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REPORTAGE

Les Grands Voisins, laboratoire du vivre ensemble

Associations, start-ups et foyers d’hébergement cohabitent dans les anciens locaux d’un hôpital parisien. La mixité, version grand format!

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Photo Elena Manente

« Urgences », « Pédiatrie »… A lire les écriteaux, on s’attendrait à croiser des malades en robe de chambre et des brancardiers pressés. Mais la faune qui déambule entre les bâtiments de l’ancien hôpital Saint Vincent de Paul n’a rien de souffreteuse. Des travailleurs africains rentrent du travail à bicyclette, gilet jaune fluo sur le dos, et des étudiants des beaux-arts font tester aux passants des instruments de musique en matériaux de récupération. Bienvenue chez les Grands Voisins, une expérimentation urbaine hors du commun.

fleuriste

« Un site comme ça, de trois hectares, ça coûte un million d’euros par an à entretenir et à surveiller. On a proposé au propriétaire d’occuper les bâtiments, de les entretenir et de payer collectivement les charges », expose Jean-Baptiste Roussat. Son association, Plateau Urbain, a choisi et mélangé 115 structures sur le site, d’une fleuriste à l’association Les Petits Débrouillards et d’un foyer de migrants à une myriade de start-ups. Le tout pour un loyer imbattable à Paris : 17€ par mètre carré et par mois.

Deux bâtiments sont aussi devenus des centres d’hébergement de l’association Aurore, tandis que Yes We Camp se charge de créer du lien entre les 1.000 « voisins » (résidents, salariés et bénévoles), à grand renfort de pièces de théâtre, de concert électro ou de « journée des disquaires ».

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Anciens SDF, salariés de Cartier et retraités du coin

Bonnet sur la tête, Ali, 20 ans, fume une cigarette devant son foyer d’hébergement : « Je me sens archi bien ici ! Je vais parfois au foyer africain (il pointe l’ancienne maternité), parfois au restaurant parce que c’est bon et pas cher (il montre l’ancienne lingerie) et parfois au magasin là-bas (il désigne la Ressourcerie, installée près de l’entrée). »

repas

Même si des barrières de verre empêchent encore les résidents de se mêler aux cours de yoga ou aux ateliers de céramique, le mélange prend peu à peu. Le midi, des salariés de la fondation Cartier, toute proche, viennent déjeuner à la Lingerie. Le vendredi, des retraités du coin improvisent des après-midi Scrabble. Et le dimanche poussettes et trottinettes envahissent les allées piétonnes. « A force tu ne te demandes plus si untel est un ancien SDF, tu te dis juste que c’est un voisin. C’est la magie du lieu ! », souligne Elena Manente, de Yes We Camp.

« Ce quartier n’était pas le plus vivant de Paris, maintenant il y a une animation exceptionnelle et l’acceptation de l’hébergement social est totale. C’est une démonstration exceptionnelle que la mixité fonctionne », s’enthousiasme Jean-Baptiste.

Partir à temps… pour mieux recommencer ailleurs ?

Ce mercredi soir, la Lingerie propose un couscous à prix libre. Un homme joue de la derbooka dans le brouhaha des conversations. « Ce que j’aime ici, c’est la musique, raconte Mahmadou Touré, 24 ans. La semaine dernière il y avait un concert des Balkans, c’était génial ! »

Cours-pianoCours de piano

A l’autre bout de la tablée de Maliens, Elisabeth Vervier sourit jusqu’aux oreilles : « J’ai adopté mon garçon dans cet hôpital, il y a des années, et maintenant je viens y donner des cours de français aux migrants ! C’est formidable, cet endroit, dommage que ce soit temporaire. »

Les Grands Voisins se sont en effet engagés à quitter les lieux mi-2017, lorsque les travaux du futur éco-quartier commenceront. « On va partir en temps et en heure, pour conserver la confiance des partenaires », assure Jean-Baptiste. « Et pour pérenniser le modèle, montrer qu’on peut occuper intelligemment des lieux vacants ! », complète Elena. Des visiteurs sont déjà venus de Toulouse, d’Allemagne et des Pays Bas pour copier l’idée.

Photos : Elena Manente

Auteur de l'article : Hélène Seingier

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Une réponse pour "Les Grands Voisins, laboratoire du vivre ensemble"

  1. Moreau dit :

    Combien de lieux pourraient être « recyclés » pour enfin être utilisés au mieux. Dommage que cette expérience ne soit pas décuplée….même dans les petites villes !!
    Merci de votre info, espérons que cela fera école.
    Cordialement

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