A vous de jouer !

No copyright!

Precious Plastic: le recyclage maison, des Etats-Unis à Roanne

Pas de frontière pour les machines: des Roannais bricoleurs adaptent des plans venus des Etats-Unis pour réutiliser du plastique.

L’ancienne gare de l’Hôpital-sur-Rhin, à côté de Roanne, abrite une association de joyeux bricoleurs-récupérateurs : Chantier Libre.

Chantier Libre est un fablab : un lieu où chacun peut venir réaliser ses projets et créer ce dont il a besoin en utilisant des machines-outils et des logiciels de création par ordinateur. Les utilisateurs viennent pour des créations de toutes tailles, de la pièce détachée à la maquette d’architecte : engrenage de jukebox, pièce de mobylette de collection, maquettes, drones…

localchantierlibre

En apparence, rien ne différencie les machines de Chantier Libre de celles trouvées dans des usines. Pourtant, elles sont fondamentalement différentes : les plans sont tous disponibles sur internet, comme la broyeuse de Precious Plastic, conçue aux Etats-Unis.

Precious Plastic, un projet nord-américain

Tout a commencé par l’envie de recycler du plastique : les membres de Chantier Libre veulent réutiliser les chutes de plastique de leur imprimante 3D et moins dépendre de l’extérieur pour leur approvisionnement. Comme pour le reste de leur parc, ils veulent assembler des machines en « open hardware », ou « matériel libre », c’est-à-dire avec des plans librement accessibles, pour être reproduits, modifiés, améliorés.

« On a d’abord assemblé une extrudeuse* pour récupérer les chutes de plastique (une machine qui donne une forme de fil épais au plastique pour pouvoir le travailler avec l’imprimante 3D). C’est une machine déjà utilisée par une grande communauté et connue pour sa compatibilité avec les imprimantes 3D. Mais le problème ne s’arrête pas là : pour pouvoir extruder, il faut d’abord broyer le plastique », explique Matthieu Dupont, l’un des fondateurs de Chantier Libre.

« On a tout essayé pour cette partie : une broyeuse à végétaux, un blender de cuisine… mais ça ne marchait pas bien. C’est là qu’une de nos membres a entendu parler de Precious Plastic, un projet américain qui propose un cycle complet de recyclage du plastique. On a décidé de se baser sur leurs plans pour notre broyeuse. »

Imaginer une version vélo !

Mais il ne suffit pas de suivre une recette, il faut aussi faire preuve d’imagination. La machine originale de Precious Plastic permet de broyer des pièces conséquentes, et nécessite un moteur puissant. L’association se rend rapidement compte que ce type de moteur est difficile à trouver et très cher.

Pour broyer des chutes d’imprimante 3D, pas besoin d’autant de puissance. Pourquoi pas… alimenter la machine avec un vélo (et la sueur des membres) ? Dans la droite ligne de l’open hardware, Chantier Libre est donc en train d’adapter la broyeuse de Precious Plastic pour se passer du moteur d’origine et l’adapter aux besoins du fablab.

extruder

L’extrudeuse transforme de petits morceaux de plastique (dans le goulot de bouteille, en haut) en ruban uniforme (en bas à gauche), prêt à être retravaillé

Conçue pour le continent africain, adaptée à Roanne

Chantier Libre – dont vous pouvez trouver tous les projets et les machines sur ce wiki – travaille également sur les plans d’une imprimante 3D fabriquée avec des pièces d’imprimantes classiques recyclées. Ils utilisent les plans de l’association TechforTrade, créés pour recycler les déchets électroniques en Afrique et faciliter l’accès des populations à des objets de base à travers l’impression 3D.

Là aussi, il a fallu quelques adaptations. « Les plans d’origine nécessitent des outils comme un poste à souder et une meuleuse. Pour des raisons de sécurité, peu de fablabs peuvent en avoir, expose Mathieu Dupont. Nous sommes donc en train d’adapter la machine d’origine pour la fabriquer avec d’autres éléments de base, comme la découpe laser et une autre imprimante 3D pour certaines pièces. »

Et que feront les Geo Trouvetou de Chantier Libre une fois que leur version de cette imprimante « d’occasion » sera au point ? Ou lorsque leur modèle de broyeuse alimentée par vélo fera ses preuves ? Ils publieront à leur tour les plans et la méthode d’assemblage sur internet, pour continuer à nourrir la communauté. Résultats : des projet co-conçus, d’un bout à l’autre du monde !

 

Créer ses propres machines, pour quoi faire ? 

L’open hardware, ou « matériel libre », est un mouvement qui permet la fabrication et la modification de machines par tout le monde.
Créer sa propre usine à la maison peut sembler démesuré, mais à l’échelle d’une communauté, c’est une révolution. Les machines démocratisent la fabrication d’outils et d’objets. Say Yess vous a déjà parlé des logiciels libres, qui composent un autre pan du mouvement « open source ». Pour les pays en développement ou les communautés marginalisées, c’est la possibilité de fonctionner sans avoir à passer par les grands circuits de distribution et de production.

Pour un fablab comme celui de Roanne, c’est l’occasion de créer ses outils sur mesure et d’apporter sa pierre à des projets internationaux comme Precious Plastic.

Auteur de l'article : Laure Jouteau

Laisse un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *