Solidarités

Trisomie 21 : des salariés extraordinaires

Publié le 22 février 2017

Si l’insertion en entreprise des adultes porteurs de trisomie 21 a des effets bénéfiques sur leur autonomie et leur qualité de vie, elle reste faible. Des associations et entreprises sociales se battent pour inverser la tendance.

Yannick, 27 ans, est désormais en CDI chez Mc Donald's

Dans les rues passantes du centre-ville de Nantes, on se presse sous la pluie et le ciel gris à la recherche du restaurant Le Reflet. La devanture, sobre mais plutôt classe, ne dévoile en rien le caractère unique du lieu. « On voulait que les touristes et les passants s’arrêtent par hasard, sans savoir », explique Flore Lelièvre, la jeune fondatrice de 26 ans. Bienvenue dans un restaurant ordinaire avec des salariés extraordinaires.

Un restaurant presque ordinaire

Au service, Antoine, direct et plein d’humour, nous explique le fonctionnement. Des assiettes avec des empreintes de main moulées pour une plus grande stabilité (les personnes avec une trisomie 21 ont souvent des difficultés motrices). Des feuilles et un tampon encreur pour que les clients commandent en autonomie (certains salariés ne savent ni lire ni écrire). « Bon courage avec ces trucs ! », nous lance Antoine.

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Des fiches tamponnées pour passer soi-même commande

Ouvert depuis décembre 2016, le Reflet emploie 6 personnes avec une trisomie 21. « Nos salariés voulaient travailler en milieu ordinaire », explique Flore. Au moment de l’addition, Antoine est déjà parti. Les heures de travail sont adaptées au rythme des salariés.

Flore en est convaincue, cet exemple peut faire bouger les choses. « On est contacté presque tous les jours par des personnes qui veulent monter le même projet », explique-t-elle. Pleine de bon sens, cette solution intermédiaire, à la croisée des milieux protégé et ordinaire, est pourtant unique en France.

« Arrêtons avec les solutions trop protectrices »

D’après les rares données disponibles, seules 500 des 60 000 personnes avec une trisomie 21 travailleraient en milieu ordinaire. Intégrer un établissement spécialisé, ESAT ou EA, est souvent plus facile. « Arrêtons avec les réponses trop protectrices. Protégeons-nous les personnes ou la société ? », s’agace Mathieu Lafrechoux, chargé d’études au sein de l’association GEIST 53.

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Grâce à un dispositif d’accès à l’emploi, des jeunes sont embauchés dans les supermarchés Cora de Côte d’or…

Sous l’impulsion des principaux concernés et de leur famille, la situation progresse. Pour Mathieu, c’est le reflet d’une évolution sociétale. « L’inclusion scolaire est plus courante qu’avant. Donc quand ils arrivent à 20 ans, difficile de leur dire : pour la suite, on n’a que la case du milieu protégé ». Avec la loi dite « Travail », une nouvelle étape est franchie. « Elle reconnaît l’emploi accompagné. C’est une évolution juridique majeure », explique Mathieu. Ce nouveau dispositif devrait permettre de mieux soutenir et accompagner le salarié et l’employeur.

« Derrière le projet, on écoute le désir de la personne »

L’association Trisomie 21 Gard porte le dispositif Défi 21, un parcours d’accès à l’emploi sur 3 ans. « Une année pour la découverte des secteurs d’activité, une seconde plus technique et une troisième où l’on recherche une entreprise qui pourrait garder le jeune après la formation », explique Annie Eckerlin, directrice des services. Pour maintenir dans l’emploi et répondre aux besoins des employeurs, l’association organise des ateliers collectifs après les 3 ans de formation. « Tous les vendredi après-midi, je participe à un atelier. Je me forme aux règles d’hygiène », explique Yannick Mirallès, 27 ans, ancien de Défi 21 et aujourd’hui en CDI chez Mac Donald’s.

