Projets inspirants, créateurs inspirés

The Inspector Cluzo : l’autonomie music’alimentaire

Publié le 1 juillet 2016

Lorsqu’ils ne sont pas en tournée au Japon ou en Colombie, les rockers de The Inspecteur Cluzo élèvent des oies dans le sud-ouest, auto-produisant leur musique autant que leur nourriture. Laurent Lacrouts, le guitariste chevelu du duo, a répondu aux questions de Say Yess.

Allô, je vous dérange ? Vous devez être en pleine promo à Paris.

Non, j’étais en train de transporter des tuyaux d’irrigation pour les installer dans le maïs.

Qu’est-ce qui est venu en premier : l’auto-production de la musique ou l’autonomie agricole ?

On a commencé par la musique. On fait tout nous-même : le label, le management, l’organisation des tournées, le merchandising… C’est du 360°, classique à un niveau amateur mais très rare au niveau international. On a décidé de ne pas accepter les propositions de majors et de surenchérir sur le côté autonome. C’est pour ça qu’on a mis du temps à pénétrer le modèle français. Mais au Japon, par exemple, on a marché directement parce qu’il n’y a pas d’étiquette : que tu viennes d’Universal ou du fin fond de ta campagne, c’est ta musique qui compte.

L’idée de devenir agriculteurs est venue après ?

Avec Mathieu (Jourdain, le batteur à béret), on s’est rencontrés en classe prépa scientifique il y a 21 ans, à Mont-de-Marsan. Depuis on a un peu dévié ! Dès qu’il y a eu internet à la campagne, on s’est dit : « On rentre chez nous, dans les Landes, là-bas aussi on sera connectés. »

On a un héritage, nos grands-parents étaient agriculteurs. Avec notre ferme, on veut contribuer à un autre modèle que celui de l’agro-industrie, qui fait n’importe quoi. On a décidé d’être autonome alimentairement parlant pour être complètement libres. On n’achète que le pain et le vin donc on économise, et ça contribue à notre autonomie musicale.

Aller à la campagne pour trouver l’inspiration, je comprends. Mais pourquoi devenir agriculteurs, avec toutes les contraintes que ça comporte ?

Déjà, il y a la distance sociologique, philosophique, intellectuelle… On est coupés de la ville et c’est pour ça aussi que notre musique est hors format.

Ensuite, pour nous, il n’y a pas de campagne sans agriculteurs. On organise des plumaires, par exemple : les gens de tous horizons viennent plumer les oies, nos copains qui sont rugbymen professionnels et des voisins de 90 ans. C’est extrêmement festif.

Et artistiquement ça nous nourrit. Pendant les 3 mois de gros travaux agricoles, on ne touche pas les instrus, mais on sait qu’on est en train d’écrire des chansons. Et après je peux te dire que ça sort !

Souvent, le soir, je joue de la guitare sur le perron. On est dans la tradition du blues, né de la pénibilité du travail des Africains esclaves dans les champs. Il y a un transfert d’énergie de la terre à la musique, et c’est un scientifique qui te dit ça.

TheInspectorCluzo

Donc vous êtes à la fois dans l’ultra local et le très global ?

On a eu la chance de visiter 47 pays. Le fait d’appartenir à un territoire, à une culture particulière, nous donne un passeport pour comprendre la diversité des autres.

Cette énergie de la tierra madre, la terre nourricière, les Sud-Américains et les Japonais y sont particulièrement connectés. C’est une des raisons pour lesquelles on marche si bien là-bas. Et puis on est de la région des mousquetaires, il y a cet esprit de combat positif, comme les samouraïs ou les gauchos argentins.

Vous jouez aux Eurockéennes de Belfort début juillet. Est-ce que vous choisissez vos festivals ?

Oui, déjà on respecte les calendriers agricoles : on a refusé 20 dates en novembre-décembre parce que c’est la période de gavage. Et puis les Eurocks ou les Vieilles Charrues sont parmi les rares gros festivals indépendants, qui ne profitent pas à des tourneurs professionnels. C’est une association qui régit le truc, l’argent provient de la billetterie, c’est clean.

Un message pour les lecteurs de Say Yess ?

On est très peu moralistes, ce n’est pas dans mentalité locale. La seule chose : ne pas se laisser se décourager par les murs. Il faut essayer de réaliser ses rêves ; s’ils sont structurés et réfléchis, c’est possible. Hier, des éducateurs sont venus avec des enfants déscolarisés, pour leur montrer que s’ils s’instruisent, à leur façon, ils peuvent réussir un projet fort. Je trouve la France dure avec les jeunes, j’ai envie de dire : « Arrêtez de les brider, foutez leur la paix. »

Après plus de 800 dates dans 47 pays, The Inspector Cluzo sera en concert aux Eurockéennes de Belfort le samedi 2 juillet à 19h15, sur la scène La Plage.

 Le documentaire, Rockfarmers :

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Rédigé par

Hélène Seingier

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