A vous de jouer !

Poussons les murs

Les grandes écoles pour tous!

Comment faire sa place dans une école prestigieuse lorsqu’on n’a pas les moyens de s’offrir une coûteuse classe prépa ? Des étudiants solidaires, acharnés de l’égalité des chances, aident les plus jeunes à s’imposer là où on ne les attend pas.

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Fils d’une femme de ménage et d’un agent d’entretien, Mourad Remili était peu prédestiné à intégrer Sciences Po. Il a pourtant préparé le concours durant son année de terminale… coaché par un groupe Facebook. « Il n’y a pas de professeurs en tant que tels mais des conseils d’étudiants sur les dossiers, la façon d’appréhender l’oral… Ca m’a permis de préparer les épreuves gratuitement », se souvient le jeune homme, qui entre en 2ème année sur le campus de Menton.

Via le site de l’association SOSciencesPo et les 9.000 membres du groupe en ligne, les aspirants sciences-pistes peuvent télécharger des fiches, faire corriger leur lettre de motivation ou encore passer des oraux blancs. « Nous les organisons par Skype donc la personne peut le faire autant depuis la campagne que depuis l’outremer. Certains, qui n’auraient jamais osé tenter Sciences Po, franchissent le pas. C’est notre objectif ! », se félicite Violette Toye, l’une des étudiantes responsables de l’association.

« On se dit que cette école n’est pas faite pour nous »

Au-delà des conseils techniques – ne pas faire l’impasse sur la socio, choisir une tenue confortable pour l’oral –, Mourad a apprécié le soutien moral de sa binôme, recrutée par SOSciencesPo. « Elle aussi vient d’une famille modeste. Ca m’a donné confiance car au début on se dit qu’une école pareille n’est pas faite pour nous », raconte-t-il.

Une fois intégré à la prestigieuse école, le jeune homme a soutenu à son tour une quinzaine de futurs candidats. « Pour moi c’était un devoir : contribuer à démocratiser cette école, montrer qu’elle n’est pas réservée à une élite », affirme-t-il.

La Chance aux concours lutte elle aussi contre cette forme d’autocensure chez les jeunes boursiers. Son combat à elle consiste à les préparer – gratuitement, toujours – aux concours des écoles de journalisme. Elles sont censées refléter la diversité de la société française, mais ont une fâcheuse tendance à recruter toujours dans les mêmes milieux !

« Les épreuves d’entrée exigent un niveau de culture générale très élevé, qui fait souvent défaut aux élèves boursiers. Il n’y avait pas forcément de livres chez eux, on ne les a pas souvent emmenés au théâtre ou au musée », souligne Lucie Guesdon, la coordinatrice de l’association.

Diversifier le recrutement des journalistes

Sans compter qu’écrire un synopsis, réaliser un reportage radio ou rédiger une dépêche d’agence demande une préparation technique. « J’ai vu le prix d’une prépa privée, une fois… Je me suis dit que j’allais devoir faire autrement », sourit Florian Dèbes, qui a suivi la préparation de La chance aux concours en parallèle de sa licence.

Cours tous les samedis, rencontres avec des journalistes, reportages à réaliser… la cadence est poussée. « Mais en arrivant au concours, j’avais déjà fait chaque exercice au moins une fois. Et la veille de l’oral de l’IPJ j’ai passé 3 heures au téléphone avec ma tutrice, journaliste. Par moi-même, jamais je n’aurais eu accès à des professionnels du secteur », assure-t-il.

C’est ainsi qu’un ancien comptable ou un jeune ambulancier ont eu leur chance dans les écoles de journalisme. Sur les 250 boursiers passés par l’association en 9 ans, environ 80% ont intégré la profession. Florian, lui, a été embauché aux Echos.

Depuis sa distinction par La France s’engage, La Chance aux Concours a essaimé à Strasbourg, Toulouse et Grenoble, en plus d’une déclinaison clermontoise. Un espoir de voir un jour les énarques ou les journalistes français ressembler un peu plus au reste de la société !

Cible Préparation: Allier école de commerce et solidarité

C’est une immense bâtisse de brique rouge, à Douai, et elle forme des générations d’étudiants solidaires. Les membres de l’association Cible sont tous d’anciens de cette prépa HEC de St Jean et, chaque année, ils consacrent trois semaines à préparer gratuitement des plus jeunes au bac ou aux concours des écoles de commerce.

L’un de ces stages est payant, réservé aux aspirants à une coûteuse école de commerce de Lille. Le pactole ainsi amassé permet de financer le reste des activités de l’association. Les étudiants coachent ainsi des jeunes de familles modestes pour le bac, en avril. Puis, en août, ils embarquent pour le campus de HEC, aider toute une promo de jeunes de ZEP à mieux se préparer à la prépa. « Comme on en sort tout juste, on peut leur donner les bons conseils sur la façon de faire des fiches ou de préparer les exercices de maths, mais aussi pour établir un planning et conserver une bonne hygiène de vie », estime Victoria Guerendel, 19 ans, ancienne de St Jean et en deuxième année de HEC. Le rythme de ces semaines « Cible » est intense mais, pour les anciens, c’est l’occasion de se retrouver et de faire la fête.

Cerise sur le livre d’éco : l’association dégage chaque année entre 10.000 et 15.000 euros, qui sont investis dans des projets de solidarité internationale. Une infirmerie en Inde ou une école en Afrique, financées indirectement par les jeunes studieux et aisés du Nord de la France. La solidarité a des circuits improbables !

Auteur de l'article : Hélène Seingier

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2 réponses pour "Les grandes écoles pour tous!"

  1. Simon dit :

    la première chose à rectifier c’est votre phrase de l’en-tête qui suggère qu’il faut faire une prépa couteuse pour entrer dans une grande école de prestige. Cliché quand tu nous tiens…Le système français est loin d’être parfait mais il offre tout de même la possibilité à tous ceux qui veulent se la donner la chance d’entrer dans de très bonnes prépas publiques et gratuites puis de rentrer avec beaucoup de travail (dans le public comme dans le privé) dans les meilleures écoles élitistes, elles aussi gratuites pour les boursier. Qu’on se le dise.

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