A vous de jouer !

Oeil de lynx

Place aux femmes! Des marches urbaines pour améliorer la ville

Où sont les femmes? Moins présentes et représentées dans l’espace urbain que les hommes, elles sont invitées à organiser des marches exploratoires, pour adapter la ville à leurs besoins. Explications d’un concept qui nous vient du Canada.

Stylo et questionnaires en main, des promeneuses au regard affûté se penchent sur les défauts de la ville : un lampadaire défaillant qui rend le coin de rue menaçant une fois la nuit tombée, un obstacle obstruant la visibilité… Les marches exploratoires, c’est le nom de cette méthode, regroupent des femmes souhaitant modifier la ville, souvent pensée par des hommes, pour l’adapter à leurs besoins.

« Les femmes ont souvent une vision plus transversale, estime Agathe Cousin, 34 ans, de l’association France Médiation. Elles pensent davantage à l’ensemble des personnes de la communauté. » C’est ainsi qu’à Mons-en-Barœul, dans le Nord, à la suite de ces inspections (de) citoyennes, un abri a été construit pour attendre les enfants à la sortie de l’école, une épicerie solidaire mise en place et un éclairage créé.

Proposer des solutions aux dysfonctionnements

Initiés aux Canada dans les années 1980, ces diagnostics urbains opérés par les femmes sont arrivés en France dans les années 2000 et ont déjà eu lieu dans de nombreuses villes comme à Nantes, notamment en partenariat avec l’association Genre et ville, fondée par la sociologue Chris Blach. Elles partent du constat que l’urbanisme influence nos activités quotidiennes et qu’il peut contribuer à exclure certaines catégories de personnes de l’espace urbain, des personnes à mobilité réduite aux familles équipées de poussettes… en passant par les femmes, parfois inquiètes d’être importunées.

japon3

De la Suède au Japon, Womenability a mené un tour du monde des marches exploratoires, pour élargir le diagnostic et importer les bonnes idées

Les marches constituent également un pan d’activités de l’association France Médiation. Agathe Cousin intervient ainsi auprès d’associations et de municipalités dans toute la France pour leur transmettre la méthodologie. A chaque fois, une quinzaine de femmes participe à la marche, limitée à quelques rues. Elles photographient les dysfonctionnements repérés afin de rendre un rapport aux transporteurs, aux bailleurs ou à la municipalité. La marche d’une heure est répétée trois fois, à des heures différentes. « On ne voit pas la même chose en pleine journée ou à la tombée de la nuit », précise Agathe. Les groupes de promeneuses s’attellent ensuite à trouver des solutions aux problèmes constatés.

L’objectif de cette démarche est double : adapter les villes aux besoins des femmes et associer davantage à la démocratie participative locale une partie de la population sous-représentée. « C’est une démarche populaire qui ne doit pas devenir un gadget de la démocratie participative », note Agathe qui insiste sur l’importance d’aller au-delà du constat en proposant des solutions concrètes. Une dernière marche est organisée avec les élus pour leur présenter les conclusions.

Un tour du monde pour importer les bonnes idées

L’insécurité et le risque d’agression restent la principale préoccupation. Des applications s’appuient sur la géolocalisation pour y remédier : en trouvant une personne avec qui rentrer le soir sur « Mon Chaperon » ou en signalant une agression sur « App-elles ». Trouvant que ces thématiques sont encore mal résolues, Womenability a décidé de faire un tour du monde muni d’un questionnaire construit à l’aide de pictogrammes.

Extrait du questionnaire en pictogrammes de Womenability, pour repérer les problématiques urbaines

Extrait du questionnaire en pictogrammes de Womenability, pour repérer les problématiques urbaines

Cet outil a permis l’organisation d’une vingtaine de marches exploratoires partout sur la planète et le recensement de bonnes pratiques : plages horaires de skate park réservées aux filles en Suède, vélo en libre-service avec porte-bébé en Allemagne, cours de combat au sol au Japon ou tout simplement badge « femme enceinte » pour ne pas avoir besoin de demander à s’asseoir dans les transports publics.

Un rapport sur ces idées à importer, destiné aux autorités locales en France, sera édité le 8 mars prochain. De quoi prolonger la journée internationale des droits des femmes au quotidien.

Auteur de l'article : Caroline Venaille

Laisse un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *