Agir au quotidien

Cancer et alimentation : cuisine à 4 mains

Publié le 11 mai 2016

A Brest, des élèves en Bac Pro Cuisine apprennent aux malades du cancer à se préparer de bons petits plats. Entre deux traitements, les "Ateliers d’Augustine" allient rêve et plaisir gustatif.

Il y a d’abord ce lieu féérique, Ker-Stears… Manoir du 19ème siècle bâti dans une ravine arborée de Brest, Ker-Stears ressemble à Poudlard, le château-école de l’apprenti-sorcier Harry Potter. Mais ici, point de cours de balais volants ni de formules magiques, on apprend la cuisine et les services à la personne.

Demeure privée puis couvent, Ker-Stears héberge aujourd’hui l’école professionnelle Fénelon. C’est dans ce décor romanesque que se déroule les « Ateliers d’Augustine ». Objectif de ces ateliers thérapeutiques: redonner aux malades du cancer le goût des bonnes choses et l’envie de cuisiner, les traitements médicaux altérant considérablement le goût, l’appétit et la digestion.

Un binôme intergénérationnel aux fourneaux

Aux « Ateliers d’Augustine », chaque malade est accompagné d’un jeune cuistot en Bac Pro. Michel, 67 ans, fait équipe avec Lisa, 17 ans. Ils ne se connaissent pas mais vont passer ensemble 3 heures à préparer un repas digne d’un restaurant gastronomique. « Ici, on est formé pour le haut-de-gamme. Mais je préfère travailler pour les collectivités. Certes il n’y a pas les beaux dressages ou des sauces aux noms improbables mais je me sens utile. Ici, c’est pareil. J’ai le sentiment d’aider, de donner » témoigne Lisa, les yeux rivés sur sa casserole de cuivre fumante. Justin, 18 ans, apprécie également cet échange «La dame a appris comment dénerver la viande et faire de la gelée, elle était contente. Ca fait plaisir de montrer son savoir-faire

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Un repas gourmet adapté aux malades

Au menu ce soir: aiguillettes de canard aux fruits rouges sur carré de polenta en plat principal. Tuiles chocolat accompagnées de sa ganache pour le dessert. Ce repas gourmet a été conçu par le chef étoilé brestois Philippe Le Bigot en fonction des pathologies et des traitements des participants. Les 10 patients de cette session souffrent de lésions intestinales. L’équipe médicale des Ateliers d’Augustine a donc préconisé un repas sans fibres (sans fruits ni légumes) pour que les aliments soient digérés sans difficulté.

Ambiance Top Chef

L’ambiance dans les cuisines de l’école Fénelon n’est pas triste.«Vicky, sors les tuiles au chocolat du four! C’est 2 mn max sinon, c’est foutuuuu! » Les blagues fusent entre deux démonstrations du chef Le Bigot. Mais les jeunes restent concentrés à leur métier et attentionnés à leur partenaire. Il faut dire que leur professeur de cuisine n’est jamais très loin, la toque blanche rasant les hottes. «Justin, rassurez-moi, vous maîtrisez la crème anglaise?»

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Psychologue clinicienne en charge du projet, Annaïck Cariou, apprécie ce mélange des genres. «Aux ateliers d’Augustine, nos patients oublient un moment la maladie en se concentrant sur leurs plats et sortent de l’univers hospitalier. En plus, c’est gai et convivial ! »

Michel: + 10kg depuis le premier atelier cuisine

«Il y a six mois, lors du premier atelier, on m’aurait bandé les yeux que je n’aurais pas fait la différence entre de la viande et du poisson. J’avais complètement perdu le goût. Depuis, j’ai repris 10 kilos, le goût des aliments sains et l’envie de cuisiner. Bien s’alimenter, c’est indispensable quand on est malade. J’ai survécu grâce à cela » explique Michel. Ce soir, il emportera chez lui un repas complet pour 4 personnes, cuisiné avec sa partenaire Lisa.

Lancés par le Dr Lucas, oncologue médicale de la clinique Pasteur, les Ateliers d’Augustine sont portés par la Clinique Pasteur de Brest, l’Institut de cancérologie du CHRU Morvan, le chef du restaurant gastronomique « Le M » Philippe Le Bigot, le laboratoire pharmaceutique Roche et « le lycée des métiers» Fénelon.
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Rédigé par

Sophie Babaz

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