En Mayenne, les Job Coach de l’association GEIST 53 se rendent en entreprise chaque semaine pour échanger avec l’employeur et le salarié. Mathieu explique : « C’est un nouveau métier, proche des conseillers en insertion, plus courant dans les pays anglo-saxons. ». L’accompagnement ne porte pas que sur le projet professionnel. « On écoute le désir de la personne derrière le projet, on pense à son bien-être, on part de ses compétences », précise Mathieu.

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… ou dans la chaîne hôtelière Novotel

Et ça marche ! 73,5% des jeunes de Défi 21 ont signé un contrat de travail de droit commun dans une entreprise de la région. Ils travaillent chez Novotel, Cora, les Trois Brasseurs… Quant aux associations, elles ne font pas qu’accompagner, elles emploient. « Chez GEIST 53, on a recruté une personne en situation de handicap. Et la coopérative d’activités et d’emploi de la Mayenne pense à recruter en stage », précise Mathieu.

« Pour les entreprises, l’obligation est un levier mais pas le seul »

Malgré leurs obligations légales d’employer des personnes en situation de handicap, les entreprises restent timides. « C’est difficile de trouver un employeur. Les entreprises privilégient des profils plus autonomes. Entre une personne qui a mal au dos et une personne avec une trisomie 21, l’engagement en temps et en moyens n’est pas le même ! », explique Annie Eckerlin. Pour que l’intégration se passe bien, l’entreprise doit s’impliquer : choisir un tuteur de proximité, sensibiliser l’ensemble de l’équipe… « Il faut que ce soit un projet qui tienne à cœur à tout le monde ! », précise Annie.

Bien que la loi le rende obligatoire, embaucher une personne en situation de handicap reste un acte quasiment militant. Say Yess vous emmène à la rencontre de ces structures qui sensibilisent les employeurs et vous fait rencontrer Jérémy, 30 ans, pour qui la recherche d’emploi ressemble à un parcours du combattant.

De nombreuses opportunités existent en entreprise sous la forme d’emplois cachés. « Des petites tâches dont la structure pourrait décharger les autres employés », explique Mélanie Millerand, chargée d’accompagnement chez Trisomie 21 Côte d’Or. Yannick témoigne : « Je travaille toute la semaine et je fais les croque McDo et les salades. Je travaille avec ma tutrice Marjorie et mes collègues. Ils sont trop chouettes ».

Les entreprises sont souvent surprises par le sérieux des personnes. « Une fois que le jeune a montré ce dont il est capable, son sérieux et ses compétences, cela se débloque », précise Annie. Yannick ne dément pas : « Je suis toujours de bonne humeur et concentré sur mon travail. » Pour le plus grand bonheur de ses collègues.

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

2 commentaires

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Noblet

Publié le 22 mars 2017

Bonjour, quand je voie votre article, je trouve votre projet super bien. Je n'est personne de ma famille qui a la trisomie 21 mais je soutient les personnes handicapées. Tout le monde a sa place dans la monde du travail qu'elle que oit sont physique ou son origine,mais malheureusement on sais tous très bien que les patrons et les entreprise n'accepte pas les personnes différentes a leurs yeux. continué ainsi avec votre restaurant, je vous fait de la pub car c'est vraiment superbe ce vous faites ! Bonne continuation, a Bientôt je l’espère dans votre restaurant. Orlane.

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catcat

Publié le 23 février 2017

Mon "petit frère" est atteint de trisomie. Je me souviens de l'école maternelle où il avait été accepté grâce à la ténacité de ma mère, il y a 44 ans déjà.... Je me souviens de son malaise parce que les enfants ne sont pas tendres entre eux dans la cour de l'école. Alors dans la cour des grands, il faut accepter qu'ils soient différents, plus lents, plus méticuleux, plus attachés à certains détails qui nous apparaissent futiles. Lorsque les entreprises (la cour des grands) auront compris ce qu'ils peuvent apporter et qu'ils font partie aussi de l'humanité à considérer, alors ils pourront participer car les trisomiques sont des adultes-enfants qui ont beaucoup à apporter sur le plan humain et sur le plan professionnel, souvent une méticulosité implacable... mais aussi un juste regard sur notre condition du point de vue humain et philosophique...

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