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Etre soignant en maison de retraite: un engagement au quotidien

Souffrant d’une mauvaise réputation, les maisons de retraite peinent à attirer les jeunes. Des professionnels courageux s’engagent pourtant auprès de nos aînés, et acceptent de se confronter au quotidien à la solitude et à la mort, à la répétition de tâches de soin difficiles. Qu’est ce qui les anime?

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Au coin d’une rue passante du 11ème arrondissement de Paris, se cache l’EHPAD Bastille, une maison de retraite médicalisée accueillant 89 résidents. Quelques personnes sont installées face aux grandes baies vitrées du hall d’accueil. Ils observent la vie quotidienne animée du quartier depuis cet espace surnommé l’aquarium. Sur la droite, de grands couloirs bleu ciel et rose saumon conduisent aux chambres et salles collectives réparties sur les cinq étages de l’établissement.

Les EHPAD à but non lucratif, de type associatif ou mutualiste, relèvent de l’économie sociale et solidaire. D’autres statuts existent : EHPAD public hospitalier ou non hospitalier et EHPAD privé à but lucratif.

Chaque jour, une soixantaine de professionnels s’affairent par alternance pour accompagner les résidents. L’équipe de direction, des soignants – infirmières, aides-soignantes, psychomotriciennes, ergothérapeute, médecin coordonnateur, psychologue… – mais aussi du personnel de service pour l’entretien et la restauration.

« Ici j’ai trouvé ce que je cherchais »

Monique, aide-soignante de 34 ans, a eu le déclic quand sa grand-mère est tombée malade. « On s’occupait d’elle à la maison ». La jeune femme, alors étudiante en comptabilité, change de voie pour devenir aide-soignante et se consacrer aux personnes âgées. « Ici, j’ai trouvé ce que je cherchais ». Rose-Marie, a exercé en tant qu’infirmière libéral à domicile puis à l’hôpital avant de rejoindre le secteur du grand âge. « Je m’attendais à un mouroir mais non, c’est dynamique ! Je suis arrivée par hasard et restée par conviction. »

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Seule maison de retraite mutualiste d’Ile-de-France, l’EHPAD de Bastille bénéficie de ressources financières suffisantes pour répondre aux besoins de ses résidents. Cristina, ergothérapeute, vient d’équiper, sur prescription médicale, une résidente qui souffrait de douleurs avec un fauteuil sur-mesure réalisé par impression 3D. Rose-Marie précise : « Ici, quand on a besoin de quelque chose, on l’obtient ! ». Une réalité éloignée des nombreuses maisons de retraite sous tension évoluant avec des moyens financiers et humains insuffisants.

« Les soins, les changes… ce n’est pas tout ! »

D’après une étude récente sur les conditions de travail en EHPAD, les professionnels se concentrent de plus en plus sur les tâches de soin et d’hygiène de base au détriment de l’accompagnement relationnel, humain et du maintien des capacités. Dans le secteur depuis 30 ans, Cristina, ergothérapeute, remet en cause « la priorisation des besoins ». « On essaye de faire vite mais pas mieux. Or l’autonomie et le confort de la personne jusqu’au bout c’est important. La charge de travail ne doit pas faire oublier d’installer la personne confortablement ou de vérifier si le fauteuil est adapté au moment des repas ».

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Monique, aide-soignante, l’assure : « les changes, les protections… ce n’est pas tout ! ». Une relation privilégiée se crée avec les résidents, présents dans l’établissement pour toute une partie de leur vie. « Si certains sont fermés au départ, ils s’ouvrent au fur et à mesure. Chacun a son histoire. On apprend grâce à leur vécu ». Une gratification qui permet de supporter la pénibilité de certaines tâches.

La charge est aussi émotionnelle: comment supporter les situations de détresse, de solitude, la fin de vie? Rose-Marie rassure : « tu fais un travail sur toi-même et tu apprends à relativiser : la mort fait partie de la vie. A chaque décès, on ressent quand même de la tristesse. » Pas de secret, seule l’expérience apprend à ne pas se projeter soi-même dans le vieillissement et la mort. A l’EHPAD de Bastille, un psychologue vient une fois par semaine pour accompagner les membres de l’équipe.

« Nous dépendons les uns des autres »

Malgré la diversité de leurs métiers et fonctions, le personnel soignant doit créer un esprit collectif autour du résident. Pour Monique, « il est impossible de dénigrer le travail de l’autre car nous dépendons les uns des autres ». Cristina, ergothérapeute, aide à l’organisation d’ateliers sensoriels avec la psychomotricienne, travaille avec les kinésithérapeutes pour optimiser le positionnement et la stimulation de la personne ou encore avec les infirmières pour s’informer de l’évolution de la situation de chacun. Le bon fonctionnement de cette dynamique collective dépend de la direction explique Rose-Marie : « ici, le résident est vraiment mis au milieu ».

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Autre spécificité des maisons de retraite médicalisées : la forte autonomie et le niveau de responsabilisation des professionnels soignants. Rose-Marie compare ses expériences passées : « ici on a moins de paperasserie qu’en libéral ou qu’à l’hôpital. Par contre, comme il n’y a pas toujours de médecin sur place, on a plus de stress. On a toujours peur de rater un truc. » La coordination et le suivi des résidents est facilitée par la réunion pluridisciplinaire quotidienne.

Loin de l’image négative des maisons de retraite, Monique parle avec passion de son univers de travail et est convaincue que des jeunes professionnels peuvent s’y retrouver. « Beaucoup se tournent vers l’hôpital mais la majorité des patients des hôpitaux sont âgés aussi, alors autant essayer! Ces personnes donnent envie de continuer, ils se battent au quotidien. Alors pourquoi pas nous? »

Si les maisons de retraite médicalisées peinent à attirer les jeunes, les besoins en recrutement sont pourtant croissants et les métiers variés. Ces établissements comptent des professionnels soignants (infirmiers, aides-soignants, aides médico-psychologiques, auxiliaires de vie sociale, agents de service hospitalier, ergothérapeutes…) et non soignants (de hiérarchie, techniciens ou d’administration). Découvrir les métiers du grand âge.
Auteur de l'article : Pauline Bian-Gazeau

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