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Logiciels libres : « Une idée de travail en commun sensationnelle ! »

Publié le 25 mai 2016

"Il y a dix ans, on nous prenait pour des Beatnik. Aujourd'hui, on nous voit comme des gens sérieux !" Les logiciels libres, basés sur le partage de l'information et de la connaissance, ont aujourd'hui gagné leurs lettres de noblesses. Rencontre avec trois coopératives françaises qui les placent au cœur de leur activité.

Linux, Mozilla Firefox, OpenOffice… Ces noms vous sont probablement familiers. Mais saviez-vous que ceux-ci appartiennent à la très grande famille de libriciels – ou « logiciels libres » ? Cela signifie que leur licence permet de les utiliser selon ses besoins, de les étudier, de les modifier et de les partager avec qui l’on veut ! Le libriciel s’oppose au logiciel dit « propriétaire », que l’on compare souvent à un plat que l’on déguste sans avoir accès à la recette : le code source n’est pas diffusé et le logiciel est soumis à des limitations légales d’utilisation.

Le « Cycle vertueux du libre »

La Scic Cliss 21, créée en 2004 à Lievin et présente à Lille, développe notamment des libriciels pour les collectivités territoriales, les entreprises ou les assos. A son actif, par exemple, GeDeLo, un logiciel de gestion des demandes de logements pour les communes. Mais l’idée est également d’enrichir ce qui existe déjà.

« Lorsqu’un client exprime un besoin, nous regardons si un logiciel libre y correspond. Il arrive qu’un logiciel existant fasse l’affaire à 70% et nous devons alors développer des fonctionnalités supplémentaires. C’est moins cher pour l’usager, et en plus, on le remet à disposition pour la communauté. C’est le cycle vertueux du libre !« , explique le fondateur Lucien Petit. Ainsi, « les logiciels sont validés par plein d’informaticiens qui ont travaillé dessus et les ont améliorés« , affirme-t-il. En plus du développement, Cliss 21 propose de l’assistance, de la formation ou encore de la maintenance pour les usagers utilisant les libriciels. « Nous faisons la même chose qu’une société d’informatique classique, mais sur du libre« , résume-t-il.

Travail en commun

A l’origine des applications créées par ces coopératives, il y a d’ailleurs souvent un travail collectif qui se traduit par un partenariat avec d’autres acteurs techniques et/ou un financement commun par plusieurs usagers. « Nous avons mis plusieurs clients autour de la table pour financer un outil de gestion des contacts très évolué. C’est un mode de fonctionnement que l’on essaye de développer et qui permet de réduire les dépenses pour chacun« , explique de son côté Cyril Zorman, co-gérant de la Scop grenobloise Probesys.

« Derrière les libriciels, il y a une idée de travail en commun que je trouve sensationnelle. Sans le libre, Internet n’existerait pas puisque, par exemple, le langage HTML est libre ! S’asseoir sur la rente que constitue une licence est dépassé« , affirme de son côté Pascal Feydel, directeur d’Adullact Projet. Cette Scop basée à Montpellier coordonne, développe et maintient un patrimoine de libriciels d’ « e-administration » (gestion, télétransmission et signature électronique de documents pour les collectivités, notamment) et propose de l’archivage électronique. Comme pour Cliss 21 et Probesys, les productions sont ensuite mises à disposition gratuitement sur une plateforme publique, et la Scop propose des services payants pour permettre aux usagers d’utiliser les logiciels.

Logiciel libre et modèle coopératif

« Le choix de nous constituer en Scop est cohérent avec la philosophie qui sous-tend le logiciel libre : ce statut met en avant la capacité à produire plutôt qu’à détenir. Nos neuf salariés (six sont sociétaires) développent quelque chose ensemble que personne ne peut s’approprier« , ajoute Cyril Zorman. Même échos du côté d’Adullact Projet, créé dans la continuité d’une association, et qui compte 40 salariés : « Nous ne sommes pas là pour engraisser des actionnaires. Cela peut rendre la gouvernance complexe, car chacun a son mot à dire, mais c’est le jeu !« , indique Pascal Feydel.

« Le statut de Scic implique une notion d’utilité sociale, de transparence et bien sûr, un multi-sociétariat. La société appartient ainsi à nos salariés, bénévoles, aux usagers, aux collectivités… Aux forces vives qui agissent sur notre territoire !« , affirme Lucien Petit, de Cliss 21. Ce dernier pointe le lien entre les libriciels, l’ESS et l’éducation populaire, qui représente 10% des activités de la Scic. « Nos ingénieurs mettent leur savoir à disposition, par exemple dans le cadre d’ateliers pour des demandeurs d’emploi, les personnes handicapées, les personnes âgées, dans les écoles…. De plus, nous organisons régulièrement des débats ouverts pour garder un œil critique sur ce rouleau compresseur qu’est l’informatique, et tenons tous les mois bénévolement une ‘Foire aux install’, afin d’apprendre à ceux qui le souhaitent à utiliser des libriciels, notamment Linux.« 

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Rédigé par

Anaëlle Guisset

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