Entreprendre, mode d'emploi

Envie de créer mais pas d’idée… comment faire ?

Publié le 23 janvier 2017

C’est décidé, vous voulez vous lancer et entreprendre autrement… oui mais comment? Et par où commencer?

Entreprendre dans l’économie sociale et solidaire est un projet pour vous, mais vos idées sont encore floues ? Pas de panique, des entrepreneurs en herbe et des experts vous donnent leurs conseils.

1. S’interroger sur soi pour définir son projet

« Créer une entreprise c’est un projet personnel avant d’être un projet professionnel », prévient Rose Pelletier, conseillère et référente émergence à la BGE (Boutique de gestion pour entreprendre) Anjou Mayenne. L’introspection, l’inspiration et le passage à l’action sont d’ailleurs les étapes clés du Tour Ticket For Change et de la FabriK à Déclik, des expériences pour agir et entreprendre. Les BGE parlent de phases de divergence et convergence. Mais tous s’accordent sur un point : il faut bien se connaître pour créer son projet.    

Dans l’accompagnement proposé par les BGE aux porteurs de projets qui n’ont pas d’idée précise, le premier rendez-vous vise à évaluer les attentes et les objectifs personnels. « Les personnes que nous accueillons ont besoin de faire le point. Qu’attendent-elles de leur vie en général ? Quelles sont leurs envies personnelles ? Mettre en cohérence entre leurs valeurs et leurs activités ? Un équilibre vie privée / vie professionnelle ? », détaille Rose.

S’interroger sur soi est une étape essentielle pour Corentin Orsini, co-auteur de « Créez le job de vos rêves » et organisateur de journées sprint. « Parfois des gens viennent nous voir et veulent créer dans tel secteur. Mais ils n’ont pas réfléchi à leurs aspirations. Ne pas se projeter est le meilleur moyen de devenir prisonnier de sa nouvelle activité », prévient-il. Créer une boutique de mode équitable sans être prêt à travailler le week-end ? Compliqué !

say-yess_la-belle-excuseA la BGE, après le premier rendez-vous d’accueil, un atelier de créativité est proposé pour que la personne prenne conscience de ce qu’elle aime. « Au lieu de chercher l’idée, on va repérer ses valeurs et motivations. La personne ressort avec une dizaine d’idées d’activités », précise Rose. L’atelier est souvent un révélateur pour les participants. Accompagné par Rose, Julien Rousselot, fondateur de la Belle Excuse, a apprécié confronter ses questionnements, ses envies et ses attitudes face à des personnes « neutres ». « En parallèle de l’accompagnement, j’ai fait un bilan de compétences pour essayer de reprendre tout ce qui me plaisait : la valorisation de la production locale, le monde paysan, le monde rural », explique-t-il.

2. Prendre une grande inspiration 

La Fabrik à Déclik, dont la 3ème édition se tiendra à Bordeaux et Lyon en 2017, est conçue comme une expérience transformatrice alternant des ateliers d’introspection et d’inspiration. L’objectif : inciter les jeunes entre 16 et 35 ans à passer à l’action.

La phase d’inspiration est constituée d’interventions de personnalités : entrepreneurs sociaux, élus, voyageurs, leaders associatifs… Et ça marche ! « Nous proposons un parcours entrepreneuriat social. Sans idée au départ, un jeune est ressorti avec l’envie de recycler de vieux mobiles, un second avec l’envie de créer du lien intergénérationnel dans un immeuble, un troisième avec un projet pour reverdir la ville », expliquent Sophie Choron et Soizic Lenoir, deux membres de l’équipe organisatrice de l’événement.

L’idée peut être une réponse aux besoins identifiés au sein de son cercle personnel ou professionnel ou aux besoins sociaux de son territoire. Sébastien Levrier, 29 ans, a étudié plusieurs concepts avant d’aboutir à son projet actuel : les Petites Rivières. « En interrogeant mon réseau, j’ai identifié un besoin d’accompagnement sur les achats responsables », explique-t-il « Cela correspondait à mes premiers amours, le conseil. Je suis revenu sur ce métier avec de nouvelles compétences ».

say-yess_ce-que-mes-yeux-ont-vu-2Pour Stéphanie Merran et Sara Paubel, la création de l’entreprise culturelle et solidaire « Ce Que Mes Yeux Ont Vu » trouve sa source dans leur ancien poste. Stéphanie explique : « Pendant nos années au Grand Palais, nous avons compris que la culture pouvait aider le social. Or c’était compliqué d’aller plus loin en restant dans le secteur public et nous avions aussi envie de voler de nos propres ailes ». Stéphanie et Sara ont alors participé à une journée sprint organisée par Corentin : « On s’est rendu compte qu’on était à côté de nos pompes, notamment sur le business model ! ».

