Sports & loisirs

Feria, alcool et ballon rond : pour un été sans violences sexistes

Publié le 17 juin 2016

L’Euro de football bat son plein et les réjouissances estivales approchent. Associations et municipalités se mobilisent pour rappeler que fête ne doit pas rimer avec agressions contre les femmes.

Raymond Domenech mouille le maillot pour combattre les violences conjugales ! Son étrange tweet #JeNeSupportePasLesBleus a fait le buzz. L’ancien sélectionneur prête en fait son image à l’association Elle’s imagine’nt dans une campagne de communication un brin provoc’, rappelant que, pendant l’Euro 2016, 10 femmes mourront sous les coups de leur compagnon.


Si les violences faites aux femmes ne sont pas l’apanage des milieux sportifs – rappelons que les violences conjugales concernent une femme sur dix en France, tous milieux confondus -, les tribunes de stades de foot ne font pas toujours dans la dentelle. Récemment, la propriétaire du club de l’OM, Margarita Louis-Dreyfus, a eu droit à une banderole délicate : «Retourne à ton vrai métier, femme au foyer».

La troisième mi-temps des grandes compétitions sportives…

Affiche nid contre prostitutionAutre problème, la prostitution. On se rappelle du milliard de préservatifs demandé par l’Afrique du Sud lors du Mondial de foot de 2010 ou des bordels géants créés en 2014 en Allemagne… Un tourisme sexuel de grande ampleur à chaque fois dénoncé par les ONG, malgré le manque criant d’études sur le sujet. Yves Raibaud, chercheur sur le genre dans l’espace public au CNRS, rappelle : “Des milliers d’hommes seuls vont venir assister aux matchs – seulement 5 à 10% des supporters sont des supportrices ; 15 à 35% des Européens ont eu recours au moins une fois à la prostitution. Et 10% du chiffre d’affaires du tourisme mondial concerne le tourisme sexuel.”

Pour lui, les pouvoirs publics doivent s’emparer de ce problème : “Comme l’alcool ou la vitesse au volant, l’information et le rappel de la loi ont un puissant effet dissuasif. Les supporters hollandais ou espagnols, dont les pays sont plus laxistes en matière de prostitution, ne savent probablement pas qu’en France le client est pénalisé depuis avril 2016”, ajoute Grégoire Théry, le secrétaire général du Mouvement du Nid, une association de protection des personnes prostituées.

Les 10 villes françaises accueillant les matchs de l’Euro vont se couvrir d’affiches créées par son association en partenariat avec la Mairie de Paris. Le slogan: “Le prix d’une passe n’est pas celui que tu crois.”

L’arsenal préventif de la ville de Bayonne

Autre ambiance, autre époque. Chaque été, la paisible ville de Bayonne accueille un million de visiteurs pour 5 nuits de liesse, lors de ses célèbres « Fêtes ». Un cocktail explosif de musique, danses et libations, propice aux agressions des femmes. La mairie a pris le taureau par les cornes il y a 10 ans. Son idée ? Faire des hommes des alliés dans la lutte contre les violences sexistes. “Même si il y a quelques cinglés, les hommes ne sont pas nos ennemis”, rappelle Martine Bisauta, adjointe municipale à l’origine de cette campagne de prévention originale.Bayonne contre violences sexistes

La ville a donc créé un kit préventif pour les fêtes. Le badge “Pour que la fête soit plus belle, j’y contribue” engage le festivalier à respecter “la charte du festayre”. Elle encourage non seulement au respect de l’environnement (pas de gobelets à terre), au respect des Bayonnais (une tenue vestimentaire propre et décente) mais aussi à réagir en cas de comportement sexiste et violent envers les femmes. Sensibilisés, les cafetiers et les penas s’engagent à secourir des femmes en cas de besoin. Des affiches rappellent aussi, sobrement mais fermement, que “Le viol est puni de 15 ans de prison” et le très militant planning familial assure une permanence téléphonique 24h/24.

Difficile d’évaluer concrètement le nombre de drames ainsi évités. Mais la police admet qu’il y a globalement moins d’agressions (déclarées) qu’il y a 10 ans. “En tous cas, chacun est devenu plus attentif aux autres. Les hommes ont pris conscience qu’on était tous co-responsables”, conclut Martine Bisauta.

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Rédigé par

Sophie Babaz

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