Dis-moi pourquoi tu bosses

Bibliothécaire dans un Centre social: « semer des petites graines »

Publié le 27 février 2017

Amandine Joly, 32 ans, est animatrice-bibliothécaire dans le Centre social d'un quartier de Villeurbanne, dans le Rhône. Un travail qui demande beaucoup d'énergie, mais regorge de pépites...

Sa tenue de travail? Les chaussettes! Amandine et son large sourire vous accueillent au beau milieu des livres et des coussins de la biblichaussette du Centre social Charpennes-Tonkin (CSC). « Le fait de se déchausser, c’est comme si tu étais à la maison, et je pense que les gens le ressentent. C’est un cocon. » Elle poursuit : « Pour certaines familles qui parlent peu le français par exemple, c’est plus facile de venir ici que dans une médiathèque. Elles se confient à nous. Il y a un lien qui va au-delà d’une relation bibliothécaire-lecteur. »

D’ailleurs, ici, on n’utilise ni le terme « usager », ni celui de « lecteur ». On connaît les prénoms des enfants qui viennent, on les voit grandir. « Des fois, des enfants viennent, ils sont témoins de scènes dans leur vie privée, et ils n’ont pas d’explication par rapport à ça, et ils savent qu’ici, ils en auront, des réponses. » Au total, sur une année, 600 personnes sont en lien avec la biblichaussette. Amandine tient beaucoup à ce travail « qui fait sens » : « ça permet de semer des petites graines, de faire découvrir la lecture aux enfants, ça les fait voyager, notamment avec le conte oral. »

Animation et gestion de la bibliothèque

amandine2Ses journées sont partagées entre l’animation et la gestion de la bibliothèque (abonnements, achat de livres, retards, réparations, prêts aux collectivités, préparation des animations…). Cinq classes de maternelle viennent chaque mois pour “Classe de bib’”, une animation qu’elle gère seule. Après un temps pendant lequel les enfants regardent les livres et peuvent en choisir un pour eux, elle y raconte des histoires sur différents supports : diapo-livres (en voie d’extinction mais que les enfants adorent), conte oral, ou encore Kamishibaï, un support qui lui permet d’inventer des histoires de A à Z, et pour lequel elle a suivi une formation : « l’une des plus belles semaines de ma vie ! »

Tous les lundis soirs, avec Patricia, sa collègue conteuse professionnelle, Amandine anime un projet en lien avec quatre classes de CP pour donner « l’envie » de lire. L’objectif de la fin de l’année : que 12 élèves lisent le livre de leur choix devant leurs camarades. Mais ses animations ne s’arrêtent pas là, c’est plein d’oasis où le livre et les contes s’invitent en douceur, gratuitement. Sans oublier notamment le prêt de livres pour les enfants (6-10 ans) du centre de loisirs, pour lequel elle a demandé à aménager ses horaires pour que ce soit toujours possible.

Autonomie et diversité des tâches

Sa passion n’est pas feinte. Son implication non plus. Et pourtant, la précarité rôde autour de ses mots, de ces activités attendues par les enfants. « Cet emploi me tient tellement à cœur que j’ai essayé de tout faire pour compléter mon temps et tenter de le garder. » Elle l’a décroché en 2011 avec 20h hors vacances scolaires par semaine, donc au début elle a cumulé avec des petits boulots comme fleuriste le week-end. Aujourd’hui, elle est aussi adjointe du patrimoine pour une médiathèque où elle travaille le samedi.

« On a un rôle essentiel, et pourtant le peu de financements qu’on a ne permet pas de payer pleinement nos postes, c’est pris dans un budget global du CSC (statut associatif), » explique Amandine. L’envie de développer des choses est alors bloquée par ce manque. « C’est un combat de chaque instant », confie Patricia, en poste depuis 20 ans dans ce qui est aujourd’hui l’une des dernières petites bibliothèques de Centre social.

« On a beaucoup de liberté dans le choix des animations… Ici tout n’est pas calculé à l’heure près. On me fait confiance. En médiathèque, ça touche un réseau donc les décisions sont plus longues, plus compliquées à prendre », raconte Amandine. Avant d’en arriver là, la jeune femme a suivi des études d’Arts appliqués, et a même créé sa propre marque de doudous et accessoires textiles. Une manière, déjà, de chuchoter des histoires.

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Rédigé par

Virginie De Gouveia

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