Culture

Ce matin, un musée s’est garé devant mon école

Publié le 24 juin 2016

Depuis 2011, un étrange camion transporte l’art contemporain vers les enfants éloignés des musées, en France et ailleurs. Visite du MuMo (Musée Mobile) avec une classe de CE1 de Chennevières-sur-Marne, en banlieue parisienne.

Il y a d’abord ce camion rouge, sur la place de la mairie, dont la remorque se déploie à la verticale. Puis cet immense lapin gonflable qui apparaît au sommet – une œuvre de Paul McCarthy. Lorsque les écoliers sont invités à regarder dans un œilleton de la paroi, chacun leur tour, la curiosité est à son comble.

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biche« Alors, qu’avez-vous vu ? demande Lucie Avril, 29 ans, responsable du MuMo.
– Une chèvre ! Un flamant rose ! Une biche colorée !
Pourtant, vous avez tous regardé la même œuvre, de Mauricio Cattelan. Mais comme vous ne voyez pas l’animal en entier et qu’il est couvert de peinture, vous utilisez votre imagi…
– …natioooon !
– Voilà. C’est la magie de l’art : une seule œuvre mais plein de regards différents.
»

La scène se déroule plusieurs fois par semaine, depuis 2011, dans une commune différente à chaque fois. La remorque du musée mobile recèle 14 œuvres contemporaines, spécialement conçues pour les 6-12 ans. « Apprendre à regarder est aussi important qu’apprendre à lire et à écrire », apprécie Daniel Buren, qui a imaginé les rayures blanches sur les flancs du camion-musée.

Réduire la distance symbolique avec les musées

Ramatoulaye et Maelys, épatées par des tableaux en épluchures de légumes, n’étaient allées qu’une fois au musée, et en bus. « Là, on est venu à pied depuis l’école. Ca donne envie d’en visiter d’autres », assure Ramatoulaye.

Farhad_MoshiriSon œuvre préférée a été la vidéo de Farhad Moshiri, à l’étage : « Je n’avais jamais vu ça : c’est comme si les maisons étaient en chocolat et que quelqu’un les mangeait, ou comme si le vent les emportait. »

Le MuMo se déplace à la demande des écoles et des centres de loisir, en France mais aussi en Europe et en Afrique. La moitié de ses destinations sont des villages de moins de 2.000 habitants ou des quartiers prioritaires de la politique de la ville. « Sur les 80.000 visiteurs, plus de la moitié n’avaient jamais mis les pieds dans un musée, expose Lucie Avril. L’objectif est de réduire les barrières géographiques mais aussi symboliques entre une partie de la population et les lieux d’art. »

Chaque déplacement du camion coûte environ 1.500 euros, répartis – dans l’ordre – entre le mécénat privé, la direction régionale d’art contemporain et, parfois, la mairie d’accueil. Une passante râle : « Ah la mairie a de l’argent pour ça alors qu’elle augmente nos impôts ? »

Reconnecter les habitants avec les lieux d’art

Mais la plupart du temps, cette (re)connexion avec l’art fonctionne. Dans un village breton, par exemple, le MuMo a renoué les liens entre les enseignants et la galerie locale. « Ailleurs, des écoles découvrent le dispositif ‘Une heure, une œuvre’, qui permet de faire venir en classe une œuvre du Fonds régional d’art contemporain », poursuit Lucie Avril.

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Parmi les CE1 de Chennevières, l’œuvre de James Turrell fait l’unanimité. « J’avais l’impression d’être au paradis », s’émerveille Rafaël, après quelques minutes à l’intérieur de la sphère lumineuse. Aglaé s’est vue « dans le futur », Joseph s’est senti « partir en voyage »… Tout ça sur le parking de la mairie.

Le MuMo en 2016-2017

La tournée du MuMo se poursuit jusqu’à la fin du mois, avec notamment une porte ouverte le 25 juin 2016 à Trappes (place des Merisiers, de 13h à 20h).

Quelques dates sont encore disponibles pour 2016-2017. Cette fois, le MuMo puisera sa collection dans les fonds régionaux d’art contemporain.

 

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Rédigé par

Hélène Seingier

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