Tendances de l'emploi

Etre soignant en maison de retraite : un engagement au quotidien

Publié le 21 novembre 2016

Souffrant d’une mauvaise réputation, les maisons de retraite peinent à attirer les jeunes. Des professionnels courageux s’engagent pourtant auprès de nos aînés, et acceptent de se confronter au quotidien à la solitude et à la mort, à la répétition de tâches de soin difficiles. Qu’est ce qui les anime?

Au coin d’une rue passante du 11ème arrondissement de Paris, se cache l’EHPAD Bastille, une maison de retraite médicalisée accueillant 89 résidents. Quelques personnes sont installées face aux grandes baies vitrées du hall d’accueil. Ils observent la vie quotidienne animée du quartier depuis cet espace surnommé l’aquarium. Sur la droite, de grands couloirs bleu ciel et rose saumon conduisent aux chambres et salles collectives réparties sur les cinq étages de l’établissement.

Les EHPAD à but non lucratif, de type associatif ou mutualiste, relèvent de l’économie sociale et solidaire. D’autres statuts existent : EHPAD public hospitalier ou non hospitalier et EHPAD privé à but lucratif.

Chaque jour, une soixantaine de professionnels s’affairent par alternance pour accompagner les résidents. L’équipe de direction, des soignants – infirmières, aides-soignantes, psychomotriciennes, ergothérapeute, médecin coordonnateur, psychologue… – mais aussi du personnel de service pour l’entretien et la restauration.

« Ici j’ai trouvé ce que je cherchais »

Monique, aide-soignante de 34 ans, a eu le déclic quand sa grand-mère est tombée malade. « On s’occupait d’elle à la maison ». La jeune femme, alors étudiante en comptabilité, change de voie pour devenir aide-soignante et se consacrer aux personnes âgées. « Ici, j’ai trouvé ce que je cherchais ». Rose-Marie, a exercé en tant qu’infirmière libéral à domicile puis à l’hôpital avant de rejoindre le secteur du grand âge. « Je m’attendais à un mouroir mais non, c’est dynamique ! Je suis arrivée par hasard et restée par conviction. »

say-yess_ehpad_monique

Seule maison de retraite mutualiste d’Ile-de-France, l’EHPAD de Bastille bénéficie de ressources financières suffisantes pour répondre aux besoins de ses résidents. Cristina, ergothérapeute, vient d’équiper, sur prescription médicale, une résidente qui souffrait de douleurs avec un fauteuil sur-mesure réalisé par impression 3D. Rose-Marie précise : « Ici, quand on a besoin de quelque chose, on l’obtient ! ». Une réalité éloignée des nombreuses maisons de retraite sous tension évoluant avec des moyens financiers et humains insuffisants.

« Les soins, les changes… ce n’est pas tout ! »

D’après une étude récente sur les conditions de travail en EHPAD, les professionnels se concentrent de plus en plus sur les tâches de soin et d’hygiène de base au détriment de l’accompagnement relationnel, humain et du maintien des capacités. Dans le secteur depuis 30 ans, Cristina, ergothérapeute, remet en cause « la priorisation des besoins ». « On essaye de faire vite mais pas mieux. Or l’autonomie et le confort de la personne jusqu’au bout c’est important. La charge de travail ne doit pas faire oublier d’installer la personne confortablement ou de vérifier si le fauteuil est adapté au moment des repas ».

say-yess_ehpad_rose-marie

Monique, aide-soignante, l’assure : « les changes, les protections… ce n’est pas tout ! ». Une relation privilégiée se crée avec les résidents, présents dans l’établissement pour toute une partie de leur vie. « Si certains sont fermés au départ, ils s’ouvrent au fur et à mesure. Chacun a son histoire. On apprend grâce à leur vécu ». Une gratification qui permet de supporter la pénibilité de certaines tâches.

La charge est aussi émotionnelle: comment supporter les situations de détresse, de solitude, la fin de vie? Rose-Marie rassure : « tu fais un travail sur toi-même et tu apprends à relativiser : la mort fait partie de la vie. A chaque décès, on ressent quand même de la tristesse. » Pas de secret, seule l’expérience apprend à ne pas se projeter soi-même dans le vieillissement et la mort. A l’EHPAD de Bastille, un psychologue vient une fois par semaine pour accompagner les membres de l’équipe.

