Social, solidaire, etc.

Riposter à tonton Roger : oui, un travail dans une asso c’est un vrai travail

Publié le 20 décembre 2016

Vous le savez, entre la dinde et les marrons, tonton Roger va encore faire des insinuations pas très fines sur votre travail dans l’économie sociale et solidaire. Pas de panique, Say Yess vous offre des réparties prêtes à l’emploi.

Votre secteur d’activité a tout pour déstabiliser votre tonton Roger. Il n’est pas méchant mais « à son époque », comme il dit, l’associatif et le social c’était l’affaire de « bénévoles ou de hippies », d’après lui. Vous ne pouvez pas lui en vouloir, les temps ont changé, le secteur s’est professionnalisé et lui n’a pas forcément adapté son logiciel. En revanche, vous pouvez le faire réfléchir avant l’arrivée du dessert.

Tonton Roger est en forme, il se lance dès l’apéro :

« Aider les autres ? C’est le boulot des bénévoles, ça ! Pas besoin de compétences ! »

La répartie : « Alors écoute, je t’invite à aller rencontrer le jeune Jawad, Afghan, qui ne parle que pachtou et dari. Ta mission : lui expliquer les arcanes de la demande d’asile en France. Tu relèves le défi ? Et sinon, tu as déjà rempli une demande de subvention auprès du fonds européen ? Je te jure que ça demande à peu près autant de compétences que de piloter un Airbus. »

Attention, vous avez tendu la perche… La suite arrive au deuxième verre de mousseux :

« Mouais, tout ça pour dépenser des subventions… »

Conseil de répartie : « J’ai une devinette pour toi : qu’est-ce qui coûte le plus cher à l’Etat ? Financer en partie des associations de prévention de la délinquance ou bien construire des prisons ? Donner des coups de pouce à AIDES et aux militants anti-tabac ou rembourser des tri-thérapies et des chimios à tour de bras ? »

Petite trêve avec l’arrivée de la dinde, mais elle ne dure pas. Entre deux bouchées :

« D’toute façon, tu bosses avec des Bisounours ! Le stress, vous connaissez pas dans ce milieu-là. »

Du tac au tac : « Va dire ça à Jean-Pierre qui a passé trois ans en RDC à négocier avec des rebelles pour qu’ils ne rasent pas des villages. Il te dira s’il se sentait dans le monde de Oui Oui ! Et va boire un café avec ma copine Djamila, qui aide des femmes prostituées à retrouver leur dignité. Il leur faut des trésors de sérénité et pas mal de cours de yoga pour tenir le choc ! »

Et allez, encore une autre, au milieu des marrons chauds :

« Ce qui me gène, tu vois, c’est que c’est un secteur qui ne crée pas de valeur. »

(Tonton Roger peut œuvrer, à votre convenance, dans l’industrie pétrolière, la finance ou le transport routier) Là, prenez l’air inspiré, mi-économiste mi-philosophe : « Ca dépend de ce que tu appelles valeur, tonton. Si tu parles de valeur économique et bien si, ça en crée ! 10% du PIB et 12% des emplois dans le privé, ça te parle ? Et sinon, ça crée plein d’autres valeurs : la solidarité, le partage, la protection de l’environnement, le respect de l’autre, l’innovation… Y’a de l’avenir, je te jure ! »

Tonton Roger se gratte la tête – ça veut dire qu’il est déstabilisé. Il retente une pique en revenant avec le plateau de fromage :

« Non mais avoue, le rythme, les horaires, tout ça, c’est super détente, non ? »

Un œil à Jules, de l’autre côté de la table : « Va dire ça à mon fiancé à qui j’avais promis de décorer le sapin : il a dû se débrouiller tout seul entre les guirlandes et les boules parce que j’ai enchaîné les réunions avec les partenaires de la coopérative ces derniers soirs. J’en ai même oublié d’acheter les huitres… »

Deuxième tranche de Saint-Nectaire, et hop :

« Avec tous tes diplômes, franchement, c’est tout ce que tu as trouvé comme boulot ? »

« Eh eh, comme quoi les écoles de commerce mènent à tout. Mais tu te rappelles de mon amie Ayélé, qui travaillait dans le marketing ? Eh bien pour l’association où elle travaille aujourd’hui elle a dû passer deux fois plus d’entretiens, en français et en anglais. C’est sélectif, cher ami ! Et je peux te dire que elle comme moi on est bien plus heureuses que nos potes de promo qui boursicotent sans trouver de sens à leurs journées. »

Dernière salve, en avalant un quartier de mandarine :

« En plus vous gagnez un salaire de misère, non ? »

Tâtez votre bague en 100% toc pour répondre : « Bon, les jeunes de l’ESS sont payés en moyenne 50 euros de moins que ceux qui travaillent dans le public, c’est vrai que c’est pas la fortune. Mais ça varie beaucoup selon les métiers et surtout on consomme autrement, on troque, on recycle, on emprunte… Et dans les avantages en nature tu peux compter le bonheur de se lever le matin. Ca n’a pas de prix ! »

Bientôt la bûche, vous n’en pouvez plus… Et là Tonton Roger se fait mielleux :

« Dis, ils n’auraient pas besoin d’un contrôleur de gestion dans ton asso, par hasard ? Ca n’a pas l’air si mal… »

Vous voulez développer vos arguments ? Ou envoyer de saines lectures à Tonton Roger pour ses soirées au coin du feu ? Retrouvez les articles de Say Yess sur la façon dont les professionnels du social tiennent le choc face aux situations difficiles, des témoignages pour détricoter les clichés sur les métiers de la solidarité internationale ainsi qu’un panorama très complet des rémunérations dans les métiers de l’ESS.

Et vous, quels clichés sont systématiquement associés à votre boulot ? Quelles sont vos meilleures réponses ?

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Rédigé par

Hélène Seingier

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