Entreprendre, mode d'emploi

Faut-il être extraordinaire pour créer une entreprise sociale ?

Publié le 15 février 2017

Si les entrepreneurs sociaux ne sont pas des super-héros, ils ont en commun des idéaux et une détermination hors norme.

Les deux fondateurs de Duodaki, une coopérative de production de contenus multimédias

« Il y a une vraie différence entre les entrepreneurs classiques et sociaux ! », s’exclame Eric Coisne, PDG de Sellenium et Président du réseau Entreprendre Paris. « C’est déjà dur d’entreprendre avec comme objectif la première rentabilité, alors quand en plus on recherche un impact social… »

Carburant principal : valeurs et idéal

Chez les entrepreneurs sociaux, la vocation sociale est souvent une urgence ou une évidence. « C’est un vrai moteur issu d’une indignation ou d’une envie profonde, explique Eric. Les entrepreneurs sociaux veulent améliorer quelque chose de leur environnement. » Stéphanie Meran et Sara Paubel ont créé Ce que mes yeux ont vu en partant d’un constat : « Avec nos années au Grand Palais, on savait que la culture pouvait aider le social. Nous voulions aller plus loin que le service public ne le permettait. »

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Rencontre entre entrepreneurs juniors et expérimentés, dans le réseau Entreprendre

« Motivés par le projet social, ils sont encore plus déterminés que les entrepreneurs classiques », explique Jean-Charles Guillon, conseiller à la création. A 26 ans, Flore Lelièvre en est la preuve. La jeune nantaise a fondé le restaurant Le Reflet pour créer du lien entre les salariés, en majorité des personnes avec une trisomie 21, et les clients. « J’ai commencé à travailler sur le projet pendant mes études. Il a fallu 3 ans et demi pour le monter », raconte la jeune femme. Elle a ouvert les portes d’un lieu unique en France tout en travaillant comme architecte d’intérieur, son métier et sa passion. « Je ne dors pas beaucoup ! »

Pour Cédric Seauvy, fondateur d’Ecoclicot et âgé de 34 ans, la finalité sociale n’est pas une contrainte. « Il y a déjà 10.000 contraintes quand tu entreprends, les valeurs n’en sont pas, explique-t-il. Au contraire, elles mettent du sens et fédèrent les gens et les équipes. »

Pourquoi se compliquer la vie en créant une entreprise éthique et solidaire ? Say Yess vous propose les témoignages de deux entrepreneuses sociales que les défis font sourire.
L’argent au second plan !

Ces entrepreneurs pas comme les autres relèguent aussi au second plan leur propre situation financière. « Il n’y a aucune raison de ne pas se dégager de salaire. Mais, souvent, ils doivent attendre car les projets d’économie sociale et solidaire mettent du temps à se lancer », observe Jean-Charles Guillon. Il faut convaincre autour de soi, lever des fonds, mobiliser les partenaires locaux…

« Il faut se rémunérer mais ce n’est pas une fin en soi, explique Hugo Néron, 28 ans, cofondateur de l’agence coopérative Duodaki. On veut avant tout faire quelque chose qui nous ressemble. » Pour Sébastien, 29 ans, cofondateur des Petites Rivières, « trouver un nouvel espace d’expression a dépassé la peur et la sécurité financière. »

La valeur commune de ces gens est de donner du sens. C’est génial de voir ça. J’imagine que pour ceux qui ont la foi, c’est un peu pareil quand ils vont à la paroisse !

Si le sens prime sur l’argent, Eric Coisne alerte : « Les entrepreneurs sociaux ont un grand cœur mais ne sont pas toujours au point sur le modèle économique. Il faut réussir à trouver un modèle autonome qui ne dépende pas que de subventions. » Un niveau de vie décent et du temps pour soi sont indispensables pour tenir la longueur. « Si un entrepreneur s’aperçoit au bout de quelques années qu’il a tout perdu, il ne va pas pouvoir tenir, explique Cédric, lui-même « serial entrepreneur » et papa.

L’humilité de demander des coups de pouce

Autre spécificité des entrepreneurs sociaux : ils savent en général s’entourer. Pour Flore, la création de l’association Trinôme 44 a permis de mobiliser des bénévoles d’univers variés : la restauration, le droit… Sébastien s’est associé à son ancienne collègue Anne-Cécile. « On est complémentaires. Anne-Cécile maîtrise le volet ressources humaines et moi le volet achat », précise-t-il.

Sébastien, Hugo, Stéphanie… Ils ont créé leur entreprise avec un(e) associé(e). Mais comment le choisir ? Say Yess vous donne des conseils pour trouver l’âme (d’entrepreneur) soeur.

« Face aux difficultés, les entrepreneurs sociaux ont l’humilité de demander de l’aide », observe Eric Coisne. Et dans l’ESS, les portes ouvertes sont nombreuses : incubateurs, réseaux, dispositifs d’accompagnement… Stéphanie a « la chance » d’être une femme entrepreneure sociale à Paris. « Ça permet d’accéder à des prix de l’innovation, des concours, des incubateurs… Nous avons participé à un bootcamp des Audacieuses, un vrai accélérateur ».

L’entrepreneuriat social n’est pas un long fleuve tranquille et un soutien peut être bienvenu. D’après le baromètre 2017, les entrepreneurs sociaux estiment que le manque de moyens financiers est leur principal frein (43%), avant la faiblesse des partenariats avec les entreprises (27%) et la complexité administrative et juridique (17%).

Autre trait distinctif : la solidarité entre les entrepreneurs sociaux. « On essaye de se soutenir face aux difficultés », explique Stéphanie. Son entreprise culturelle et sociale est adhérente du Mouvement des entrepreneurs sociaux (le Mouves) et hébergée à la Ruche Denfert, un espace de coworking collaboratif. « La valeur commune de ces gens très engagés est de donner du sens et c’est génial de voir ça. J’imagine que pour ceux qui ont la foi, c’est un peu pareil quand ils vont à la paroisse ! », s’amuse-t-elle.

Alors, faites-vous partie de ces personnes extraordinaires? A Stéphanie de conclure : « Pour se lancer, il faut démystifier. Le meilleur moyen est d’aller à la rencontre des acteurs et de comprendre dans quoi on s’embarque. Nous sommes tous extraordinaires! »

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

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Faut-il être extraordinaire pour créer une entreprise sociale? | Le C.Q

Publié le 20 mars 2017

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