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Ca déménage

Carton Plein: le déménageur « zéro pauvreté, zéro gaspillage, zéro pollution »

Une association unique en France emploie des personnes en grande précarité pour récolter des cartons usagés et effectuer des déménagements. Le tout... à vélo !

Lorsque j’arrive dans l’une des deux boutiques de Carton Plein, au sud de Paris, un drôle de spectacle m’attend : trois personnes s’échauffent dans la cour, auprès de deux bicyclettes fixées à des plateaux de transport. « Le travail ici est physique », m’explique Maxime, 25 ans, qui effectue son service civique auprès de l’association, comme chargé de communication. Dans l’atelier, des centaines de cartons sont alignés, pendant qu’à la table de travail, un « valoriste » s’occupe d’arracher le scotch de l’un d’eux. Comme ses petits frères, ce carton sera cédé en boutique ou sur Internet, à un prix défiant toute concurrence.

Créé en 2014, Carton plein s’adresse aux particuliers, entreprises et associations qui souhaitent réduire leur empreinte écologique. Les contenants sont collectés à vélo afin d’être réutilisés. Mais ce n’est pas tout : depuis septembre 2015, l’association propose également des déménagements, toujours sur deux roues. « Un déménagement moyen prend environ une demi-journée, pour 5M² à transporter, et une distance de 3km entre les deux logements. Et très bientôt, nous allons acquérir deux nouveaux vélos », explique Adrien, jeune diplômé d’école de commerce, qui s’occupe notamment du développement des partenariats. A partir de 200 euros (variable selon le nombre de trajets à effectuer), un déménagement vert et solidaire est donc possible.

Vers un nouveau départ

Mais la portée de l’association est également sociale. Les valoristes sont des personnes en difficulté, orientées par des associations partenaires. William, originaire de la région de Brighton, en Angleterre, est l’un d’eux. Arrivé en France fin 2015, il loge dans une péniche aménagée en centre d’hébergement par l’Ordre de Malte. Après cinq ans comme bénévole dans une librairie alternative londonienne, Housmans Bookshop, William souhaite rester à Paris : « Pour cela, je dois stabiliser ma situation, et améliorer mon français. Chez Carton Plein, on nous donne des cours, et je fréquente aussi une école à La Motte-Picquet-Grenelle », ajoute-t-il. En attendant, il se consacre à la remise en état des cartons, à raison de six heures par semaine. « J’aime cette idée. C’est utile à la société, notamment d’un point de vue écologique », ajoute-t-il. Une cinquantaine de valoristes sont répartis entre les deux boutiques de Carton Plein, chacun avec leurs parcours, leurs atouts, leurs difficultés et leurs aspirations.

cartonplein

Un contrat dure un an maximum, à raison de quelques heures hebdomadaires. Et pour cause, l’association veut être un sas vers l’inclusion. C’est pourquoi les valoristes sont suivis par des encadrants ayant une expérience dans les maraudes, l’organisation de marchés de biffins ou au Samu social. « Nous avons 50% de sorties positives, la plupart vers des emplois d’insertion », indique Samuel, « encadrant technique chargé d’insertion », dont la fonction est « d’accompagner les personnes jusqu’à l’entretien d’embauche ». « Mon rôle est d’apporter de nouvelles compétences aux valoristes : bons gestes pour collecter et déscotcher les cartons, tenir la boutique, manier la caisse, être force de proposition… Et je valide celles qui sont acquises. Je veux leur donner confiance en eux et ne pas les cantonner dans ce qu’ils savent faire. » Ainsi, les tâches et les parcours sont définis et évoluent selon les profils de chacun.

Aider les valoristes à « se projeter de nouveau dans l’avenir »

Samuel travaille en binôme avec Antoine, accompagnateur socio-professionnel qui définit son job comme « infini » : « je suis DRH, assistant social, je fais de tout ! » C’est lui qui recrute les valoristes, en lien avec des associations, comme Emmaüs Défi, Aurore, les Enfants du Canal ou encore les maraudes. En coordination avec ces structures, il les accompagne notamment dans leurs démarches (Caf, Pôle emploi…) ou sur les questions de logement. Certains valoristes ayant des problèmes d’addiction, Antoine travaille également avec des structures spécialisées (Csapa, Caarud…). « Je parle beaucoup avec eux de l’emploi qu’ils souhaitent occuper. Notre but, c’est qu’ils se reconstruisent, qu’ils soient autonome administrativement, plus heureux et se projettent de nouveau dans l’avenir », explique-t-il. « J’ai énormément de respect pour tous ceux qui bossent ici. Ils ont vécu des choses très dures, mais ils sont très humains, restent souriants, ils se battent », ajoute Antoine.

Auteur de l'article : Anaëlle Guisset

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