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ARTIVISME

Quand les vieux décors de spectacle essaient de reprendre vie…

Rideau, et après? Éphémères par nature, les décors de spectacle semblent des candidats tout trouvés pour le recyclage. Mais des freins insoupçonnés viennent ralentir l'engouement.

Un char du carnaval de Marseille imaginé par l'association ArtStock
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Aussi unique que le spectacle ! Le décor est souvent une pièce singulière, répondant à un cahier des charges précis. Les dimensions sont ajustées à la taille d’une scène. Le choix des couleurs et des motifs, la particularité des matériaux et la robustesse parfois douteuse de l’ensemble compliquent la récupération. « Il est plus facile de récupérer des accessoires que des décors, concède Lise Abbadie, 38 ans, scénographe nantaise. Le travail de recherche, le transport, le tri et le démontage triplent le temps de travail, et cela nous coûte finalement plus cher. »

Réutiliser un décor, mission impossible ?

François Corbal, chef d’atelier au théâtre nantais Le Grand T, confirme : « On aimerait récupérer des décors ou matériaux, mais ça complique le travail. On doit déjà gérer le stress quotidien des normes de sécurité, des contraintes budgétaires, des demandes spécifiques du scénographe et des délais serrés. » De plus, le décor est la propriété du scénographe. Et même s’il était disposé à céder ses droits d’auteur sur sa création, encore faut-il stocker les décors en attendant repreneur… et cela a un coût.

L’association sociale et écologique ArtStocK propose une solution à ce problème. Elle recycle et entrepose des décors et matériels de théâtres, opéras, festivals, carnavals et animations publiques pour les revendre à moindre coût à des collectivités, des écoles, des petites structures et compagnies de spectacle vivant, moyennant cotisation.

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Des restes de décor prêts à être transformés dans les ateliers Chutes Libres

Une démarche anti-gaspi et créatrice d’emplois ! Rappelons que pour 10.000 tonnes de déchets traités on crée un emploi seulement si le déchet est enfoui, trois s’il est incinéré et dix s’il est valorisé (recyclage, récupération…). Mais Blasco Ruiz, 48 ans, le directeur technique d’ArtStocK, assure qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. « Il faut avant tout travailler sur une prise de conscience collective de l’enjeu et trouver un modèle économique viable. Pour l’instant, ça coûte moins cher à un fournisseur de jeter ses décors que de faire appel à nous. » Un rapport prochainement présenté par le ministère de la Culture doit préconiser de bonnes pratiques en matière de réduction des déchets dans le monde du spectacle.

Les ateliers Chutes Libres, eux, proposent une solution… itinérante. Ces bricoleurs récupèrent des chutes de scénographie et proposent au grand public de les transformer, avec l’aide de designers, en éléments de mobilier. Un reste de planche, négligé dans un décor de spectacle, deviendra ainsi tabouret ou étagère !

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Des bricoleurs après leur atelier Chutes Libres

Décors en matériaux recyclés : il y a de l’espoir !

Autre option pour des spectacles moins gaspivores : créer des décors en matériaux recyclés, même si tout reste à inventer. Localement, les partenariats avec les ressourceries et recycleries se développent, mais le secteur manque cruellement de recensement des objets et du matériel disponibles.

Les difficultés économiques de l’association nantaise « Les marchands de sable », qui propose des éléments de décors en matériaux recyclés, révèlent le travail d’équilibrisme du secteur : l’association doit proposer des œuvres à bas coût pour attirer des commanditaires, mais le réemploi coûte plus cher que le marché classique… Faute de commandes, les matériaux stockés s’abîment ! Choukri Taleb, 36 ans, co-fondateur de l’association, estime que le secteur pourra se développer grâce à la solidarité des acteurs : « L’avenir sera dans des ateliers partagés en mutualisation des biens ; c’est notre projet. Il sera peut être aussi indispensable d’avoir des subventions qui nous permettront d’aller plus loin ».

Une autre asso nantaise, Les badauds associés, semble avoir résolu l’équation : elle gère peu de stock et diversifie son activité. Installée dans une ancienne infirmerie de caserne militaire, la structure compte treize salariés et est tournée vers le glanage. Elle s’approprie et raconte la vie des objets récupérés pour en faire des spectacles dans ses locaux.

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Le visiteur est accueilli par une caravane en forme de guitare, un salon composé de fauteuils en pneus ou encore une table avec, en guise de pieds, les maillons d’une chaîne soudés entre eux. Pour Gaëtan Bourdin, 49 ans, le responsable des Badauds associés, « seul le matériau inspirant est intéressant. L’intérêt de travailler avec des matériaux de récupération n’est pas son coût, mais le fait que ça raconte des histoires, tout comme les lieux que nous investissons ». L’association ne possède donc pas ou peu de stock de matériel puisqu’il est automatiquement transformé. L’espace est uniquement consacré à la transformation et à la mise en scène des spectacles.

L’association vit également grâce à des activités annexes, notamment par les commandes de grands groupes comme Bouygues ou Enedis, qui souhaitent des œuvres originales pour la scénographie de leurs événements. Et donnent au passage un petit coup de neuf à leur image.

Auteur de l'article : Aurélien Frances

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