A vous de jouer !

Les dessous des dames

De la lingerie sexy, même après la maladie

Comment se réapproprier son corps et se sentir belle malgré les séquelles d'un cancer du sein et de ses traitements ? Des entrepreneurs se sont penchés sur ces questions intimes pour proposer de la lingerie adaptée à la féminité spécifique de ces dames.

Le combat pour la féminité après la maladie prend un sens particulier pour Cécile Pasquinelli, fondatrice de la marque parisienne de lingerie et maillots de bain Garance. Elle a été – comme une femme sur huit en France – touchée par un cancer du sein. Si aujourd’hui, la guérison est au bout du chemin dans 87% des cas, les traitements qui y mènent abiment le corps : « On maigrit ou grossit, on perd ses cheveux, et dans 25% des cas on subit une mastectomie dont les séquelles sont indélébiles », développe Cécile.

Eviter d’acheter ses dessous en pharmacie

Il faut alors porter des prothèses externes, à glisser dans le soutien-gorge. La lingerie classique ne convient plus et c’est un véritable parcours psychologique que ce changement de sous-vêtements. Lorsqu’ils sont achetés en pharmacie ou para-pharmacie, on bascule dans un univers médical, et « c’est souvent la goutte d’eau qui fait déborder le vase », poursuit-elle. En 2010, elle décide de faire de la féminité pendant et après le cancer un combat. Et un projet professionnel, servi par 17 ans d’expérience en marketing, une énergie inépuisable et une équipe investie.

Aujourd’hui Garance propose sur internet, en pharmacie et dans son show-room parisien des modèles intemporels, une ligne de maillots de bains et 4 nouveaux modèles chaque saison. Toute la gamme est adaptée aux contraintes morphologiques tout en restant dans l’air du temps. « Nous voulons parler à la femme et non à la malade, donner envie avec une image glamour à laquelle elle a envie de s’identifier», affirme Cécile.

Une lingerie sur-mesure et made in France

Offrir aux femmes victimes de la maladie des accessoires glamour et restaurer leur confiance en elles, c’est aussi le credo de la marque Indiscrète. Fondée en 2009 par Didier Degrand, Béatrice Mongella et Christelle Bois, trois anciens employés licenciés d’Aubade, l’entreprise s’implante à Chauvigny, dans la Vienne. Leur gamme de sous-vêtements s’adresse à toutes les morphologies et propose une quarantaine de modifications à la demande. La plupart compensent une différence mammaire, c’est-à-dire le déséquilibre – naturel ou conséquence d’une intervention – entre la taille des seins. « Il s’agit vraiment d’adapter le produit au corps », insiste Didier Degrand.

L’objectif est aussi d’offrir aux femmes opérées une lingerie de qualité : l’entreprise est labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant et ses produits sont « made in France » selon une tradition de corsetterie et un savoir-faire devenu rare. « C’est aussi la volonté d’Indiscrète de sauvegarder ces compétences », explique Didier, qui a redonné du travail à des ouvrières licenciées d’Aubade.

Rendez-vous ou vente à domicile pour la discrétion

Indiscrète s’appuie sur un réseau de conseillères qui assurent la vente à domicile. Une discrétion que les clientes ayant subi une ablation apprécient, de même que les conseils personnalisés et le regard professionnel et bienveillant sur leur corps. Ici comme chez Garance, on parle mode avant tout et les dentelles, broderies, couleurs et imprimés sont omniprésents.

Une alternative à l’univers médical, c’est aussi ce que vise Laurence Molinier dans sa boutique Belle de Jour, ouverte il y a 10 ans à Toulouse. Cette ancienne coiffeuse s’est d’abord tournée vers les prothèses capillaires, avant de faire une formation en prothèse mammaire et de proposer lingerie et maillots.

Elle souhaite sortir de l’ambiance médicale tout en apportant une expertise et une oreille attentive. « Lorsque les clientes arrivent, elles sont meurtries car elles n’ont pas accepté le changement de leur corps, et sont un peu perdues face à ce nouvel univers », constate-t-elle. C’est pourquoi chez Belle de Jour, on vient sur rendez-vous pour essayer en toute tranquillité, dans une relation d’aide et d’écoute où la parole permet de recouvrer la confiance en soi.

Auteur de l'article : Anaïs Rouyer

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