Solidarités

Réfugiés : une bouffée d’humanité

Publié le 2 mai 2016

Des jeunes de toute l’Europe viennent aider bénévolement dans le camp de réfugiés de Grande Synthe.

« La situation générale est triste mais il y a une telle bouffée d’humanité dans le camp, avec les bénévoles et avec les réfugiés, qu’on repart plein d’énergie. » Le constat est de Johanna, 20 ans, en route pour son deuxième bénévolat à Grande Synthe, près de Dunkerque. « Un ami m’avait parlé de l’association Utopia 56, qui gère les lieux. J’ai décidé d’y aller pour être utile et me faire ma propre idée« , dit-elle.

Le camp humanitaire se compose de centaines de maisonnettes de bois clair dont les 1.500 occupants, essentiellement des Kurdes, rêvent de traverser vers l’Angleterre toute proche. Un gros village, donc, où toutes les tâches reposent sur des bénévoles. Amandine, 27 ans, psychologue à Angers, a pris 5 jours sur sa semaine de congés. « Il y a tellement de choses à faire que tu ne perds vraiment pas ton temps, assure-t-elle, tout en confectionnant une gargantuesque salade de fruits. Et c’est chouette de rencontrer des volontaires de tous les horizons. » La cuisine collective, par exemple, qui prépare des centaines de repas par jour, est tenue par de jeunes Allemands.

refugies

Menuiserie, surveillance et distribution de couvertures

Libraire ou architecte, profs ou agricultrice, menuisiers ou lycéens, les bénévoles viennent de France et d’Angleterre mais aussi d’Irlande, de Belgique, et même d’Australie ou du Mexique.

Laura, 31 ans, travaille dans le social à Manchester – elle a fait en sens inverse le chemin que les réfugiés du camp rêvent de parcourir. « Pour moi, cette situation est un problème britannique. Je viens pour faire une petite différence, même si c’est minimal« , explique-t-elle. Gilet fluo sur le dos et talkie-walkie à la main, elle est chargée, pour deux heures, de filtrer les véhicules à l’entrée du camp.

Un peu plus loin, le chantier de menuiserie bat son plein pour agrandir les cabanons de bois. Alisa, une étudiante allemande, a le rouge aux joues et de la sciure dans les cheveux. « C’est à la fois très gratifiant, lorsque les gens te sourient et te remercient, et très difficile, lorsque certains se montrent un peu agressifs. Mais je comprends qu’ils soient exaspérés par la situation, je le serais aussi ! On a un aperçu de leur souffrance, on réfléchit à la liberté qu’on a, juste parce qu’on est né à un certain endroit », dit-elle, émue. Pour se « protéger », certains évitent de devenir trop proches des réfugiés, comme Simon, un développeur de logiciels de 26 ans qui pense rester trois mois : « Si j’étais trop mêlé à leur histoire, si je partageais trop leur peine, je risquerais de péter un câble. »

Prendre conscience de la façon dont ils vivent

Les discussions autour d’un café ou d’un chantier de construction, les rigolades durant la distribution de couvertures, c’est ce qui marque le plus les volontaires. Hugo a ainsi été invité à boire le thé chez des Iraniens. « Ils parlaient très mal anglais mais m’ont montré des photos de leur famille, je suis entré un peu dans leur vie, raconte-t-il. Intellectuellement, je savais que les réfugiés étaient des gens comme vous et moi. Mais là je le ressentais : ç’aurait pu être mes amis… Qui se retrouvaient dans un camp humanitaire. »

cafe

Promu « chef d’équipe », le jeune Lyonnais assure que l’association accepte tous les bénévoles, sans restriction d’âge ni de compétences, « même pour une demi-journée« . « Il faut absolument venir, renchérit Zoé, une Canadienne de 18 ans qui a interrompu son tour d’Europe en sac à dos pour venir aider. On a besoin de plus de gens et, surtout, plus de personnes doivent être conscientes de ce que c’est de vivre comme ça. Ca nous sort de notre bulle personnelle. »

De retour en Allemagne, Alisa trouve difficilement le bon adjectif lorsqu’on lui demande « comment c’était« . Elle répond simplement : « J’ai grandi. Je suis vraiment contente d’y être allée. » Elle y retourne le week-end prochain.

Pour en savoir plus

De nombreuses associations cherchent des bénévoles dans la région de Calais et Dunkerque. Pour ne citer que les francophones :

L’auberge des migrants, à Calais, pour faire le tri des dons qui arrivent de l’Europe entière ;

– La Belgium Kitchen, pour préparer et distribuer des centaines de repas par jour dans la « Jungle » de Calais. Possibilité de dormir sur place ;

Utopia 56, pour faire tourner le camp de Grande Synthe (distributions, construction, cuisine, nettoyage, surveillance…). Logement en bungalow dans la région pour 5 euros par nuit.

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Rédigé par

Hélène Seingier

5 commentaires

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Le Royer

Publié le 20 juin 2016

J'ai proposé d'accueillir des réfugiés dans un petit village des hautes Alpes (Antonaves ou Val Buëch-Méouge). Il faut que la mairie soit organisme accompagnateur. Celle-ci a répondu négativement. Je viens de recevoir la réponse. Donc la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations ne peut transmettre mon offre d'accueil à la plateforme nationale. Pourtant on a proposé de prêter un véhicule, on a rassemblé les différentes associations qui existent. La raison avancée par la mairie dans leur courrier est que c'est "plus un facteur d'isolement renforcé par la barrière de la langue, l'absence de lieu de culte et de proximité de membres de la même communauté qu'un environnement favorable à une bonne intégration au niveau de a commune". :-(

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francinet

Publié le 16 mai 2016

J'en reviens et j'ai 56 ans. Je confirme : c'est un bienfait pour soi-même et pour les autres que de se rendre au camp de Grande Synthe. Allez-y sans problème...

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Elaine Bissonnette

Publié le 06 mai 2016

C'est magnifique . Les catastrophes finissent par réunir les gens..

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La redaction

Publié le 03 mai 2016

Nous vous invitons à contacter directement les associations citées dans l'article. Elles pourront vous donner leurs besoins précis !

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ges

Publié le 02 mai 2016

Je peux venir sur juillet une semaine est ce possible

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