Des idées pour s'engager

Tout est bon pour créer le déclic !

Publié le 28 octobre 2016

Mais pourquoi décide-t-on un jour de s’engager – voire de faire carrière – dans le social ou le solidaire? Il suffit parfois d’une rencontre ou même d’une séance de ciné. Témoignages.

Déclic, Demain Le Film

« Je crois bien que c’est venu par ma coloc… » Lorsqu’il repense à ses premiers engagements, Jean-Cyril Dagorn se souvient de son arrivée à Paris, depuis la Bretagne, et de cette colocataire « investie dans mille trucs dans son quartier de banlieue ».

Elle l’inspire, il commence à faire de l’accompagnement scolaire en parallèle de ses études, puis part faire de l’humanitaire aux Philippines durant son année de césure. « Après c’est devenu évident : plus tu t’impliques, plus tu rencontres de gens fous ! », s’amuse-t-il. Il travaille aujourd’hui pour des ONG comme Oxfam ou Action Contre la Faim.

Engagements lycéens ou étudiants

Les années étudiantes ont été déterminantes pour bien des jeunes devenus professionnels de la solidarité. Aymeric Marmorat a eu le déclic dans son école de management au Havre, à l’âge de 22 ans. « En montant une association de solidarité avec un pote, j’ai réalisé que je pouvais utiliser les outils de gestion et de financement au service de l’intérêt général. Jamais on ne m’avait dit ça en cours ! », se souvient le trentenaire.

Les deux acolytes montent entre autres un centre de formation à l’énergie solaire au Maroc, un magasin de transformation de produits agricoles au Burkina… « Ca a été une expérience révélatrice, j’ai eu envie de passer ma vie à contribuer à un monde meilleur », assure Aymeric, devenu depuis directeur exécutif de l’association Enactus France.

enactus-declic
L’association Enactus aide des étudiants à se lancer dans l’entrepreuneriat social.

Benoît Loussouarn, 27 ans, est tombé dans le social quand il était petit, avec un père salarié du Secours Catholique et des années à monter des actions solidaires avec ses camarades de l’ACE (Action Catholique des Enfants). Mais c’est au lycée qu’il monte ses propres projets. « Ce sont les années où tu commences à réfléchir à la société et à avoir les moyens de changer les choses », dit-il. Un festival de musique lycéenne, l’engouement pour la gestion de projet, et le voilà qui tranche : « J’hésitais entre devenir prof ou travailler en asso mais l’échelle humaine et l’aspect gestion de projet m’ont décidé pour l’ESS ».

Sa collègue Lizia Ikeda, originaire du Brésil, a aussi eu le déclic au lycée. « Il y avait un penchant social, les profs étaient très engagés », se souvient-elle. Bravant les tabous, elle va initier les enfants des favelas à la lecture. « J’ai ensuite commencé par travailler dans le privé mais je savais que j’allais changer vers le social ou l’associatif », raconte-t-elle. Elle est aujourd’hui chargée de l’administration et des finances chez Proxité à Paris, une association qui met en contact des jeunes des quartiers avec des parrains dans le monde du travail. Benoît, lui, est responsable du développement.

Une période de chômage ou la réflexion d’un bambin

Parfois, l’occasion de s’engager se présente à un détour de la vie. « J’ai toujours voulu faire quelque chose pour les sans abri mais c’est l’an dernier, quand je cherchais du boulot, que je me suis vraiment lancée. J’ai commencé à travailler très jeune donc c’est la première fois que j’avais du temps ! », sourit Dalia Frantz, 28 ans. La jeune femme surfe sur le net, découvre l’association Entraides Citoyennes… Et après quelques mois à distribuer des repas chauds dans les rues, la voilà secrétaire de l’association, également investie auprès des personnes réfugiées.

Samia Hathroubi, l’une des porte-voix du dialogue interreligieux et de l’antiracisme en France, a elle aussi eu le déclic au travail. A l’époque, elle est prof, quitte sa petite ville pour enseigner dans le 93… et découvre le sentiment d’infériorité des gamins de banlieue. « Ils manquaient de modèle positif, jamais ils ne se disaient ‘c’est possible pour moi aussi’. J’ai énormément appris avec mes élèves », dit-elle. C’est ainsi qu’elle commence à militer, par exemple avec la Journée sans immigrés pour valoriser les richesses de l’immigration ou avec Parler en paix, une association qui enseigne en parallèle l’arabe et l’hébreu.

Le vivre ensemble vous intéresse ? Jetez un oeil à l’association Coexister, dont Say Yess vous parlait dans cet article. Et à ces étranges pouvoirs de l’apprentissage des langues. Et puis suivez-nous pour une découverte des Grands Voisins, labo parisien du vivre ensemble.

Son second déclic est venu sur les réseaux sociaux, en suivant les frémissements de ce qui allait devenir le printemps arabe. Très tôt, la Franco-Tunisienne sent le mouvement prendre de l’ampleur. « Juste après, j’ai été contactée pour aller travailler au Moyen-Orient sur les droits de l’homme et la démocratie. Jamais je n’aurais pensé que je pourrais être payée pour ce que je faisais comme militante ! », s’amuse l’activiste. Cela fait maintenant quatre ans qu’elle vit de son engagement… et n’a plus remis les pieds dans une salle de classe.

Le film « Demain » et les multiplicateurs de déclic

Et puis il y a ces milliers de déclics qui ont eu lieu dans une salle obscure : le film « Demain », de Cyril Dion et Mélanie Laurent, commence à flirter avec le top 10 des raisons de s’engager. « J’avais déjà une pratique artistique alternative mais je n’osais pas me lancer sur le côté social et écolo », explique Noëlle Dalsace, chorégraphe et danseuse dans la région de Nantes.

Les potagers collectifs lancés par les "Incroyables Comestibles" se multiplient depuis le film "Demain".
Les potagers collectifs lancés par les « Incroyables Comestibles » se multiplient depuis le film « Demain ».

Emballée par le film, qui propose des actions simples pour changer le monde, elle a installé un bac de tomates en self-service devant chez elle à la façon des Incroyables Comestibles, lancé des démarches avec des voisins pour monter un potager collectif et cherche un local pour lancer peut-être une Amap… « Le film m’a vraiment impulsée. C’est comme si des pratiques vues comme marginales devenaient tout à coup normales ! Comme si ça me donnait l’autorisation de le faire moi aussi », assure-t-elle.

Multiplier les déclics, c’est aussi le quotidien d’Aymeric Marmorat, notre étudiant engagé de début d’article. « Chez Enactus, je reproduis ce que j’ai vécu : je crée les conditions pour que les étudiants mènent leur projet d’entrepreneuriat social ! », s’enthousiasme le jeune directeur. Résultat : près de 1.300 étudiants accompagnés chaque année. Et une belle ribambelle de déclics à son actif.

Et vous, qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager? Quel a été le déclic? 

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Rédigé par

Hélène Seingier

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