Au fait, c'est quoi ?

La finance solidaire, ça concerne tout le monde!

Publié le 3 novembre 2016

Pour vous, qui dit finance, dit banquier, grand capitalisme, requins, gros actionnaires ? A l’occasion de la semaine de la Finance solidaire, c’est le moment de faire le point et de découvrir que parfois, la finance peut être éthique et soutenir de beaux projets. Et que vous pouvez y participer ou en bénéficier !

Qu’est-ce que ça veut dire « épargner solidaire ? »

Cela veut dire que votre argent dormant dans un bas de laine, sous votre matelas ou même sur un compte pourrait plutôt servir à soutenir des projets solidaires ou environnementaux. Soit en reversant une partie des intérêts, soit en investissant dans des projets.

Que représente la finance solidaire en France aujourd’hui ?

« L’épargne solidaire représente 8,46 milliards d’euros en France, à fin 2015, répartis sur des outils de placements très variés. Cette épargne a permis le financement de projets à hauteur de 1,5 milliards d’euros en 2015 (certains produits étant mixtes et pas uniquement à destination des entreprises à utilité sociale) », explique Sophie de Mazery, directrice de l’association Finansol, qui œuvre pour la promotion de ce type d’épargne.

Et on constate que le mouvement prend de l’ampleur, avec une croissance de 20 à 30% chaque année. Un million de Français y participent désormais.

 

Côté épargnants…

Florence et Cyril sont épargnants solidaires. Chacun ses motivations, chacun son approche. Leurs témoignages proposent un éclairage sur ce qu’apporte l’épargne solidaire.

Qui peut devenir épargnant solidaire ?

Tout le monde, du moment où on dispose d’un peu d’épargne… mais pas besoin d’attendre d’avoir un montant à plusieurs zéros ! Les livrets peuvent généralement être ouverts à partir de 10 euros et se remplir progressivement.

Qu’est-ce qui motive à devenir épargnant solidaire ?

« Je me suis dit que c’était bien beau de critiquer le système, mais qu’il fallait commencer par se changer soi-même, explique Cyril, habitant de Roubaix et épargnant solidaire depuis plus de deux ans. Par ailleurs, je suis engagé politiquement. Une rencontre avec le député européen belge Philippe Lamberts m’a spécialement marqué : il a expliqué que nous votions tous les jours avec la manière dont nous dépensons notre argent ». 

Autre motivation pour le père de famille : « Je cherche une structure en qui j’ai confiance. Pour le moment, ce n’est pas forcément le projet soutenu qui retient mon attention, mais savoir que mon argent sera utilisé de manière responsable et que la banque elle-même applique une certaine éthique vis-à-vis de ses salariés ». C’est pourquoi il a choisi de rejoindre la Nef, une banque qui défend une finance éthique.

Florence, prof de danse à Paris et fondatrice d’une maison d’édition, insiste elle sur l’information autour de l’épargne : « On sait où va son argent. Il y a des gens derrière, des structures économiques identifiées ». L’épargne solidaire la rassure aussi : « Je ne suis pas une joueuse de casino ! Je veux de la visibilité. Le reste de mon épargne est décevant : c’est volatile, en augmentation ou en diminution, virtuel, on a du mal à comprendre ».

Sans oublier qu’avec l’épargne solidaire, on peut bénéficier de réductions fiscales.

A quoi sert mon argent ?

Le produit d’épargne solidaire permet de financer des projets favorisants l’accès à l’emploi ou au logement pour des personnes en difficulté, des activités écologiques ou encore l’entrepreneuriat dans les pays en développement. Et par ricochet, cela a un impact sur l’emploi. « Fin 2015, 31.000 emplois ont été créés ou consolidés grâce à la finance solidaire, dont un quart via des emplois d’insertion », se félicite Sophie de Mazery.

Et ça n’empêche pas, pour l’épargnant, de dégager des intérêts s’il le souhaite.

Comment place-t-on son épargne solidaire ?

« Il existe différents types d’épargne solidaire, précise Sophie de Mazery, directrice de l’association Finansol. Tout d’abord, à travers sa banque, via un livret dont une partie des revenus va être reversée à une association, via des OPC [organismes de placements collectifs] solidaires, des comptes à terme ou encore des assurances vie ». Bref, il y en a pour tous les goûts, avec une prise de risque plus ou moins importante, et une rémunération en conséquence. Dans ce cas, il faut se rapprocher de sa banque ou d’un établissement proposant un produit qui nous intéresse.

