner propose une vision du monde très particulière, avec l’existence d’anges, d’archanges, qui recouvre tous les aspects de la vie, éducation, banque(Nef), médecine anthoroposophique, alimentation (bio dynamie) etc ce n’est pas juste une pédagogie.

  3. Isabelle dit :

    C’est excellent, comme philosophie d’enseignement. Comment fait-on pour devenir professeur dans ce genre d’école? Quels sont les critères pour être recruté ?

  4. fannette dit :

    ho !! génial c’ est la ba que j’ ai fais ma plus grande partie de mes études ,
    il y a longtemps !!

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