Tendances de l'emploi

Emploi : quand la motivation compte plus que les diplômes

Publié le 27 avril 2016

Dans l’économie sociale et solidaire, les diplômes ne font pas (forcément) tout. Zoom sur quatre structures dans lesquelles le recrutement passe aussi par la confiance et la motivation.

« Avoir la chance de rencontrer des gens qui te font confiance alors que t’as ni la formation, ni les compétences, c’est quand même rassurant sur l’état de notre société », confie Marie Chaffard, 31 ans, et salariée dans un magasin Biocoop. Ancienne journaliste à Radio France usée par la précarité, elle a décroché ce poste polyvalent dont elle a eu écho grâce au bouche à oreille. Sa motivation, ses valeurs, et son savoir-être ont forcément joué. Un CDI était signé quelques mois après.

Au resto Le Court-circuit à Lyon, tous les salariés tournent sur chaque poste, sauf pour la comptabilité, et le service du midi que seuls trois cuisiniers sont habilités à assurer. Parmi eux, deux personnes ont été formées en interne, dont une, pendant trois mois, qui n’avait pas d’expérience en cuisine. Ici, on attache beaucoup d’importance à la transmission.

« Une formation très pro en interne »

« Il y a un réel effort de la coopérative pour dispenser une formation très pro en interne », avance Félix Beauvais, ingénieur, et l’un des 11 membres du Court-circuit. « Dans ce lieu coopératif, la volonté d’intégrer une équipe, et la motivation, l’intérêt pour la démarche collective comptent plus que les compétences… »

Pour recruter, Boris Tavernier, fondateur et unique salarié de Vrac, évoque le côté instinctif et reconnaît ne pas s’attarder sur les diplômes. Selon lui, ce qui compte : « La personnalité, le côté militant, et l’envie de mettre du sens dans son travail… Avoir un regard sur la finalité sociale d’un projet ! » Aujourd’hui, il est sur le point d’embaucher la personne qui est en service civique depuis janvier. Pérenniser ce poste, pour lui, c’est important pour autre chose : « Je ne supporte pas cette précarité qui est générée dans l’ESS ».

Une première « personne-socle » dans l’équipe

Carine Martin-Maurer est directrice et fondatrice de la Ka’fête aux mômes, café familial associatif niché au cœur des Pentes de la Croix-Rousse, et elle partage leur façon de voir. En 2012, elle recrute un cuisinier : « Sur les 8 candidatures, on a pris le moins diplômé, qui avait une expérience très ancienne. Mais il était le seul motivé pour s’intégrer dans le projet associatif, et le seul vraiment créatif et innovant pour les enfants : essentiel dans notre structure. »

Parmi les 7 salariés de la Ka’fête, une adjointe administrative, qui n’avait aucun diplôme dans le secteur. Elle a été bénévole avant de postuler, c’est son engouement pour le projet qui a fait la différence. En 2013, après le recrutement d’une animatrice diplômée et autonome, une seconde personne a été employée en contrat d’avenir, pendant lequel elle a été formée. Avant, elle était dans le maquillage. Son poste d’animatrice a été pérennisé. Carine marche assez au coup de cœur. Les parcours atypiques ont souvent fait tilt.

Ce qui distingue les candidats : l’expérience et la motivation

Quatre regards qui vont dans le même sens. Pourtant, en interrogeant ici et là, on s’aperçoit que c’est loin d’être systématique. Et que c’est même dans les petites structures qu’on recherche le plus souvent des personnes très vite opérationnelles. « Clairement, on a un réel besoin de compétences, car il y a une vraie professionnalisation de l’ESS… Nos structures sont de plus en plus confrontées à la concurrence du secteur marchand, et elles exigent de vraies compétences liées à la complexité des projets portés par les asso par exemple, » explique Tiphaine Perrichon, chargée de projets RH à l’UDES qui évoque aussi les nombreux métiers règlementés dans l’ESS.

Mais que met-on derrière le terme de « compétences »? « Des savoir-être et des savoir-faire », répond Diane Rodet, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Lyon 2, qui réalise actuellement un travail de recherche sur les pratiques de recrutement dans l’ESS. Elle cite Emmanuelle Marchal, (« Les embarras des recruteurs », 2016) pour laquelle « les compétences sont les qualités auxquelles les recruteurs accordent de la valeur ».

Il ressort du début de son enquête que lexpérience (stages, bénévolat, emplois) et la motivation sont deux facteurs extrêmement importants aux yeux des recruteurs. C’est ce qui distingue les candidats. Les diplômes? « La base. » « Les candidats pourraient retourner ce qui apparaît comme un désavantage en opportunité : être, par exemple, conscient qu’une formation qui n’est pas entièrement adaptée au poste peut aujourd’hui être en partie compensée par un réel intérêt pour la structure, la démarche, et par le fait de savoir le montrer à l’employeur ».

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Rédigé par

Virginie De Gouveia

3 commentaires

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Michel SAPINA

Publié le 07 juillet 2017

essayez de rentrer dans l'industrie pharma pour voir ;-)

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lopoke katako mickael

Publié le 16 mai 2016

bonjour vraiment j'ai recherche le travaille parce que je suis jeune j'ai a peine 18ans je suis dynamique,sociale,actif.je voudrais travailler dans de domaine des enfants n'est me dérange pas du tout j'aime êtres avec les enfant leurs parlée,leurs rencontrée les histoire de ma vie,des histoire de mon pays je suis au lycée merci...

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MAURA Clarisse

Publié le 05 mai 2016

ma passion travailler avec des enfants de 3 a 8 ans j'aitravaillé ds des ecoles mais en CDD pour seconder prof des ecoles, garderie etc...j'i essayé de passé mon concours auxilliaire puericultrice mais j'échoue de peu et veux absolument travailler avec les enfants leur apporter notre savoir faire j'ai 22ans1/2 je suis sur tarbes j'ai mon CAP PETITE ENFANCE ET NIVEAU BAPAAT PETITE ENFANCE M

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