Solidarités

Tour du monde solidaire: 8 conseils pour bien se lancer

Publié le 20 avril 2016

Année de césure, année sabbatique, congés… c’est décidé, vous bouclez vos valises et partez autour du monde. Voyage, mais aussi solidarité seront au programme. Conseils pour réussir son projet…

1. Identifier son objectif

Pourquoi est-ce que vous avez envie de partir ? Qu’attendez-vous de ces 6 mois/1 an hors du temps ? « Il y a une vraie question à se poser : est-ce que je fais un voyage avec une petite dimension humanitaire ou est-ce que je fais un projet humanitaire avec une association, qui a la forme d’un voyage ? », souligne Xavier. Le jeune homme est parti avec Caroline, pour Asie-Cyclette, 12.000 km en tandem, à travers cinq pays d’Asie (Malaisie, Thaïlande, Laos, Cambodge et Vietnam) dans le cadre de l’opération Ecoliers Solidaires.

L’objectif du voyage ? Impliquer des écoliers, collégiens et lycéens français dans un parrainage d’enfants d’Asie du Sud Est. Le couple est allé à la rencontre des filleuls et a réalisé des reportages sur eux afin de créer du lien. « Notre but premier était d’aider l’association Enfants du Mékong, pas de faire un beau voyage. » D’ailleurs, sur place, le couple n’a quasiment pas fait de tourisme : « on travaillait tous les jours, tous les soirs ».

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Actuellement en plein tour du monde, Magali et Jonathan, 28 et 31 ans, ont aussi pris le temps d’identifier leurs objectifs avant de partir : « Nous souhaitions allier plaisir et partage, nous ne concevions pas de voyager sans aller vers l’autre… et quel meilleur moyen pour aller vers l’autre que de s’impliquer dans des projets locaux? » Dans chaque pays, ils consacrent une partie de leur temps  à du bénévolat.

Boris, lui, avait envie de faire ses valises depuis un moment. « Mais pas juste pour voyager ». Le jeune homme a organisé, avec deux amis, Europe Tomorrow, un tour d’Europe des innovations sociales. En pleine crise grecque, ils y voyaient une bonne solution pour « réenchanter l’Europe ».

2. Définir son projet

Voyage d’inspiration, voyage d’action, rôle d’ambassadeur… Plusieurs formes de voyages et d’engagements existent. Afin de ne pas s’éparpiller dans tous les sens, il est essentiel d’en choisir une !

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« Trouver ce qui vous correspond vraiment demande du temps et de la recherche », préviennent Magali et Jonathan. Boris, Malo et Florian ont affiné progressivement les modalités de leur tour d’Europe. « Le vrai truc, c’est de prendre le temps, avant de partir, de réfléchir à ce qu’on veut vraiment derrière le projet », renchérit Xavier.

3. (Bien) identifier ses interlocuteurs

Dans certains cas, ça coule de source, ou presque. Magali et Jonathan ont choisi de structurer leur projet avec l’association Adra, qui soutient des projets de développement et d’aide humanitaire. « Clairement cela nous a permis d’avoir des garanties quant aux projets que nous allions intégrer tout en ayant l’assurance d’être entre de « bonnes mains ». Au cours de notre voyage, nous avons rencontré d’autres voyageurs solidaires qui bien souvent sont tombés des nues en découvrant les structures qui étaient censées les accueillir (mauvais accueil, coûts cachés, projets peu pertinents…). Savoir où l’on met les pieds nous semblait donc primordial pour éviter les mauvaises surprises. »

Jonathan était déjà parti avec Adra au Burkina Faso en 2009 et s’est impliqué à son retour au sein de l’antenne belge. « Son mode de fonctionnement rentrait dans notre philosophie d’aide humanitaire. Cela nous a également permis de savoir où nous mettions les pieds. » Et cela leur a permis de gagner en efficacité : certains mécanismes sont communs à tous les bureaux, quelle que soit leur localisation.

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Xavier et Caroline aussi connaissaient déjà Enfants du Mékong avant de monter leur projet. « C’est important de prendre le temps de choisir, de ne pas se ruer sur la première association. Sur place, on sera le porte-parole de la structure », prévient Xavier. « Si ce qu’on voit sur le terrain ne correspond pas à ce qu’on attendait, alors qu’est-ce qu’on fait ? » Le couple a donc beaucoup échangé avec Enfants du Mékong, défini en partenariat les objectifs, s’est informé en détails des actions mais aussi des valeurs de la structure. Et au final, ils ont été « bluffés par ce qu’ils ont vu sur place».