« Nous dépendons les uns des autres »

Malgré la diversité de leurs métiers et fonctions, le personnel soignant doit créer un esprit collectif autour du résident. Pour Monique, « il est impossible de dénigrer le travail de l’autre car nous dépendons les uns des autres ». Cristina, ergothérapeute, aide à l’organisation d’ateliers sensoriels avec la psychomotricienne, travaille avec les kinésithérapeutes pour optimiser le positionnement et la stimulation de la personne ou encore avec les infirmières pour s’informer de l’évolution de la situation de chacun. Le bon fonctionnement de cette dynamique collective dépend de la direction explique Rose-Marie : « ici, le résident est vraiment mis au milieu ».

say-yess_ehpad_cristina

Autre spécificité des maisons de retraite médicalisées : la forte autonomie et le niveau de responsabilisation des professionnels soignants. Rose-Marie compare ses expériences passées : « ici on a moins de paperasserie qu’en libéral ou qu’à l’hôpital. Par contre, comme il n’y a pas toujours de médecin sur place, on a plus de stress. On a toujours peur de rater un truc. » La coordination et le suivi des résidents est facilitée par la réunion pluridisciplinaire quotidienne.

Loin de l’image négative des maisons de retraite, Monique parle avec passion de son univers de travail et est convaincue que des jeunes professionnels peuvent s’y retrouver. « Beaucoup se tournent vers l’hôpital mais la majorité des patients des hôpitaux sont âgés aussi, alors autant essayer! Ces personnes donnent envie de continuer, ils se battent au quotidien. Alors pourquoi pas nous? »

Si les maisons de retraite médicalisées peinent à attirer les jeunes, les besoins en recrutement sont pourtant croissants et les métiers variés. Ces établissements comptent des professionnels soignants (infirmiers, aides-soignants, aides médico-psychologiques, auxiliaires de vie sociale, agents de service hospitalier, ergothérapeutes…) et non soignants (de hiérarchie, techniciens ou d’administration). Découvrir les métiers du grand âge.
Image writer

Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

0 commentaire

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème

Décryptage

  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite
  • La finance solidaire, ça concerne tout le monde!

    Lire la suite
  • C’est quoi, l’économie circulaire?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Comment changer de métier ?

    Béatrice Moulin et Clara de Switch Collective
    icone-youtube-play

    Par: Changer le monde en 2 heures

  • Le métier d’agent-e d’entretien d’espaces verts

    Agent d'entretien des espaces verts - Uniformation
    icone-youtube-play

    Par: Uniformation

  • Vivre sans déchets

    Vivre sans déchets - L'Echo positif
    icone-youtube-play

    Par: L'Echo Positif

Nos derniers articles

Citoyenneté

Des labos citoyens vous embarquent dans la recherche

Pour faire face au manque de moyens des laboratoires publics ou au cloisonnement des disciplines, des scientifiques sortent des labos traditionnels et mènent leurs recherches avec l'aide des citoyens.

Rédigé par Marie Le Douaran
le 13 octobre 2017 En savoir plus

Pique nique avec des réfugiés à Meyrargues.
Solidarités

Bienvenue dans nos villages !

Face au phénomène de désertification rurale, l’arrivée de demandeurs d’asile originaires de Syrie, d’Erythrée, de Somalie, de Tchétchénie ou encore du Soudan apporte un nouveau souffle dans des villages de France.

Rédigé par Pauline Bian-Gazeau
le 11 octobre 2017 En savoir plus

Abibao, co-fondé par Vincent Maréchal
Tech

Faire un don à une association sans dépenser un rond, c’est possible !

En naviguant sur un moteur de recherche, en répondant à un sondage ou en regardant une publicité, on peut soutenir des causes sans vider son porte-monnaie. Suivez le guide !

Rédigé par Emmanuelle Genoud
le 6 octobre 2017 En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.