Tendances de l'emploi

Ces salariés qui reprennent leur industrie en SCOP

Publié le 15 juin 2016

Le modèle coopératif ne séduit pas seulement les travailleurs du numérique ou du tertiaire. Chaque année, des ouvriers reprennent leurs industries, ensemble, pour sauver leurs usines. Rencontre avec des salariés-associés motivés.

Ex-secrétaire, Véronique s’occupe des ressources humaines. Bernard assure la R&D après avoir été responsable qualité. Et Christophe, autrefois chef de ligne, est aujourd’hui l’heureux président (élu, s’il vous plaît) de la SCOP de crèmes glacées la Fabrique du Sud, à Carcassonne.

Le savoir-faire de l’usine a bien failli disparaître en 2012 avec la fermeture de l’usine Pilpa par son propriétaire, un fonds de pension américain. Mais en avril 2014, après une lutte syndicale intense, une vingtaine de salariés reprennent l’entreprise en SCOP (Société Coopérative et Participative) et réinventent leur activité en mieux.

« On reprend en main notre savoir-faire et on le valorise. C’est gratifiant », détaille Christophe Barbier, président du Conseil d’Administration. Fini le lait en poudre, la Fabrique du Sud utilise du lait entier. Pas de colorants synthétiques ni d’arômes chimiques mais plus de 60% de morceaux de fruits (français) dans les sorbets.

« Certains se sont révélés sur des postes »

Et ce n’est pas tout, les salariés sont devenus des associés. Ils possèdent une part de leur entreprise, touchent une participation aux bénéfices, élisent le président et votent les décisions stratégiques. « Avant, on était un maillon de la chaîne. On était transformateur à l’atelier, point. On ne savait pas ce que faisaient les collègues du secteur approvisionnement ou vente. La SCOP nous a donné un sentiment fort de pouvoir se régénérer, se réinventer. Certains se sont révélés sur des postes », témoigne Christophe.

L’histoire de la Fabrique du Sud ressemble à un conte de fées. Son chiffre d’affaires a quasiment doublé depuis l’année dernière et quatre embauches ont eu lieu. Mais la réalité est souvent plus nuancée. Sur les 40 à 50 dossiers de reprise en SCOP que reçoit l’Union Régionale des SCOP de Rhône-Alpes chaque année, moins de 5 sont fructueuses. « C’est un vrai sprint. Le tribunal ne nous laisse que 2 ou 3 mois pour faire une offre de reprise suite au redressement judiciaire ou au dépôt de bilan« , explique Meryem Yilmaz, responsable développement à l’URSCOP rhônalpine.

Scop industrie Tossalia

Quand le patron passe la main aux salariés

Les demandes de reprises les plus courantes proviennent de propriétaires qui transmettent l’entreprise à leurs salariés. Ce fut le cas chez Dessica, fabricante depuis 17 ans de machines de séchage industriel dans l’Ain et cédée aux salariés en 2012. Patrick Charrondière a mené la transformation en SCOP avec 5 collègues, avant de devenir gérant. « Avec le modèle SCOP, on participe à la création de l’entreprise avec notre épargne mais on est sûr de récupérer notre capital initial en quittant la société. C’est rassurant. Et puis certains ont mis 10 fois plus d’argent que les autres mais n’ont qu’une voix, comme le reste des associés. C’est une démocratie réelle, pas tronquée. »

Pour autant, est-ce qu’on travaille plus en SCOP ? « Non, répond Patrick. On est aux 35h, avec 10 jours de RTT par an. Par contre, on gagne plus. Le salaire le plus faible est de 1.800 euros brut et la participation aux bénéfices représente 2 mois de salaires en plus tous les ans. »

On appréciera aussi la pérennité du modèle – 64% de survie à 5 ans contre 50% pour les entreprises classiques – et les conditions de travail. « Ma marge de manoeuvre est beaucoup plus grande qu’ailleurs donc je me sens responsabilisé. Le bureau du « patron » est toujours ouvert, il n’y a pas la barrière de la hiérarchie. C’est motivant pour bosser ! », témoigne Céline, entrée en 2012 comme assistante commerciale chez Dessica. Et d’ajouter qu’elle ne pourrait pas revenir en arrière.

Photos issues du livre Ceux qui aiment les lundis – Sociétés Acome et Tossalia
Jean-Robert Dantou / CG Scop / Picturetank

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Sophie Babaz

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