Agir au quotidien

Apprendre à créer sa coopérative en 15 jours: mission accomplie

Publié le 18 juillet 2016

Notre journaliste Célia Prot a choisi de participer à Campus Coopératives, une école internationale pour apprendre à monter et gérer sa coopérative. Elle nous raconte son expérience.

Convaincue que l’ESS et les structures coopératives sont l’avenir d’un quotidien plus doux, des rêves de petites entreprises me chatouillent l’esprit. Alors quand j’ai entendu parlé de Campus Coopératives, une école internationale d’été pour les jeunes créateurs d’entreprises coopératives, organisée par l’URSCOP Poitou-Charentes, je n’ai pas hésité à me lancer dans l’aventure.

Tout a commencé il y a deux ans. Dans le studio de la radio pour laquelle je travaillais. Une dizaine de jeunes survoltés, aux traits tirés, venaient dresser le bilan de leur quinze jours intensifs dans la peau de créateurs d’entreprises. Je découvrais alors Campus Coopératives et une petit voix raisonnait en moi, « la prochaine édition elle est pour moi ».

Deux ans et une candidature plus tard, me voilà fixée, je suis choisie pour participer à cette aventure, aux côtés de 29 acolytes francophones de 18 à 36 ans. A la réception des informations pratiques et de notre emploi du temps les visages heureux mais fatigués des participants de l’édition 2014 me reviennent en mémoire. Le programme promet d’être chargé. A la hauteur du défi qui nous attend : penser et construite de A à Z le plan d’affaire d’une Société Coopérative de Production (SCOP) ou d’une Société Coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

Une richesse des profils

Le tout en équipe, avec des inconnus. Ou presque : quelques jours avant le jour J, nous recevons un trombinoscope. Togolais, Béninois, Congolais, Marocain, Québécois, Français… La certitude que ces quinze jours s’annoncent riches s’empare de moi.

Une certitude confirmée par la soirée de lancement, au Plan B, bar culturel et solidaire à Poitiers. Après une brève présentation de ce qui nous attend, c’est à nous de nous lancer. Un par un, au micro sur une petit estrade, nous nous présentons et livrons le pourquoi de notre venue. Pourtant habituée aux micros, j’ai ressenti cette petite dose d’adrénaline et de stress, en voyant cette trentaine de paires d’yeux posées sur moi. Si je découvre que nous sommes tous animés par l’envie d’en savoir plus sur l’économie sociale et solidaire, je constate aussi que nos parcours sont très variés. J’ai hâte de rentrer dans le vif du sujet.

Envie d’en savoir plus sur les coopératives ? Retrouvez de nombreux articles par ici.
Cinq groupes de coopérateurs

Lundi 27 juin : premier jour de travail. La journée préfigure l’organisation type de cette quinzaine. Un petit déjeuner partagé, une matinée de conférence avec des créateurs d’entreprises, des sociologues, des consultants, des militants, des après-midi consacrées à du travail d’équipe, à des visites de SCOP, des speed dating financiers, des tables rondes et des soirées studieuses pour construire notre plan d’affaire, le tout saupoudré d’un peu de sport pour nous changer les idées.

Avant tout, il a fallu constituer des groupes de travail, apprendre à nous connaître pour se regrouper autour de projets communs. A l’aide de jeux placés sous le signe du dessin, du chant et d’échanges en tous genres, nous nous sommes découverts doucement. En deux demi-journées on relevait le défi de former cinq groupes de coopérateurs.

Au programme de nos entreprises : de l’élevage d’insectes pour pallier la surconsommation de viande, une académie low tech où l’âge du faire est à l’honneur et à portée de tous, une société de communication solidaire à destination des populations vulnérables, un tiers lieu véritable terminal d’échange et de ressources artistiques et artisanales et des paniers agri-culturels où produits locaux et culture se côtoient chaque mois pour le plaisir des abonnés.

L’expérience de la démocratie

Une fois les groupes formés tout est allé très vite. Accompagnés par les coachs de l’Union Régionale des SCOP du Poitou-Charentes (URSCOP), nos plans d’affaires ont pris forme. Étude de l’environnement, du marché, de nos stratégies marketing, de communication, de la gouvernance, et des gros sous. De jour en jour, les projets se sont affinés, jusqu’à être conscrit dans une quarantaine de pages chacun. Un défi. Plus encore à cinq ou sept. « Il a fallu prendre le temps d’apprendre à coopérer, écouter, comprendre les points de vue des uns et des autres, sans perdre de vue l’objectif ambitieux de définir ce plan d’affaires en deux semaines », résume Pauline, mon acolyte dans le groupe des Picta’culteurs (paniers agri-culturels).

Antoine, membre du Tiers Lieu ajoute, «  ça n’a pas été simple lorsque nous n’étions encore qu’à la conception de notre projet. Cette phase est déjà complexe avec des personnes qui sont nos amis depuis des années par exemple, alors forcément, avec des inconnus, l’aventure implique un fonctionnement de communication ouvert et sincère, et l’expérience réelle de la démocratie. Tout va très vite, et deux semaines c’est très peu pour monter un projet et une coopérative ! C’est aussi ce qui est bon… Le coup de boost que je venais chercher. »

Sur cet esprit de bienveillance et de coopération, Sofia, de l’URSCOP, qui nous a suivis pendant cette quinzaine ajoute,  « on ne naît pas coopérateur, on le devient ! ». « En résumé, notre société individualiste ne nous a pas appris à collaborer et à coopérer ensemble. Nous nous devons aujourd’hui de former les générations en quête de sens (qui souhaitent faire autrement) pour les aider à développer ce potentiel que peu leur permettent de dévoiler ».

Des différences transformées en richesses

Nous former. Le mot est juste. Former au travail coopératif, à la rédaction d’un plan d’affaire mais aussi à sa présentation devant un jury, le dernier jour, devant des élus, des banquiers, des représentants de l’université, des créateurs d’entreprises, et la PDG de la SCOP Alternatives Économiques. Une expérience de créateurs de coopératives intensives, de A à Z.

Quand Julia me résume son aventure, je ne peux que la rejoindre et vous conseiller l’édition 2018 pour ces mêmes raisons : « je savais que j’allais vivre en collectif pendant 15 jours mais je ne pensais pas qu’un tel esprit communautaire allait s’instaurer. Quand j’utilise le mot communauté, ce n’est pas dans le sens sectaire, de l’entre soi…mais communautaire en terme de partage de vie, d’un quotidien et de certaines convictions. Nos différences ont contribué à rendre notre groupe si riche. »

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Rédigé par

Célia Prot

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FRANSSEN

Publié le 19 juillet 2016

Oui ce fut un très beau moment, une forme de spiritualité entrepreneurial, là où le travail même intensif ne se transforme plus en burn out mais est véritablement un constructeur de l'individuation. J'ai aussi passé un moment fort et inoubliable à campus coop. Chacun l'a vécu à sa manière et l'a décris avec ses mots, imaginons pouvoir récréer une ambiance aussi forte en humanisme en entreprise, quotidiennement en un peu moins intensif, est-ce une solution à la crise ? Est-ce une crise de la compétition, système qui arriverait à bout de souffle ? La coopération semble être une énergie qui porte sans détruire quand la compétition porte mais laisse des personnes blessées sur le bord du chemin. Merci pour ton témoignage, il faut en parler !

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