4. Anticiper !

Un an de voyages autour du monde, c’est bien souvent au moins un an de préparatifs. « Il aurait été extrêmement difficile d’improviser notre arrivée sur des projets, confient Magali et Jonathan. Nous avons mis un an pour préparer notre départ. Les préparatifs ont été de plusieurs ordres. Comme pour un voyage classique, il faut bien entendu penser aux différents vaccins et visas nécessaires, au matériel à emporter, aux réservations en tout genre (hôtel, billets d’avion…), aux démarches administratives (permis international, pause carrière, déménagement…). »

Et puis il y a l’aspect solidaire du voyage qui « implique également de nombreux contacts avec les équipes accueillantes, la compréhension minimale avant d’arriver sur place du projet dans lequel on s’implique et des objectifs attendus par les équipes de terrain… »

5. Choisir (ou non) des compagnons de voyage

Magali et Jonathan et Caroline et Xavier sont partis en couple. Boris a choisi de prendre la route avec deux copains. Quelque soit le lien qui nous unit à notre/nos futur(s) compagnon(s) de route, la décision ne se prend pas à la légère. « Il faut des personnes complémentaires », estime Boris. «A deux, ça n’aurait jamais marché. Je suis allé chercher Florian car on était amis, dans le même écosystème de l’entrepreneuriat social. Et puis pour ses compétences graphiques ! Je voulais aussi que Malo nous accompagne, car je trouvais nos trois profils complémentaires, avec ses connaissances digitales, et sa maitrise de l’anglais ! ».

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Et au-delà de la personne, il faut s’assurer qu’on est bien sur la même longueur d’ondes. « Il est important de se poser des questions, de parler de ce qu’on attend, de jusqu’où on va, de comment on agit dans telle ou telle situation (paludisme, fatigue, problème de tandem, etc.). Ce n’est pas sur place, dans un cadre difficile qu’on va pouvoir se mettre d’accord », explique Xavier. Avec Caroline, ils avaient prévus de dormir chez l’habitant. « On s’était mis d’accord avant : si on ne trouve personne, qu’on est fatigués, on ne fait pas d’entorse, on dort à la belle-étoile ».

Quant à Boris, il recommande de « délimiter les domaines de chacun » en amont. Et surtout de se parler pendant le voyage ! « Ce sont des moments salvateurs, où chacun dit ce qui va et ce qui va moins bien avec les autres ».

6. Financements : frapper aux bonnes portes

Bien souvent, une (grande) partie du projet est financée par les voyageurs eux-mêmes. Caroline et Xavier et Magali et Jonathan n’ont pas fait appel aux associations avec lesquels ils sont partis. « Nous ne voulions pas être un poids pour l’asso », souligne Xavier. Même philosophie pour Magali et Jonathan, qui précisent cependant : « certains bureaux locaux, comme le Kirghizistan, nous ont mis gratuitement un logement à disposition, ce qui a réduit considérablement nos coûts ».

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Les financements peuvent en effet se présenter sous forme d’aide, dons de matériel, etc. Pour Asie-Cyclette, un quart du budget a été pris en charge par des sponsors, des entreprises. « Ca prend du temps, prévient Xavier. Et les entreprises sont souvent très sollicitées, cela marche essentiellement grâce au réseau ».

Boris et ses compagnons de voyage ont réussi à être intégralement financés. Une démarche qui prend du temps. « Nous avons d’abord eu un partenariat avec la Commission européenne, qui légitimait notre projet quand nous allions voir des entreprises », détaille le jeune homme. Une fois cette « labellisation » obtenue, ils se sont tournés vers des financeurs privés « Nous sommes toujours passés par des intermédiaires qui connaissaient quelqu’un dans l’entreprise. Sinon, on file direct dans les spams ! »

La présentation du projet est essentielle, en insistant sur la finalité. « On ne l’a pas vendu comme un voyage, mais comme un projet de trois ans dont le voyage n’était qu’une modalité concrète pour l’accomplissement du programme », explique Boris. Et surtout, en proposant un service concret aux entreprises : une veille pointue sur les innovations en Europe.  

N’hésitez pas non plus à frapper aux portes des collectivités locales (villes ou régions) qui proposent parfois des bourses encourageant les projets portés par les jeunes !

7. S’inspirer de ceux passés avant

Bonne nouvelle… votre projet est loin d’être révolutionnaire. Nombreux sont ceux passés par les mêmes interrogations sur le parcours, le financement, les assurances, etc. N’hésitez donc pas à consulter les forums et les blogs de voyageurs solidaires. Des mines d’infos pour anticiper les pépins et éviter les gros soucis.