 

Autre piste pour s’inspirer : sortir de sa zone de confort et explorer ! Cédric Seauvy, fondateur de Ecoclicot et « serial entrepreneur » de 34 ans en est convaincu : « Il y a plein d’associations partout ! Il faut aller à des apéros, des rencontres, des réunions d’informations… ». Et, dans l’économie sociale et solidaire (ESS), les occasions ne manquent pas, entre le Mois de l’ESS, les rencontres Up Conférences ou les manifestations organisées par les Ruches ou les incubateurs.

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Pour faciliter ce temps d’exploration, la BGE met à disposition des personnes accompagnées l’outil « Balise » : 1.500 portraits de chefs d’entreprise. « Avec cet outil, on exploite le principe de la sérendipité. On découvre de nouveaux métiers et secteurs », explique Rose. S’il est possible de partir dans un secteur tout à fait différent, les entrepreneurs sociaux interrogés s’engagent souvent, en pratique, dans une activité proche de leurs compétences actuelles.

Combien ça coûte ?

L’accompagnement de la BGE, qui dure de 1 à 3 mois en moyenne, est en général financé par Pôle Emploi (via Activ’créa). Pour les salariés, le coût peut être pris en charge dans le cadre du Fongecif. A défaut, le porteur de projet peut financer la prestation lui-même sur la base d’un tarif horaire de 80€.

3. Partager ses idées pour les enrichir

N’ayez pas peur de vous faire voler vos idées, au contraire, partagez-les ! Pour Sébastien, discuter de ses envies a été très bénéfique : « J’avais dans l’idée de créer un projet autour des partenariats entreprises / associations. Avec mon ancienne responsable, nous en avons beaucoup discuté et on a lancé ensemble Les Petites Rivières. Elle a apporté une dimension ressources humaines et j’avais mon expertise achats. L’idée s’est ouverte. »

Alors salariés d’une agence de communication dont la fermeture est annoncée, Hugo Néron et Arnaud Forestier réalisent que leurs envies convergent : travailler pour des acteurs qui ont des valeurs sociales et humaines, adopter des pratiques de communication respectueuses du public et plus pédagogiques, mettre l’humain au cœur du projet. Ensemble, ils créent Duodaki, une coopérative de production de contenus multimédias. « Seul, ce projet n’aurait pas été aussi bien, aussi vite et il n’aurait pas été réalisé de manière aussi pertinente », explique Hugo, 29 ans. Surtout, être deux, leur a donné le courage de se lancer.  

L’idée s’est construite à deux mais pas seulement : Intermade, couveuse et incubateur d’entreprises sociales et solidaires, a aidé à affiner le projet. « On est arrivé en disant qu’on savait faire notre métier, qu’on pouvait commencer à travailler », explique Hugo. Intermade leur propose de suivre le programme « Starter », qui offre un aperçu des facettes de l’entrepreneuriat. « Cela nous a permis d’affiner notre projet. On s’est aperçu que nous avions une vraie plus-value et qu’il y avait une place pour nous », précise Hugo.

4. Ce n’est que le début…

« Généralement, on commence par une idée un peu floue, vague. On ne sait pas trop comment se lancer, dans quel secteur. On adapte selon les premiers retours », explique Corentin. C’est la méthode adoptée par Sébastien et Anne-Cécile : « On est restés sur un positionnement ouvert pour se confronter au réel et co-construire l’offre avec nos premiers clients ». 

Des professeurs ont même théorisé cette démarche : c’est l’effectuation ou l’art de démarrer avec une idée simple et d’inventer en cours de route, en fonction des parties prenantes qui s’engagent dans le projet. Pas à pas…

A qui s'adresser ?

Selon votre profil et votre région, des acteurs sont là pour vous aider à passer de l’envie à l’idée. Parmi les expériences ouvertes pour inventer son projet : Campus coopératives (école d’été des jeunes créateurs de coopératives), les ateliers Sense Fiction proposés par Make Sense ou encore le Mooc Hec & Ticket for Change, « Devenir entrepreneur du changement ». Pour mieux vous repérer, retrouvez la cartographie réalisée par l’Avise.

Et sur Say Yess, retrouvez nos articles consacrés à des dispositifs existants qui aident à faire émerger les idées et les associations/entreprises, ainsi que notre page « Entreprendre autrement« , qui livre plein de conseils pour passer à l’action.

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

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