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Simon, responsable de maraudes : « Les besoins sont énormes sur les campements ! »

Publié le 13 février 2017

A 30 ans, Simon Bichet, salarié de France terre d’asile, coordonne la maraude pour le public migrant sans domicile fixe à Paris.

Simon partage son temps entre les rues de Paris et les locaux de son employeur, l’association France terre d’asile. Le jeune homme coordonne une maraude destinée au public migrant vivant dans des campements improvisés dans les rues de Paris. Ce dispositif, lancé en mars 2016 avec le soutien de la Ville de Paris, fait appel à quatre intervenants sociaux et deux coordinateurs, salariés de France terre d’asile et d’Emmaüs Solidarité. Simon explique : « Les deux structures sont complémentaires, c’est très enrichissant. Nous intervenons en maraude ensemble ».  

A la rencontre du public migrant

L’équipe est mobile. Elle parcourt les rues pour rencontrer les nouveaux venus, identifier leurs besoins et les orienter. Simon précise : « Nous sommes souvent leurs premiers interlocuteurs. On leur apporte des informations sur leurs droits ou encore sur les bain-douches, les distributions alimentaires et les hôpitaux. France terre d’asile est en charge du volet juridique et Emmaüs Solidarité du volet social ».

Attiré par le secteur associatif dès son Master 1, Simon complète ses études en ressources humaines (RH) par un Master 2 Gestion de l’humanitaire et des ONG à Créteil. « J’ai fait un stage en RH chez Aides et Action mais c’était trop loin du terrain. Je voulais gérer des projets ».

Après des expériences à l’étranger, Simon revient en France pour « avoir une vie de couple et de famille et profiter de la vie à Paris ». Le retour n’est pas simple, son parcours est mal compris par les grandes associations. Après une formation sur le droit des étrangers et un engagement bénévole en zone d’attente à Roissy Charles-de-Gaulle, il rejoint France terre d’asile.

50% sur le terrain, 50% au bureau

Aujourd’hui, il a trouvé un poste où il est loin de s’ennuyer : « il n’y a pas de journée type. L’éventail des missions est très large ». Il accompagne les intervenants sur le terrain, gère les tâches administratives et engage des actions selon les besoins. « Avec le service communication, j’ai par exemple produit des supports d’information pour mieux renseigner les publics rencontrés ».  

Simon est aussi le manager des deux intervenantes sociales salariées de France terre d’asile. « Nous faisons des debriefs réguliers. Il faut savoir garder de la distance. Le respect des horaires est aussi très important : il ne faut pas se perdre dans l’action et se griller après 3 mois ! ». Pas évident de quitter son poste à 18h quand les personnes restent à la rue. « Nous avons mis en place des petits systèmes pour que les équipes terminent à l’heure. J’ai aussi pris l’habitude de les appeler pour qu’elles s’arrêtent ».

Rattaché au directeur des urgences, Simon participe à la vision stratégique du dispositif – encore expérimental – et à l’écriture du futur projet. « Je sais quels sont les besoins non couverts. Je peux donc les faire remonter et les transformer en propositions ». Pour lui, les plus-values du dispositif sont évidentes. « La maraude est essentielle ! Elle fait le lien entre les migrants et toutes les structures, juridiques, médicales et sociales. »

« On répond à un besoin très fort »

Pour Simon, pas de doute, sa mission est passionnante. « Nous sommes au contact des migrants qui viennent d’arriver. C’est une activité très humaine, il faut avoir de la sensibilité, de l’empathie mais aussi de la distance professionnelle. Nous sommes souvent leurs seuls interlocuteurs. On répond à un besoin très fort et à des situations d’urgence. »

Au quotidien, l’équipe apporte des réponses aux personnes isolées et les oriente vers les structures adaptées. « Nous connaissons bien le fonctionnement de chaque organisation. Cela évite les erreurs d’orientation ». Avec ce rôle d’orientation, la maraude est au carrefour des acteurs d’aide aux migrants. « Chaque semaine, je rencontre de nouveaux partenaires ».

France terre d’asile compte plus de 800 salariés, une taille qui convient bien à Simon. « Nous pouvons créer des liens entre les dispositifs de l’association ». L’équipe s’est rendue à Calais pour rencontrer une autre maraude et partager son expérience. « A Calais, ils travaillent auprès des victimes de réseau de traite. Nous avons fait en sorte que les membres de leur équipe puissent intervenir aussi sur nos maraudes pour faire du repérage ». Un bémol ? Le jeune père de famille avoue que le salaire ne suit pas. « Dans mes missions à l’étranger, je n’étais pas toujours bien payé mais je ne dépensais rien. » A Paris, c’est différent.

>> Près de Calais, à Grande Synthe, des jeunes bénévoles de toute l’Europe viennent aider dans le camp de réfugiés. Notre reportage.

La maraude continue dans le froid de février, à la rencontre des jeunes isolés, des familles et des personnes seules. Quelques mois après les opérations de mise à l’abri dans le nord-est de Paris, les besoins restent forts et de nouveaux campements ont vu le jour.

En savoir plus

Pour mieux connaître le secteur et les profils recherchés, consultez les offres d’emploi de France terre d’asile, la Cimade, l’Ordre de Malte, la Croix Rouge ou encore des associations membres du Gisti.

Comment agir à titre bénévole ? Les besoins sont nombreux ! Renseignez-vous auprès des initiatives de votre territoire, découvrez nos conseils pour aider les mineurs étrangers isolés ou, encore, rejoignez la communauté Singa.

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

1 commentaire

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Nana

Publié le 13 février 2017

Un peu étonné de lire ". Nous sommes souvent leurs seuls interlocuteurs" alors que beaucoup de collectifs sont sur le terrain et contrairement à France terre d'asile n’arrêtent pas à 18 h.aidant avec tous les systèmes D possible devant la détresse dans laquelle sont laissés tous ces personnes.

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