A vous de jouer !

Solidarité

Loger les sans-abri: les associations innovent

On connaît les centres d’hébergement d’urgence, les hôtels sociaux plus ou moins salubres… Mais pour offrir des perspectives aux personnes sans abri, rien de tel que des logements pérennes. Des associations innovent pour leur proposer un toit sur la durée.

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Photo Lucien Lung

« Ici on a droit à toutes les spécialités : hier c’était couscous, aujourd’hui poulet à l’africaine, et parfois c’est italien ! » La tablée est chaleureuse en ce mardi midi au centre Valgiros. Depuis six ans, cet ancien couvent du sud de Paris accueille une colocation pas banale : la trentaine de chambres sont occupées en partie par des bénévoles de l’association « Aux captifs la libération » et en partie par des personnes anciennement sans-abri.

« Les ‘recyclés’, comme moi, on est jusqu’à 21. Des couples dans les studios du bas, les hommes seuls dans les premiers étages et les femmes en haut », expose Pierrot, cheveux gris en bataille et blouson de motard défraîchi. « Dans les autres hébergements sociaux, on ne peut rester que quelques mois. Ici on peut se poser. Et puis on a chacun notre chambre, on est totalement libres d’entrer et de sortir… », apprécie celui qui a squatté les endroits les plus improbables avant d’arriver ici, il y a deux ans.

Comme tous ses colocataires, le sexagénaire paie une petite participation au loyer et aux frais d’électricité ou de nourriture. Le montant est calculé en fonction de ses revenus – en l’occurrence, son allocation handicapé. Le reste des financements de Valgiros provient de dons privés, d’une subvention de la DRIL et de la Fondation Notre Dame.

Une colocation presque comme les autres

Au milieu de la tablée, un jeune homme remplit les assiettes de riz fumant. Benoît et sa voisine, Hélène, font partie de l’équipe d’accompagnement social, présente en journée. La jeune femme qui leur fait face, en revanche, habite sur place. Marie-Anne, 25 ans, est étudiante et bénévole. « J’ai en moi un grand désir d’aider les autres, mais je ne suis pas sûre de savoir faire grand chose… Ici, ma seule mission c’est de ‘vivre avec’. Je montre, par ma présence, que chacun est important », raconte la jeune femme au sourire doux.

Galette des rois, sorties, soirées télé, discussions sur le ménage ou la spiritualité… les habitants du centre partagent autant que tous les colocataires de la Terre. « Et puis la présence des bénévoles nous incite à respecter le règlement : pas d’alcool, pas de drogue, pas de baston », sourit Pierrot. A l’heure de la vaisselle, la discussion roule sur les expositions du musée Guimet. « On parle foot, autos, culture… De tout sauf de nos galères », apprécie un grand gaillard dans la trentaine.

A petites touches, les Captifs mais aussi l’Association pour l’Amitié, qui propose un dispositif similaire, prouvent qu’il est possible de reloger durablement des personnes de la rue. En Suisse, une association a opté pour l’aménagement de containers en logements, à la façon des chambres étudiantes du Havre.

Quand le crowdfunding sort les gens de la rue

A Nantes, l’association Toit à moi propose elle une solution basée sur le crowdfunding. Grâce aux contributions régulières de centaines de particuliers, elle achète des logements et y installe des personnes sans abri. Célibataires, couples et même familles, au total 36 personnes ont pu élire domicile dans 13 logements à Nantes, à Toulouse ou en Seine-et-Marne.

En plus des visites régulières des bénévoles, qui viennent boire un café ou inviter à une balade, une équipe se charge de l’accompagnement des habitants. « Sans toit, tu ne peux pas faire tes démarches ni régler tes problèmes. Tu te fais agresser la nuit, voler tes papiers… Ici, les personnes ne sont plus dans l’urgence », assure Alexandre Casteron, 25 ans, qui a été embauché après son Service Civique.

Entre les rendez-vous à la CAF ou à la commission de surendettement avec les résidents, l’établissement d’une Carte Vitale ou l’accompagnement à un centre de toxicologie, les journées du jeune homme ne se ressemblent pas. « On fait le lien avec des médecins si besoin, on passe prendre un café pour s’assurer que la personne s’est bien appropriée le logement… C’est un accompagnement de qualité », apprécie-t-il.

Occuper les bâtiments vacants, « c’est primordial »

Et puis il y a les actions de plus grande ampleur, plus politiques aussi. « Occuper des bâtiments vacants, c’est primordial. A Rennes, par exemple, une maison de retraite qui ne servait plus du tout a permis de loger 170 personnes », expose Morgane, 25 ans, militante pour l’association Droit au Logement en Ille-et-Vilaine.

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Dans ce département, comme partout en France, des milliers de logements restent vides alors que des personnes dorment dans le froid. « Certains bâtiments sont vacants des années, en attendant des travaux ou un nouvel usage !, s’insurge la jeune femme. On pourrait y mettre des gens à l’abri, au moins sur une petite période. Pour les migrants, par exemple, c’est le temps suffisant pour faire leur demande d’asile. »

L’association se donne pour règle de n’investir que des locaux appartenant à des collectivités locales ou des sociétés immobilières – « jamais on ne va squatter la maison d’un particulier ou d’une petite mamie ! », précise Morgane. C’est ainsi qu’à Paris, une aile entière de l’hôpital l’Hôtel Dieu a été réquisitionnée début janvier. Trêve hivernale oblige, la trentaine d’occupants ne peuvent en être expulsés jusqu’au 31 mars… avant de reprendre leur errance.

A vous de jouer !

Vous voulez vous impliquer pour le logement des personnes les plus démunies ? En mode vigie, vous pouvez signaler au DAL des bâtiments vacants dans votre quartier (requisition@droitaulogement.org). En mode tirelire, vous pouvez participer au crowdfunding de Toit à moi ou encore soutenir la Fondation Abbé Pierre, qui fait construire des logements. Enfin, pour un engagement plus profond, vous pouvez aussi devenir colocataire du centre Valgiros, il manque notamment des bénévoles masculins ! benevolat@captifs.fr

Auteur de l'article : Hélène Seingier

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2 réponses pour "Loger les sans-abri: les associations innovent"

  1. Valois dit :

    Comme dans beaucoup d’associations, à un moment, certaines personnes prendront le pouvoir et ramasseront le pactole après transformation en SAS, dommage 🙁 et scandaleux !

    • La redaction dit :

      Il ne faut pas être aussi pessimiste ! S’il existe certains cas de malversations dans la grande majorité des cas les associations oeuvrent pour le bien commun, pas pour un « pactole ». Et surtout sur la thématique, il y a peu de pactole à ramasser…

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