Boris a beaucoup échangé avec d’anciens collègues, déjà partis dans des aventures autour du globe. Il a également été en contact avec le collectif « Travel 4 change », a participé à des évènements sur la thématique. « Tout cela m’a donné confiance dans le fait que c’était possible de le faire, de trouver des partenaires et des fonds. Si je n’avais pas vu ces exemples concrets, je ne l’aurais pas fait ou pas de cette manière ! »

8. Penser au retour

Et après, on fait quoi ? Le retour d’un tour du monde peut être un sacré choc. Si, évidemment, on ne pourra pas planifier à l’avance tout l’atterrissage, ni anticiper ses futures envies, il est important d’en être conscient. Pour Boris, la partie « sourcing » d’Europe Tomorrow, avec le repérage des innovations sociales, n’était qu’une première étape. De retour en France, les trois voyageurs sont désormais concentrés sur l’exploitation et le partage des données récoltées. Avec des échanges entre leurs financeurs et les structures porteuses d’innovations, notamment. Sans oublier un projet de livre… Et Boris ne s’arrête pas là ! La suite, c’est Latine Tomorrow : essaimer le concept en Amérique du sud. Ca commence tout prochainement avec le Brésil.

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« Nous n’avions pas envie de revenir en mode anciens combattants », confie de son côté Xavier. « Mais sans non plus oublier ce que nous avions vécu… » Asie-Cyclette aura tout de même eu un impact conséquent sur sa vie : « Je me suis rendu compte que j’avais envie d’aider les autres, ce qui n’était pas le cas dans mon métier jusqu’alors. » Pour intégrer cette dimension sociale à son quotidien, il a finalement… rejoint, en tant que salarié, Enfants du Mékong, l’association pour laquelle ils ont réalisé leur voyage !

Pour Magali et Jonathan, « plusieurs options sont ouvertes ». Mais, prévoyant, le couple s’est « assuré de pouvoir revenir en Belgique dans de bonnes conditions (travail assuré, quelques économies de côté pour nous aider à nous « relancer », etc.) le cas échéant. » Même si sortir des sentiers battus le temps d’un voyage semble plutôt leur donner envie de poursuivre un changement de cap…

Se faire accompagner dans son projet

Afin de boucler un projet solide, n’hésitez pas à vous faire aider ! Dans le réseau d’Information Jeunesse, dans toute la France, des conseillers peuvent vous donner un coup de pouce et des conseils dans vos recherches de financements.

Certaines structures locales ou nationales peuvent vous accompagner dans vos démarches voire dans l’ensemble du projet. (IM)Prove, par exemple, propose son programme Les Explorateurs, pour accompagner des jeunes qui iront appuyer des entrepreneurs sociaux des pays émergents à mesurer la valeur sociale de leur projet.

Des associations, comme par exemple Co-Exister, organisent des tours comme l’Inter-Faith, rassemblant des jeunes de convictions religieuses différentes.

Enfin, le site Travel with a mission (TWAM) propose de mettre en contact les voyageurs qui souhaitent faire des interventions et des institutions comme des écoles ou des hôpitaux du monde entier prêts à les recevoir.

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Rédigé par

Oriane Raffin

6 commentaires

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Jean Luc & Wendy

Publié le 07 février 2017

Bonjour, plutôt d'accord avec Charles, et puis le voyage va tellement vous accaparer qu'il va être difficile d'y mettre autre chose. Nous sommes dans un monde déjà très accaparant et sollicitant que le voyage peut être un moment de déconnexion total. Et puis mettre ses compétence à profit quand cela est possible (nous avons changé des pnx solaire sur un orphelinat au Cambodge) S'ouvrir à toute les opportunités mais sans la contrainte d'avoir de comptes à rendre... le voyage c'est un peu : libérééé, délivrééé

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Balibab

Publié le 05 février 2017

Hello, Le premier comportement solidaire qui manque en voyage, je trouve, c'est de vouloir toujours casser les prix sous prétexte qu'on a un petit budget. J'ai croisé énormément de BackPackers qui se plaignent tout le temps que tout est cher et qu'ils ont un faible budget...ce qui implique des comportements parfois abusifs à l'achat et la consommation. Petit budget = Petit voyage solidaire ou gros voyage requin, ou gros voyage (très) bien organisé.

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WExplore

Publié le 24 juillet 2016

Super article qui retrace bien les questions importantes à se poser lorsqu'on prépare un voyage solidaire ou engagé. Pour vous faire accompagner dans votre projet de voyage vous pouvez également contacter WExplore, la branche voyage du WARN!. Vous y trouverez une équipe de bénévole pleine de bons conseils et de bons contacts pour vous permettre de réaliser votre voyage. A très vite peut-être...

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Totti

Publié le 15 juillet 2016

Même ressenti que toi Charles, article intéressant biensur mais pour moi la solidarité est un état d'esprit qui se vie au quotidien, autour de soi et avec tous le vivant... Rien n'empêche de planifier organiser et d'anticiper et de définir une période pour ça mais cela peut également faire parti de tout voyage et simplement.

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La redaction

Publié le 25 avril 2016

Bonjour Charles, tout dépend du type de voyage que vous planifiez. Effectivement, il peut être très enrichissant de se laisser porter par le voyage. Cependant, quand on conçoit un tour du monde solidaire, il est souvent nécessaire d'anticiper un peu les démarches et l'organisation.

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