Solidarités

Carton Plein: le déménageur « zéro pauvreté, zéro gaspillage, zéro pollution »

Publié le 4 mai 2016

Une association unique en France emploie des personnes en grande précarité pour récolter des cartons usagés et effectuer des déménagements. Le tout... à vélo !

Lorsque j’arrive dans l’une des deux boutiques de Carton Plein, au sud de Paris, un drôle de spectacle m’attend : trois personnes s’échauffent dans la cour, auprès de deux bicyclettes fixées à des plateaux de transport. « Le travail ici est physique », m’explique Maxime, 25 ans, qui effectue son service civique auprès de l’association, comme chargé de communication. Dans l’atelier, des centaines de cartons sont alignés, pendant qu’à la table de travail, un « valoriste » s’occupe d’arracher le scotch de l’un d’eux. Comme ses petits frères, ce carton sera cédé en boutique ou sur Internet, à un prix défiant toute concurrence.

Créé en 2014, Carton plein s’adresse aux particuliers, entreprises et associations qui souhaitent réduire leur empreinte écologique. Les contenants sont collectés à vélo afin d’être réutilisés. Mais ce n’est pas tout : depuis septembre 2015, l’association propose également des déménagements, toujours sur deux roues. « Un déménagement moyen prend environ une demi-journée, pour 5M² à transporter, et une distance de 3km entre les deux logements. Et très bientôt, nous allons acquérir deux nouveaux vélos », explique Adrien, jeune diplômé d’école de commerce, qui s’occupe notamment du développement des partenariats. A partir de 200 euros (variable selon le nombre de trajets à effectuer), un déménagement vert et solidaire est donc possible.

Vers un nouveau départ

Mais la portée de l’association est également sociale. Les valoristes sont des personnes en difficulté, orientées par des associations partenaires. William, originaire de la région de Brighton, en Angleterre, est l’un d’eux. Arrivé en France fin 2015, il loge dans une péniche aménagée en centre d’hébergement par l’Ordre de Malte. Après cinq ans comme bénévole dans une librairie alternative londonienne, Housmans Bookshop, William souhaite rester à Paris : « Pour cela, je dois stabiliser ma situation, et améliorer mon français. Chez Carton Plein, on nous donne des cours, et je fréquente aussi une école à La Motte-Picquet-Grenelle », ajoute-t-il. En attendant, il se consacre à la remise en état des cartons, à raison de six heures par semaine. « J’aime cette idée. C’est utile à la société, notamment d’un point de vue écologique », ajoute-t-il. Une cinquantaine de valoristes sont répartis entre les deux boutiques de Carton Plein, chacun avec leurs parcours, leurs atouts, leurs difficultés et leurs aspirations.

cartonplein

Un contrat dure un an maximum, à raison de quelques heures hebdomadaires. Et pour cause, l’association veut être un sas vers l’inclusion. C’est pourquoi les valoristes sont suivis par des encadrants ayant une expérience dans les maraudes, l’organisation de marchés de biffins ou au Samu social. « Nous avons 50% de sorties positives, la plupart vers des emplois d’insertion », indique Samuel, « encadrant technique chargé d’insertion », dont la fonction est « d’accompagner les personnes jusqu’à l’entretien d’embauche ». « Mon rôle est d’apporter de nouvelles compétences aux valoristes : bons gestes pour collecter et déscotcher les cartons, tenir la boutique, manier la caisse, être force de proposition… Et je valide celles qui sont acquises. Je veux leur donner confiance en eux et ne pas les cantonner dans ce qu’ils savent faire. » Ainsi, les tâches et les parcours sont définis et évoluent selon les profils de chacun.

Aider les valoristes à « se projeter de nouveau dans l’avenir »

Samuel travaille en binôme avec Antoine, accompagnateur socio-professionnel qui définit son job comme « infini » : « je suis DRH, assistant social, je fais de tout ! » C’est lui qui recrute les valoristes, en lien avec des associations, comme Emmaüs Défi, Aurore, les Enfants du Canal ou encore les maraudes. En coordination avec ces structures, il les accompagne notamment dans leurs démarches (Caf, Pôle emploi…) ou sur les questions de logement. Certains valoristes ayant des problèmes d’addiction, Antoine travaille également avec des structures spécialisées (Csapa, Caarud…). « Je parle beaucoup avec eux de l’emploi qu’ils souhaitent occuper. Notre but, c’est qu’ils se reconstruisent, qu’ils soient autonome administrativement, plus heureux et se projettent de nouveau dans l’avenir », explique-t-il. « J’ai énormément de respect pour tous ceux qui bossent ici. Ils ont vécu des choses très dures, mais ils sont très humains, restent souriants, ils se battent », ajoute Antoine.

Image writer

Rédigé par

Anaëlle Guisset

0 commentaire

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème

Décryptage

  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite
  • La finance solidaire, ça concerne tout le monde!

    Lire la suite

Say yess tv

  • Esta Es Una Plaza ! C’est un jardin solidaire

    Esta Es Una Plaza ! C’est un jardin solidaire - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

  • Toit à Moi, un concept innovant pour réinsérer les sans-abris

    SideWays #2 - Toit à Moi - Un concept innovant pour réinsérer les sans-abris
    icone-youtube-play

    Par: Sideways

  • Les makers défont le handicap

    Les makers défont le handicap - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

BTS éco-gestion ESS - Lycée René Cassin
Etudes & formations

Un BTS option ESS pour élargir ses horizons

Le lycée professionnel parisien René Cassin s'est illustré en lançant un BTS Compta-gestion option ESS en 2017. S'il existait déjà des masters tournés vers l'Économie sociale et solidaire en France, cette formation de niveau Bac +2 est une première. Reportage.

Rédigé par Anaëlle Guisset
le 11 décembre 2017 En savoir plus

Le XXIe arrondissement de Paris, riche en découvertes solidaires et citoyennes.
Sports & loisirs

Balade solidaire dans le 11e arrondissement de Paris

Lauriane, rédactrice pour Say Yess, est partie à la recherche de bonnes adresses pour réchauffer les week-ends hivernaux. Après une balade guidée par un conférencier de la mairie de Paris, elle vous livre ses bonnes adresses situées dans le 11e arrondissement de Paris.

Rédigé par Lauriane Barthélémy
le 8 décembre 2017 En savoir plus

Grégoire, vainqueur du concours Eloquentia Saint-Denis, a ensuite fait la première partie d'un artiste sur la scène du Point Virgule
Culture

Slam, humour, éloquence : offrir le micro à ceux qui n’ont pas la parole

Slam, stand-up, concours d'éloquence… Des associations et collectifs d'artistes proposent des ateliers d'écriture aux jeunes de quartiers populaires. Objectif : libérer leur créativité et leur permettre de s'affirmer.

Rédigé par Déborah Antoinat
le 4 décembre 2017 En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.