Autre solution, pour les salariés de structures importantes : votre épargne d’entreprise ! Depuis la fin des années 2000, votre employeur est obligé de proposer au moins un fond solidaire pour l’épargne de retraite (Perco) ou le Plan d’épargne entreprise (PEE). Résultat : 7% de l’épargne salariale est désormais solidaire !

Doit-on forcément changer de banque ?

Non, de nombreuses banques proposent aujourd’hui des livrets ou des comptes d’épargne solidaire. L’association Finansol a mis en place un label pour mieux les repérer. Ils sont tous rassemblés sur son site internet.

Certains font cependant la démarche de rejoindre une banque éthique et engagée. Cyril, indépendant, a choisi d’ouvrir des livrets à terme pour son activité professionnelle. « Je me suis rapproché du mouvement Colibris, qui est proche de la banque la Nef. Ouvrir un compte dans cette banque est pour moi une des manières de faire ma part d’actions », explique-t-il. Aujourd’hui, entre 20 et 30% de son épargne est solidaire. A terme, il vise les 100%.

 

… Côté porteurs de projets solidaires

Quels projets peuvent bénéficier de la finance solidaire ?

« Il faut que la structure soit agréée ESUS (Entreprise solidaire d’utilité sociale) et son activité doit donc être principalement consacrée à l’utilité sociale, en luttant contre les exclusions, par exemple, ou pour un développement durable et citoyen », explique Sophie de Mazery.

Concrètement, en 2015, 22% des financements ont été attribués à des associations, 18% à des coopératives et 55% à des entreprises commerciales d’utilité sociale. Et pas besoin d’être très avancé dans le projet : le financement peut arriver en phase d’amorçage ou de consolidation.

Ainsi, la coopérative Terracoopa, qui propose une entreprise partagée pour les métiers agricoles et environnementaux, a pu bénéficier d’un prêt, en 2012, au moment de l’ouverture de la structure. Cela leur a permis d’équiper et d’ouvrir une ferme, qui est mise à disposition des différents entrepreneurs-salariés, pendant la phase de test de leur projet. Une forme de « coworking agricole ».

Joseph Leblanc, qui fait partie des fondateurs du projet, explique : « Nous avons bénéficié d’un prêt de 35.000 euros, sur sept ans. C’est la coopérative qui a emprunté et non les sociétaires, qui contribuent au remboursement via une cotisation annuelle. Cela facilite les entrées et les sorties ».

Simplon.co, un réseau d’écoles de formations gratuites au développement web à destination de personnes éloignées de l’emploi, a elle aussi été bénéficiaire de la finance solidaire, via un prêt de France Active. Le prêt, obtenu après un peu plus d’un an d’existence de Simplon.co, a permis notamment l’ouverture de nouveaux établissements, dont un à Boulogne-sur-Mer. « Ce projet n’aurait pas pu avoir lieu sans la finance solidaire, explique Erwan Kezzar, cofondateur de Simplon.co. Une banque n’aurait pas compris le projet, pas orienté sur la lucrativité. »

Suivant les formules, les montants et les situations, l’emprunteur bénéficie d’un taux d’intérêt spécialement bas, ou d’un dans le niveau du marché.

Je suis entrepreneur social, quelles démarches faire pour en bénéficier ?

Terracoop s’est adressé à France Active (via l’antenne locale du Languedoc Roussillon, l’Airdie) et la Nef. La coopérative a ainsi bénéficié d’un financement France Active, d’un emprunt à la Nef et de la garantie de France Active. « Notre projet était complètement nouveau, avec des apports personnels limités. Pour les banques, c’est difficile à financer. C’est notre banque mutualiste qui nous a orientés vers la finance solidaire ».

« Le mieux sera de s’adresser à un financeur solidaire, suivant son besoin : prêt, fonds propres ou garantie. Par exemple le réseau France Active ou encore les sociétés de capital-risque solidaire, détaille Sophie de Mazery. On recense une grande diversité d’acteurs qui couvrent tous les besoins des structures. »

Outre des taux d’intérêt intéressants, la finance solidaire offre des conditions solidaires. Par exemple, il n’y aura pas de garanties personnelles demandées pour un prêt.

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Rédigé par

Oriane Raffin

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