A vous de jouer !

En direct des Eurockéennes

Sons et handicap – Des musiques à expériences

La musique expérimentale offre un moyen d’expression aux personnes porteuses de handicap mental. Deux associations proposent des expérimentations sonores hors du commun et sont présentes aux Eurockéennes de Belfort.

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Festivaliers survoltés, cornets de frites et grand soleil sur la prairie – à première vue, cette zone du festival des Eurockéennes ressemble à toutes les autres. Mais sous la tente All Access, on commande sa bière en langue des signes, on discute avec des sportifs en fauteuil roulant et on peut même créer des musiques uniques au monde.

« C’est étonnant, il n’y a plus de touches, plus rien, on touche juste cette bandelette », s’amuse un festivalier à chapeau orange en faisant jouer ses doigts sur une boîte en bois. Titillez un bouton, la réverbération s’emballe. Bidouillez l’autre, et c’est un bourdonnement de dessin animé qui semble sortir des amplis.

Cet instrument décalé, comme des dizaines d’autres, est l’œuvre de l’association BrutPop, qui veut ouvrir la création musicale à tous les publics, notamment handicapés. « On conçoit les instruments dans des FabLab, avec la communauté des bidouilleurs, raconte Antoine Capet, éducateur et amateur de musiques imparfaites. On leur donne un cahier des charges, par exemple une guitare électrique qui soit légère et adaptée à une personne dont la main est tordue. » Résultat : un instrument en contreplaqué, à trois cordes, sur lesquelles il suffit de faire glisser un petit chariot pour créer des accords.

Transmettre des émotions brutes

Derrière lui, deux ados s’emballent sur des boîtiers reliés à un ordinateur : la BrutBox. Arthur, 14 ans, crée les percussions avec deux boutons pendant qu’Adel, 15 ans, balance des sons électroniques en faisant danser sa main au-dessus d’un capteur de mouvement. « J’ai l’impression de mixer comme David Guetta ! », rigole-t-il.

Eurockéennes handicap Brutobox

« L’idée n’est pas de jouer bien, des belles notes, mais de transmettre des émotions brutes. On veut aborder le handicap sans pathos, en montrant que ce sont des personnes ultra créatives, notamment celles qui ont le langage un peu défaillant », complète Antoine Capet.

A chaque atelier ou résidence qu’ils organisent dans un établissement pour personnes handicapées, les acolytes de BrutPop sortent un disque. Certains séduisent de petits labels de musique expérimentale et le site Vice y a même consacré un documentaire.

S’immerger dans le son et communiquer

Un peu plus loin sous la tente, le groupe des Harry’s prépare son concert. Composée de six jeunes autistes – dont deux sont présents aujourd’hui –, la bande est née à l’hôpital de jour d’Antony, en région parisienne, géré par l’association Elan retrouvé.

Quentin, 23 ans, un casque bleu vissé sur les oreilles, déambule un peu perdu entre les festivaliers et répond à peine aux questions. Mais une fois au micro, il se métamorphose en un chanteur-conteur à la tchatche impressionnante. « Bon sang Lucie, mais qu’est-ce que tu fabriques ? ». Son texte ressemble à une pièce de théâtre dont il jouerait tous les personnages à la fois.

En face de lui, Quentin, grand gaillard aux jambes perpétuellement en mouvement, fabrique une nappe sonore inégale sur un mini-synthé, le sourire jusqu’aux oreilles. « Quand je fais de la musique, j’aime bien parce que ça me fait des émotions. Et les gens s’intéressent mieux à moi, ils me disent que j’ai du talent », confie-t-il de son débit lent et hésitant.

Eurockeennes handicap Jerome

Quelques minutes plus tard, c’est à lui de se lancer dans un récit-mantra sur les vacances tandis que Quentin, hilare, donne le rythme, baguettes à la main, sur une sorte de guitare électrique horizontale. A leurs côtés se trouvent les deux fondateurs du groupe, Julien Bancilhon, luthier et psychologue de l’hôpital de jour, et Franq de Quengo, disquaire et artisan du festival de musique expérimentale Sonic Protest.

« C’est une musique directe, spontanée, sans blabla, commente ce dernier. Ils plongent dans le son et communiquent entre eux à travers la musique, alors que les personnes autistes sont normalement chacune dans son monde. »

Le groupe des Harry’s, qui vient de sortir son nouvel album, anime même son émission, « Radio Tisto », sur les ondes de Radio Libertaire. Au menu : commentaires sportifs imaginaires, bruitages incongrus et harmonies jamais entendues.

Eurockéennes handicap Quentin2

Cette année, Say Yess est partenaire des Eurockéennes de Belfort. Découvrez notamment, dans cet article, les initiatives du festival à destination des personnes en situation de handicap.
Auteur de l'article : Hélène Seingier

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