Projets inspirants, créateurs inspirés

Morgann, la colère comme carburant

Publié le 13 juillet 2016

A 19 ans, Morgann Pernot a une double vie. Le jour, elle étudie la philo et les sciences politiques. La nuit, elle orchestre la solidarité pour les mineurs étrangers perdus dans les rues de Paris. Portrait d’une enragée de l’injustice.

« Morgann, c’est la maman de tous les garçons ! », assure Wahid dans un grand sourire. Lorsque cet Afghan de 15 ans au visage poupon a échoué sur un trottoir de Paris, après un interminable périple, l’étudiante a été l’une des premières à lui venir en aide.

Motivés, engagés, convaincus… cet été, Say Yess dresse le portrait de jeunes bien décidés à agir pour une société meilleure. Retrouvez le portrait de Samuel Gautier, qui veut faire sortir les gens de « cet enfer qu’est la prison ».

Carrure fluette et portable toujours à portée de main, la jeune fille orchestre un vaste réseau de solidarité autour des mineurs afghans ou soudanais qui se retrouvent, sans leur famille, dans les rues parisiennes. Tout pour éviter à ces dizaines d’ados de dormir sous les ponts avec les réfugiés adultes, tout pour leur décrocher un rendez-vous médical ou une prise en charge par l’aide sociale à l’enfance.

« Elle est d’un dévouement invraisemblable. Je l’ai vue jusqu’à 2h du matin, à la gare de l’Est, appeler et laisser des messages pour aider les gamins. Puis elle te dit : ‘Je dois arrêter, là, il faut que je termine une dissert’ ’. Tout ça avec son look de petite nana des beaux quartiers ! », s’étonne Aubépine, qui a co-fondé avec elle le Collectif parisien de soutien aux exilés.

Une banlieusarde à Sciences-Po

En réalité, Morgann vient des Ulis, en banlieue parisienne. Il y a deux ans, à la faveur d’une convention ZEP, elle débarque à Sciences Po… et se découvre la rage de changer les choses. « C’est une école hyper élitiste, la majorité des élèves viennent de trois ou quatre lycées parisiens ! J’ai la chance d’être blanche et d’une famille pas pauvre, mais j’ai bien senti le rejet », se souvient-elle.

En colère « contre le système, sans vouloir jouer l’anarchiste », elle décide de se lancer dans un combat « politique mais a-partisan » et choisit d’abord l’association Génépi, qui œuvre auprès des détenus. Parmi ses lectures, celle qui étudie en double cursus de philo cite Deleuze, Nietzche, Foucault… « Un peu lambda quand on est jeune et un peu rebelle », sourit-elle.

Et puis, l’été dernier, elle est rattrapée par le drame de ces migrants enfin arrivés au pays des droits de l’Homme mais obligés de dormir à la rue. Elle lance une collecte avec le Génépi, s’investit auprès des exilés qui squattent un lycée… et plonge la tête la première dans la cause, allant jusqu’à héberger du monde dans son studio de 15m2.

Née du bon côté de la frontière

« Je dors réfugiés, je mange vegan, qui est un autre combat politique, pour les animaux non-humains, dit posément Morgann. J’essaie de plier les aspects de ma vie à l’éthique que je défends, pour être légitime. »

A travers le groupe du Collectif sur Facebook, des centaines de citoyen-ne-s s’engagent auprès des migrants, notamment mineurs. Mais la rebelle voudrait aller plus loin, politiser les choses, répandre le refus des frontières. « Des volontaires se retrouvent à faire de l’aide humanitaire alors que l’Etat a les moyens d’accueillir ces personnes mais ne le fait pas. Le problème est politique ! », s’emporte-t-elle.

« Elle a parfois un côté assez dur. Elle dit qu’elle agit seulement parce c’est un devoir d’humain, poursuit Aubépine. Mais parfois elle écrit des textes à vous tirer les larmes, tellement c’est magnifique d’empathie. Elle est vraiment traversée par ce combat, elle ne se protège pas beaucoup. »

Prison, réfugiés, véganisme… au fond, ce qui anime Morgann est une certaine idée de la justice. « Pas au sens pénal, mais au sens de l’égalité, nuance-t-elle. Je peux aller en Angleterre demain si je veux, mais des amis doivent rester 6 mois dans la jungle de Calais pour espérer y arriver, et mourront peut-être en essayant de monter dans un camion. Tout ça parce que je suis née du bon coté de la frontière… »

Ces injustices lui donnent de l’énergie, dit-elle. La source de carburant n’est malheureusement pas prête de s’épuiser.

Vous avez un peu de temps à consacrer aux personnes qui ont fui leur pays ? Découvrez par exemple ce que font les bénévoles du camp de Grande Synthe, près de Dunkerque. Qui sait, peut-être rejoindrez-vous les équipes !
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Rédigé par

Hélène Seingier

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