A vous de jouer !

Pierre par pierre

A Barcelone, l’ancienne usine fabrique de la participation citoyenne

Can Batlló, c'est le nom d’une maison de Gaudi, l’un des sites les plus visités de Barcelone. Mais c’est aussi le nom d’une ancienne usine textile transformée, depuis 2011, en laboratoire de l'initiative populaire.

Dans le bar autogéré où la bière artisanale est produite sur place, Ivan et Alba vendent leurs paniers écologiques. Des personnes de tout âge récupèrent leurs fruits et légumes en prenant un verre au comptoir. Derrière ce « point de rencontre » tenu par des volontaires, une porte donne accès à la bibliothèque autogérée. « Nous avons des rayons sur les luttes ouvrières ou féministes qui ne se trouvent pas ailleurs », indique la bibliothécaire bénévole.

Donner un espace à des initiatives inédites dans la ville pourrait être le leitmotiv de l’ensemble des projets qui gravitent autour de l’ancienne usine textile de Can Batlló. Participation et autogestion permettent de les mener à bien. Sur un mur en briques du bar, des ardoises informent des activités d’une vingtaine de collectifs, coopératives ou groupes : de la salle d’escalade à la menuiserie autogérées. Leur point commun ? L’organisation, en commissions ouvertes, d’activités gratuites qui dynamisent la vie de quartier. Elles se financent grâce au bar, aux concerts et aux repas populaires.

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Concerts et repas populaires dans l’ancienne usine financent les activités du site

A travers assos et syndicats, les habitants à la manoeuvre

Las des promesses vaines de la mairie, propriétaire du terrain, d’en faire un espace de logements et de culture, un groupe intergénérationnel de voisins a décidé en 2011 de monter le projet à la force du poignet, d’abord dans un premier hangar. Associations, coopératives et syndicats locaux se sont convertis en gestionnaires de cet espace. Le succès de l’administration des lieux et la capacité de dialogue avec les autorités locales ont permis la cessation d’autres entrepôts par la mairie, dans une Espagne ravagée par la crise économique et immobilière.

Suite à la requête des riverains, un potager et une zone pour les chiens ont été délimités par des palettes. En face, un espace de cirque où la slackline côtoie les trapèzes. « Chaque décision est prise en assemblée, explique Sonia, étudiante et membre de la commission cirque. Le samedi matin est consacré aux tâches ménagères et aux petits travaux. Ici, on ne vient pas seulement consommer, on organise son propre espace. »

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Quand les hangars industriels deviennent chapiteaux…

Les assemblées générales ont lieu tous les derniers mercredis du mois. Un mode de fonctionnement participatif clé de la réussite, mais qui prend du temps. La patience est de mise pour passer petit à petit d’un projet de centre social à celui de quartier alternatif basé sur l’économie sociale et solidaire.

Vous êtes curieux de ces espaces entièrement gérés par l’économie sociale et solidaire ? Plongez dans un autre projet fou : les Grands Voisins, à Paris, où associations, entreprises sociales et foyers d’hébergement ont investi les locaux d’un ancien hôpital.
Engagement citoyen vs immobilisme politique

Aujourd’hui, il est fréquent de voir des étudiants en architecture de toute l’Europe visiter ce laboratoire de la participation citoyenne, fleuron du passé industriel barcelonais de 22.000 mètres carrés. Un espace familial a récemment ouvert en attendant une école autogérée basée sur les valeurs propres à Can Batlló. Ce modèle éducatif s’organise depuis plusieurs années pour une ouverture prévue en 2018. Une coopérative de logements, La Borda, est également en construction, avec cuisine, chambres d’amis, co-working ou encore buanderie en commun. Educateurs, professeurs ou architectes sont de la partie.

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Architecture participative pour le projet de coopératives de logements

« C’est l’exemple même de l’engagement citoyen face à un ras-le-bol de l’immobilisme politique, constate Xavi, cabas sous le bras et jeune père de famille. Chacun apporte ce qu’il peut. Tu viens pour récupérer des légumes et tu repars avec des idées d’école alternative. Ici, le futur est local, à l’échelle humaine, à l’antipode du modèle de Barcelone comme ville touristique. » A terme, Can Batlló devrait créer de l’emploi avec l’installation d’une pépinière de coopératives d’économie sociale et solidaire… afin que l’ancienne usine textile tisse encore plus de lien social.

Vous voulez en savoir plus sur ces initiatives espagnoles ? Explorez ce webdoc (en catalan) sur la coopérative de logement La Borda ou regardez le documentaire « Comme un géant invisible », consacré à Can Batlló et Barcelone – il est sous-titré en anglais, espagnol et catalan.
Auteur de l'article : Caroline Venaille

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