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Entreprendre dans le rural: le collectif avant tout

Des entrepreneurs des champs se démènent pour répondre aux besoins sociétaux de leurs territoires: disparition des commerces de proximité, isolement... La clé de leur réussite? Entreprendre en collectif! La preuve en Poitou-Charentes.

« Le collectif c’est l’avenir du rural », assure Paul Théry. A 31 ans, il a créé une brasserie artisanale sous la forme d’une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic) dans un village des Deux-Sèvres de 170 habitants. Pour ce brasseur amateur depuis 4 ans et salarié d’une association d’éducation à l’environnement, « ici, à Coutières, on a moins de projets qu’à Poitiers, par exemple, donc il y a plus de dynamisme et d’envie autour de ce qui se crée ! ».

Le Réseau rural français le confirme : « L’entreprise collective peut retourner les handicaps du rural en atouts. » Habitué en effet à travailler avec les élus et les associations du territoire, Paul les mobilise autour de son projet pour « prendre les décisions à plusieurs et développer le réseau ». La coopérative compte parmi ses partenaires un chantier d’insertion de maraîchage, une école de cinéma animalier, des jeunes du village ou encore la municipalité, qui se révèle souvent être un acteur déterminant dans la réussite d’un projet local.

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Paul Théry a su s’entourer pour son projet de brasserie de bière

Pour conforter la stabilité économique de l’entreprise, un système d’engagement collectif est à l’étude pour la vente. « Nous souhaitons fonctionner comme une AMAP, explique Paul. Les clients s’engagent auprès de la brasserie pour une période donnée. En échange, nous leur proposons des bières brassées localement, à partir de matières premières biologiques ainsi que des informations précises sur chaque bière. »

Essentiels au vivre-ensemble sur les territoires, les commerces de proximité n’ont pourtant pas la cote : en France, une commune sur deux n’en possède pas ou plus. Pour lutter contre ce phénomène, la coopérative du Champ Commun développe de nombreux projets collectifs à Augan, en centre Bretagne : un bar, une épicerie, une microbrasserie… Découvrez les reportages de Say Yess sur cette Société coopérative d’intérêt collectif.
Pour rassembler, pédagogie et détermination

Considérés comme atypiques, les entrepreneurs sociaux du rural doivent redoubler d’efforts pour motiver les partenaires du territoire. « C’est compliqué car il faut convaincre sur tout : l’économie sociale et solidaire, l’entrepreneuriat social, les nouvelles formes de travail… Nous devons expliquer ce qu’est la plus-value d’un espace de co-working alors que ces lieux connaissent leur deuxième ou troisième génération dans les grandes villes », explique Charlotte Robert, 30 ans. Elle a co-fondé l’association Le Grenier de Py, à Parthenay (79), qui se donne le défie de rassembler les « optimistes ruraux ».

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Un site industriel en friche…

Le plus efficace pour mobiliser reste de montrer que son idée fonctionne. « Il aura fallu 4 années de lutte acharnée pour convaincre que notre projet était capable de donner un nouveau souffle à l’usine », explique Denis Meunier, cofondateur des Usines Nouvelles à Ligugé, dans la Vienne. Installé dans un bâtiment menacé de destruction, sur une ancienne friche industrielle, ce laboratoire expérimental est dédié aux nouvelles formes de travail. Il accueille quotidiennement des brasseurs de bières, des restaurateurs de monuments anciens ou encore des architectes.

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… devenu fablab et espace de co-working

Si la commune a moralement soutenu le projet dès le départ et a joué le rôle de facilitateur auprès des administrations, les autres acteurs publics ont mis plus de temps à se décider. « Mais aujourd’hui nous sommes soutenus par Grand Poitiers, les Deux-Sèvres, la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Europe », explique Denis. Avec le recul, il s’en amuse : « Avec notre projet, on a aidé les défricheurs du territoire ! ».

S’entourer de créateurs de liens

Pour donner une vraie place à ces jeunes qui changent le rural – et multiplier leur nombre ! -, il faut réinventer la proximité. Charlotte Robert, du Grenier de Py, le constate : « Dans cette belle ville médiévale de Partenay, il n’y a plus de café où refaire le monde. Les gens ne se croisent plus. »

Avec neuf autres jeunes, la jeune femme a donc choisi de connecter ceux qui ont envie de changer les choses et de révéler les talents. « Il faut provoquer le déclic et accompagner les premiers pas pour que les porteurs de projets soient ancrés sur des bases solides », explique l’entrepreneuse. L’association est à l’origine d’évènements inspirants, comme le Village des possibles, et a ouvert un espace de co-working dans le centre-ville pour créer du lien entre les professionnels.

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Le Village des possibles, organisé par le Grenier de Py

Inspirer les jeunes, donc, mais aussi « leur donner une méthode », explique Hugo Barthelay, l’une des voix du Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC). Le réseau expérimente le concept des Fabriques du monde rural, des lieux animés et gérés par des jeunes, pour développer des projets collectifs. Une expérience pilote, labellisée Fabrique d’initiatives citoyennes, a démarré à Ansauvillers, dans l’Oise. Ce lieu accueille les projets et, à terme, proposera un gîte de groupe, des salles de formation, un jardin partagé et des ateliers pour bricoler. Un espace propice à la création, amené à se multiplier dans nos campagnes.

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Les Fabriques du monde rural, une initiative du MRJC

 

Face à la baisse inquiétante du nombre d’agriculteurs, le MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne) a développé le programme « Rêves d’installation » ouvert aux jeunes de 13 à 30 ans. Le temps d’un week-end, les participants testent leurs envies et leurs aspirations par des visites de fermes et des échanges. Vous êtes tenté(e) ? Prenez contact avec l’antenne du MRJC la plus proche.
Auteur de l'article : Pauline Bian-Gazeau

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Une réponse pour "Entreprendre dans le rural: le collectif avant tout"

  1. BOSSUET dit :

    4 années de labeur et de contraintes diverses et administrattives .Chapeau bas; les pouvoirs publics, les banques freinent lesprojets et ou initiatives individuelles et collectives .Je vous souhaite pleine réussite et vous adresse mes sincères encouragements .

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