Solidarités

Au cœur des quartiers, les assos agissent contre la précarité énergétique

Publié le 6 mars 2017

«Mais comment je vais payer la facture d’électricité?» Des associations aident les plus modestes dans les quartiers populaires (mais pas seulement) à maîtriser leur consommation d’énergies. Et ça se passe en direct avec les habitants.

Chantier d'isolation avec les Compagnons Bâtisseurs

Toc, toc, toc. « Nous sommes des volontaires de l’association Unis-Cité. Notre mission est de vous aider à faire des économies d’énergie grâce à des petits gestes très simples ». Elaine et Elsa, volontaires en service civique, parcourent les étages d’un immeuble de la banlieue de Grenoble pour échanger avec les habitants. De l’autre côté de la porte, des personnes comme Nadia et son mari. « On a eu de beaux conseils  ! Maintenant, j’éteins les veilleuses quand je n’en ai pas besoin, explique la mère de famille. J’ai deux enfants de 13 et 10 ans. Ils savent et participent ».

Les conseils énergétiques de Elaine et Rosa, volontaires Unis Cité
Les conseils énergétiques de Elaine et Rosa, volontaires Unis Cité

L’enjeu de la maîtrise de l’énergie est environnemental mais aussi social. Près de 12 millions de Français ont des difficultés à payer leurs factures de gaz et d’électricité. Près de 6 millions de ménages sont considérés en situation de précarité énergétique  : ils consacrent plus de 10% de leurs revenus aux dépenses en énergie de leur logement. Si la loi sur la transition énergétique propose de nouvelles aides financières en la matière, les besoins en information restent grands. Les associations essayent de changer la donne en agissant sur le terrain.

S’installer au cœur des quartiers populaires

« La rénovation urbaine c’est trop souvent du béton et pas assez des personnes  ! », s’insurge Olivier Horvais, directeur des Compagnons Bâtisseurs Ile-de-France (IDF). Alors, pour lutter contre le mal-logement et la précarité énergétique, l’association régionale a choisi de s’installer au cœur des quartiers populaires. Depuis ses débuts en 2012, elle a mis en place 9 ateliers de quartier, 6 en Seine Saint-Denis et 3 dans les départements voisins.

Les animateurs de ces ateliers (des animateurs techniques et des jeunes en services civique) mènent plusieurs actions : du dépannage pédagogique pour les petites réparations, du prêt d’outillage avec « l’outilthèque » ou encore des temps collectifs sur des thématiques comme « Comprendre son installation électrique » ou « Une fuite d’eau, comment réagir ? ».

Avec les Compagnons bâtisseurs, réparer une fuite n'a plus de secret pour vous !
Avec les Compagnons bâtisseurs, réparer une fuite n’a plus de secret pour vous !

Surtout, à la demande d’un habitant ou d’une famille, l’association peut mettre en place un chantier d’une à 4 semaines dans une démarche d’auto-réhabilitation accompagnée. L’objectif est simple – se réapproprier son logement – et la méthode originale : « L’habitant participe directement aux travaux. Il mobilise son entourage et accueille l’équipe de volontaires. Les bénévoles peuvent être des anciens chefs d’entreprise dans le bâtiment comme de jeunes étudiants », précise Olivier Horvais. Les chantiers comprennent un diagnostic de performance énergétique pour améliorer le confort thermique mais aussi aider les habitants à mieux maîtriser leurs charges.

« Faire avec » pour lutter contre la précarité énergétique

Fondée sur une dynamique d’éducation populaire, l’association des Compagnons Bâtisseurs cherche à « faire avec » les habitants et non à leur place. Chacun d’entre eux est considéré comme un porteur de savoirs. Marie, volontaire en service civique de 23 ans au sein de l’association régionale Centre Val de Loire, raconte  : « Pendant les chantiers, on essaye de s’en sortir avec ce qu’on a. Chaque participant propose une solution. »
Ces méthodes permettent à chacun de devenir autonome face aux problèmes rencontrés dans son logement. « On fait de la pédagogie de l’achat  ! On montre que le bricolage n’est pas si cher et que chacun peut apprendre à réparer. En milieu HLM, on gaspille beaucoup à cause des petites fuites récurrentes », explique Olivier Horvais.

Un participant au jeu "Familles à énergie positive"
Un participant au jeu « Familles à énergie positive »

Autre type d’action participative pour changer les comportements  : l’organisation de jeux et d’animations collectives. L’association Energies solidaires porte le défi national «  Familles à énergie positive  » pour le territoire du nord des Yvelines. Pendant une saison de chauffe, des équipes, composées de plusieurs familles, font le pari de réduire d’au moins 8% leurs consommations d’énergie et d’eau. En amont, les participants sont initiés aux éco-gestes. «  L’objectif n’est pas d’être moralisateur mais de montrer qu’à notre échelle, on peut faire des économies  », explique Alexandra Collin. En moyenne, chaque famille participante économise 200€ sur ses factures d’énergie.

Des rencontres fortes avec les habitants

Pour sensibiliser et améliorer la performance énergétique des logements, LogisCité, comme Unis-Cité, intervient au domicile des personnes. Partant du principe que la précarité énergétique a plusieurs visages, cet établissement de la Croix-Rouge Insertion adapte ses interventions. « Chaque ménage a ses spécificités et une intervention standardisée n’est pas pertinente », précise Charles Pénaud, chargé de développement.
La méthodologie prévoit plusieurs étapes d’intervention. « On rencontre les ménages repérés par nos partenaires. Puis, on réalise un diagnostic socio-technique pour comprendre leurs consommations d’un point de vue technique, comportemental et financier ». Et ensuite  ? Tout dépend des situations. Si une série de conseils et l’installation d’équipements économes ne suffisent pas, LogisCité oriente les ménages vers des dispositifs plus complexes.

En France, une vingtaine de collectivités pilote un dispositif de lutte contre la précarité énergétique appelé Service local d’intervention pour la maîtrise de l’énergie (SLIME). L’animation du programme est souvent confiée à une association locale.

Ces rencontres avec les habitants restent des moments forts. Pour Elaine, diplômée d’un master en développement durable, l’expérience chez Unis-Cité permet de compléter ses connaissances théoriques en apprenant les éco-gestes et la gestion de l’énergie. Quant à Marie, son service civique lui a fait prendre un chemin inattendu : « Avec les Compagnons Bâtisseurs, j’ai expérimenté l’éducation populaire. Je pensais reprendre mon master de psychologie mais je vais m’inscrire au diplôme universitaire en éducation populaire et transformation sociale de l’université de Rennes. »

Appel aux (apprentis) bricoleurs  ! Les associations régionales des Compagnons bâtisseurs accueillent volontiers des bénévoles avec ou sans compétence spécifique. La promesse d’Olivier Horvais, Directeur de l’association francilienne  : « Vous apprendrez et vous serez utile ! Bricoler c’est facile quand on est bien accompagné. »
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Pauline Bian-Gazeau

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