Agir au quotidien

Ce que m’impliquer dans une ressourcerie m’a apporté

Publié le 9 août 2016

Vous connaissez les ressourceries, ces lieux dans lesquels les objets sont collectés, remis en état et vendus à de nouveaux acheteurs ? Salariés et bénévoles sont au cœur de ce dispositif… qui leur rend énormément. Danièle et Essia nous expliquent comment leur regard a changé depuis leur passage en ressourcerie.

« Faire la différence entre envie et besoin »

Une société qui consomme, encore et encore. Essia, 30 ans, se dit « dégoutée » par notre capacité à accumuler les objets en tout genre. Et si, avant de travailler dans une ressoucerie, la jeune femme était déjà sensible à la problématique de la gestion des déchets, ses trois ans passés dans une structure de réemploi l’ont confortée dans sa volonté de consommer autrement. Aujourd’hui, la jeune femme se pose davantage de questions encore avant d’acheter. « J’essaie de faire en sorte que consommer ne soit plus un réflexe, que ce soit neuf ou d’occasion. Il faut apprendre à faire la différence entre envie et besoin », affirme-t-elle.

Respecter les objets et le travail qu’il y a derrière

Danièle aussi est attristée par cette surconsommation. Les années passées à voir s’accumuler les montagnes d’objets donnés ont ouvert les yeux à cette retraitée dynamique. En quinze ans de bénévolat dans une ressourcerie de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, elle a pris conscience que les objets avaient une valeur au-delà de leur prix : ils sont le fruit d’un travail qu’il faut également valoriser. Jeter un objet qui pourrait servir à quelqu’un d’autre c’est un manque de respect pour les personnes qui y ont consacré du temps et de l’énergie. Elle a trouvé une solution à cela : en achetant dans une ressourcerie on s’engage implicitement à prendre soin de l’objet, à ne pas le sortir du circuit de sitôt. Et c’est ce qui lui plait : «Dans une ressourcerie on valorise les objets, et les personnes ! ».

Belloccas
Découvrir ce qu’est vraiment le travail en insertion

Ancienne puéricultrice, Danièle voulait continuer dans le social après la retraite, mais « pas dans le social pur, [elle] voulait quelque chose qui tire les gens vers le haut ». Etre bénévole à la ressourcerie lui a permis de découvrir le travail en insertion. D’après elle c’est la solution pour aider les personnes en situation de précarité à retrouver une situation stable, sans les rendre dépendants. Toutefois elle ne l’idéalise pas et a également pris consciences des difficultés que cela représentait : « ils ont parfois du mal à se motiver, ou à s’attacher à leur poste, parce qu’ils savent que c’est du court terme. » Pour que ça marche, il faut que les travailleurs soient convaincus que grâce à ce contrat, ils pourront s’en sortir. « Parce que le travail est dur, tout le monde n’irait pas trier les déchets des autres, mais quand ils voient que le chiffre d’affaire a augmenté grâce à eux, alors ils se sentent utiles, et valorisés », se félicite Danièle.

Encaisser les critiques

L’importance de croire à la démarche, d’adhérer au concept, Essia en parle aussi. Pour elle le plus dur est d’encaisser les critiques, notamment quand on accuse les ressourceries de se faire de l’argent sur les dos des gens, en vendant ce qu’on leur a donné. Essia s’indigne « il faut voir le boulot qu’il y a derrière, le tri, le nettoyage, la réparation ! » : les objets gagnent de la valeur dans les mains des bénévoles.

Alors il faut s’armer de bons arguments et être convaincue que l’on fait quelque chose de bien, pour ne pas se remettre en question tous les jours. Elle a dû apprendre à débattre avec des gens hostiles aux arguments environnementaux et développer un certain sens de la répartie. Essia considère que ses années de salariée dans la ressourcerie ont été une réelle formation. « J’ai dû apprendre à être polyvalente, à écouter les gens, discuter, parfois gérer un conflit, tout en continuant à travailler. »

Sortir de sa zone de confort

« Dans une ville comme Paris, les maisons de quartier ont un rôle indispensable à jouer », affirme Essia. Elles permettent de rassembler, de créer un sentiment de proximité entre des gens qui ne partagent rien. Et même pour les salariés ! Elle a ainsi rencontré des personnes isolées, ou au parcours de vie chaotique, qui venaient chercher non pas une lampe de récup’, mais une oreille, une présence.

La ressourcerie dans laquelle Danièle est bénévole, en milieu rural, n’est pas pour l’instant un lieu de vie, au-delà de la boutique. Mais ce n’est qu’une question de mois : l’équipe veut monter des ateliers et des expositions. Une façon d’ « animer le territoire autrement », se félicite Danièle, sans rester dans une zone de confort. Et surtout, de tisser des liens avec d’autres associations. Ce qui permet aux ressourceries de jouer pleinement leur rôle central : être des lieux de rencontre entre bénévoles, salariés en réinsertion, acheteurs, donneurs, personnes isolées, passants, curieux, chineurs, etc. Et c’est là leur plus grande richesse.

Relisez nos articles sur les ressouceries, et le métier de valoriste, pour comprendre ce que faisaient Danièle et Essia au quotidien.

 

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Rédigé par

Alice Goubert

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Bouquet Danièle

Publié le 04 mai 2017

merci à Alice Goubert pour avoir capté avec justesse tous les enjeux et l'avenir des ressourceries pour un partage équitable et l'émergence de nouvelles valeurs.

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