Tendances de l'emploi

L’ESS m’a emmené (très) loin des sentiers battus

Publié le 2 novembre 2016

Alors que de nombreux jeunes se déplacent vers les grandes villes pour leurs études ou leur entrée dans la vie active, certains se laissent surprendre par des projets solidaires et vont fouler des territoires très éloignés des pôles urbains.

Mathieu Laupin

Elle a choisi de traverser un océan et de retourner à Cayenne, sa ville natale. « Tout est à faire ici ! Par contre le territoire n’est pas riche, ce n’est pas plus facile qu’ailleurs », assure Sarinah Asselas, 30 ans. Auparavant ingénieure chez GDF Suez à Paris, la jeune femme a défié le taux de chômage du DOM (22% dans la population en général, jusqu’à 26,6% chez les femmes) et est partie créer Assa’na Strategies, un cabinet de coaching. Elle accompagne des professionnels, dont de nombreux entrepreneurs sociaux, dans leurs projets.

« Je suis revenue à une vie plus basique mais le cadre de vie aide énormément ! », dit-elle. Débordante d’idées et d’énergie, la jeune femme a impulsé un projet de monnaie locale à l’échelle de la Guyane – le Kwak – et fait grandir sa plateforme de financement participatif Lobi You. « J’ai envie de contribuer à ma façon au développement local ! », s’enthousiasme-t-elle.

 

Dur de s’éloigner de la nature quand on y a grandi. Après des études naturalistes à Genève, tout s’enchaîne pour Mathieu Laupin. Chargé de projets au sein d’un parc naturel régional, il rejoint ensuite une association de protection de l’environnement. « Au bout de 5 ans derrière l’ordinateur, de réunions, de formations, j’avais besoin de nature ! J’ai grandi en montagne. Depuis longtemps, je me passionnais pour des sujets comme le retour du loup ou la disparition du monde agricole et très tôt j’ai voulu faire un stage comme aide-berger. »

Aujourd’hui Mathieu développe son activité dans l’élevage bovin et porcin en biodynamie sur des terres agricoles de Villeneuve de Marc, en Isère. Son passage par Genève lui a permis de découvrir d’autres façons de faire. « En Suisse, on récompense les agriculteurs plus pour les services écologiques que pour la production en tant que telle. C’est inspirant. »

Gérer la distance et les difficultés d’intégration

A seulement 23 ans, Simon Bichet, 30 ans aujourd’hui, arrive à Gaza pour contribuer aux programmes d’urgence de santé d’Oxfam-Solidarité. « Dès mon master 1, je voulais travailler dans une association et gérer des projets, être sur le terrain. » Après les territoires palestiniens, Simon rejoint le Congo puis l’Afghanistan pour assurer le suivi et l’évaluation de projets avec l’ONG ACTED.

Si Mathieu, Sarinah et Simon accomplissent leur vocation, ces choix de vie compliquent parfois les choses. Mathieu a mis plus de 4 ans pour se former et trouver le terrain agricole idéal. A l’arrivée, si l’activité lui plaît, il n’est pas évident de s’intégrer dans un village de 1.000 habitants. « Les voisins et les anciens paysans discutent beaucoup dans le bar du quartier. Ils voient que je ne fais pas comme eux. Ça fait parler. »

 

Dans l’humanitaire, difficile de concilier vie professionnelle et vie de famille. « Pendant ma mission au Congo, ma compagne était en Afghanistan pour Médecins du Monde. Dans notre secteur, on a rarement le luxe de choisir sa destination », explique Simon. Pour « se poser », le jeune couple décide de rentrer travailler sur Paris. « Mais un parcours à l’international n’est pas bien compris, même par les grandes associations », explique-t-il. Après une courte formation au droit d’asile et une expérience bénévole auprès d’étrangers en zone d’attente à Roissy, il finit par trouver un poste d’intervenant social chez France Terre d’Asile.

S’entourer et ne pas improviser

« Autour de moi, les personnes qui reviennent travailler en Guyane ne le regrettent pas », affirme Sarinah. « Quand on se met des barrières, qu’on se limite à la sécurité de l’emploi, la peur nous empêche de lâcher prise. Mais oser, il faut oser ! » Pour Mathieu, le jeune éleveur, l’une des clés de réussite pour s’installer est de savoir s’entourer. L’association Terre de Liens l’a accompagné dans sa recherche du foncier et des acteurs comme Initiative France lui ont donné un coup de pouce et ouvert des portes sur le territoire.

Dans l’humanitaire, enfin, il ne suffit pas de partir loin et d’improviser pour convaincre ! « Il faut multiplier les expériences bénévoles notamment dans des structures connues pour rassurer les employeurs », explique Simon. Le meilleur moyen de s’assurer que le candidat n’est pas qu’un doux rêveur. Partir loin pour ses convictions, oui, mais en s’y préparant.

 

Envie de dépaysement ? Quelques pistes :
– Se poser les bonnes questions avant de partir en mission humanitaire avec le guide pratique « Projects Abroad »
– Se lancer dans l’activité biologique et paysanne avec Terre de liens et en savoir plus sur le parcours de Mathieu.
– Se renseigner sur l’entrepreneuriat social en Outre-mer avec les CRESS de Guyane, Martinique, Guadeloupe, Mayotte et de la Réunion.
Image writer

Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

0 commentaire

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème

Décryptage

  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite
  • La finance solidaire, ça concerne tout le monde!

    Lire la suite
  • C’est quoi, l’économie circulaire?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Comment changer de métier ?

    Béatrice Moulin et Clara de Switch Collective
    icone-youtube-play

    Par: Changer le monde en 2 heures

  • Le métier d’agent-e d’entretien d’espaces verts

    Agent d'entretien des espaces verts - Uniformation
    icone-youtube-play

    Par: Uniformation

  • Vivre sans déchets

    Vivre sans déchets - L'Echo positif
    icone-youtube-play

    Par: L'Echo Positif

Nos derniers articles

Xoel ramasse des haricots secs.
Planète

Maraîchage bio : l’insertion par la case nature

Partout en France, des chantiers d’insertion accueillent des publics éloignés du marché du travail. Avec le travail de la terre, c’est la confiance en soi et les projets professionnels qui se renforcent.

Rédigé par Marie Le Douaran
le 20 octobre 2017 En savoir plus

Citoyenneté

Des labos citoyens vous embarquent dans la recherche

Pour faire face au manque de moyens des laboratoires publics ou au cloisonnement des disciplines, des scientifiques sortent des labos traditionnels et mènent leurs recherches avec l'aide des citoyens.

Rédigé par Marie Le Douaran
le 13 octobre 2017 En savoir plus

Pique nique avec des réfugiés à Meyrargues.
Solidarités

Bienvenue dans nos villages !

Face au phénomène de désertification rurale, l’arrivée de demandeurs d’asile originaires de Syrie, d’Erythrée, de Somalie, de Tchétchénie ou encore du Soudan apporte un nouveau souffle dans des villages de France.

Rédigé par Pauline Bian-Gazeau
le 11 octobre 2017 En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.